Le Bulletin de la Toile scientifique
Archives des bulletins 2001
Archives des bulletins 2000
Archives des bulletins 1999

 


 

 

Numéro 46, mardi 29 mai 2001 Spécial ACFAS
Ce numéro a été rédigé par Isabelle Burgun, Philippe Gauthier et Cécile Graillet
toilescientifique@sciencepourtous.qc.ca

EN BREF

LA SCIENCE, UNE PASSION À PARTAGER

À l'heure de la réforme de l'éducation et de la formation des enseignants de sciences, cela fait du bien de rencontrer des professeurs aussi allumés qu'Yvon Fortin. Le temps de trois expériences et de quelques démonstrations éclaboussantes, le professeur de physique du Collège François-Xavier-Garneau a fait passer quelques messages: "comment voulez-vous que les jeunes craquent pour les sciences lorsqu'on leur vend l'impératif du succès des entreprises québécoises. Pour parler des sciences, il faut se mouiller, accepter que l'on peut se tromper et surtout, faire participer les jeunes au plaisir d'acquérir des connaissances".

Le tout se déroulait dans le cadre du forum "Pour une culture scientifique!" qui portait sur la formation des professeurs de science au secondaire, au premier jour du congrès de l’ACFAS, tenu à l’Université de Sherbrooke à la mi-mai.

Entre deux feux roulants, Yvon Fortin a souligné également que les bons coups sont plus nombreux qu'on ne le pense. Une opinion que partage Patrick Beaudin, directeur de la Société pour la promotion de la science et de la technologie: "il doit se passer des choses intéressantes dans les classes pour qu'autant de jeunes du secondaires participent au Défi Biotech, aux Expo-sciences et autres concours scientifiques".

Cette journée de réflexion sur "Quelle devra être la formation d'un enseignant de sciences au secondaire?" laissait toutefois transpirer les inquiétudes issues de l'annonce récente du Ministère de l'Éducation du Québec: la création d'un bac commun pour tous les enseignants de science. "Le rôle du professeur se transforme, il devient un passeur culturel et un constructeur de savoirs. Il est d'abord un pédagogue avant d'être un spécialiste et sera formé comme tel", souligne Simon Mainville, en charge des sciences et technologie au secondaire, au Ministère de l'Éducation. Alors que de nombreuses universités anglophones choisissent de pousser les jeunes scientifiques vers l'enseignement, le Ministère privilégie de former des "généralistes de sciences".

Ce virage du MEQ préoccupe les enseignants, surtout ceux du secondaire. "Comment former des citoyens possédant une culture scientifique alors que l'on coupe dans les cours de science, que certains professeurs manquent de formation en science et que la tâche des professeurs s'alourdit?", s'interroge Martin Maltais, jeune professeur de secondaire du Collège de Montréal. Une opinion partagée par Raymond Gervais, enseignant la didactique à l'UQAM: " on essaie d'agrandir l'appartement par en-dedans, ce qui est impossible". À l'heure des pénuries d'enseignants de science, "est-il concevable de former un professeur passionné avec un modèle unique?", questionne encore Frédéric Gourdeau, professeur de statistiques de l'université Laval.

Cette nouvelle formation semble loin de remporter les suffrages du milieu de la culture scientifique. "Après cette journée, il apparaît que la demande du ministère est dans un cul-de-sac", affirme Denise Provençal, présidente de l'Association des professeurs de sciences du Québec. Il faut dire que les sciences, comme les mathématiques, ont la réputation d'être un cours ardu. "Il faut arrêter de vouloir saupoudrer la science dans les cours. Faire des choses difficiles, cela peut être amusant", lance Christiane Rousseau, professeur de mathématiques et de statistiques à l'université de Montréal qui présidait l'édition 2001 des Expo-Sciences. Un postulat avec lequel Yvon Fortin serait en accord...

***

Le programme du baccalauréat en enseignement des universités québécoises serait-il un "éteignoir des ambitions"? C'est le postulat que fait Vincent Carrier, statisticien, dans une lettre d’opinion publiée par Le Devoir du 18 mai (non-disponible en ligne). Sous le titre "Trop de pédagogie et pas assez de sciences", Vincent Carrier y affirme que ce bac est un "repoussoir pour quiconque est vraiment passionné par les sciences".

À lire: l'éditorial de Paule des Rivières, " Profs de sciences demandés ", dans Le Devoir du 15 mai:
http://www.ledevoir.com/edu/2001b/scie150501.html

Le dernier numéro de la Toile scientifique, qui traitait également de ce sujet, a suscité la réaction d’un lecteur, M. Yvan Dutil :
http://www.sciencepourtous.qc.ca/toile/bulletins/45b.htm