Le Bulletin de la Toile scientifique
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No. 47, mardi 12 juin 2001-06-13
SPÉCIAL CONGRÈS ACS

Sommaire

EN BREF


LE B.A.-BA DE LA CONTROVERSE

Les enjeux sociaux peuvent être un moteur pour aborder la science de façon passionnante. Pourtant, bien des vulgarisateurs hésitent à se lancer sur le ring de la controverse... Intitulé "Comment le communicateur scientifique doit-il se positionner face aux enjeux sociaux?" , le premier atelier francophone du congrès conjoint de l’Association des communicateurs scientifiques (ACS) et de la Canadian Science Writers' Association (CSWA) n'avait pas peur de la polémique. Ni de la concurrence: il rivalisait, en ce vendredi après-midi, avec l’une des conférences les plus piquantes, "What goes on in the brain while having sex?".

C'est le sous-titre -"Dans les sujets controversés, doit-on se cantonner strictement dans la science ou endosser des discours militants?"- qui a fait sursauter Louise Vandelac, professeure en sociologie à l’UQAM et porte-parole de la Coalition pour l’eau. "Poser le problème de cette manière, c’est comme mettre en opposition la science monolithique et les discours militants", souligne la sociologue pour qui l’efficacité du communicateur " se mesure à son niveau de provocation ".

Le journaliste aborde-t-il le territoire des enjeux sociaux comme un terrain miné? "Son rôle est de savoir déjouer les manipulations et la désinformation. L’information est souvent fragmentaire, difficile à obtenir et sujette à l’opinion des partisans", affirme le journaliste Michel Rochon, de l’émission de télé Découverte. Ce travail en profondeur demande du temps, de l’argent et "ne pas avoir peur de refuser la parole à certains groupes de pression, ou à l’industrie. Il faut se contenter des faits".

Mais jusqu’où faut-il aller dans la quête de l’objectivité? Après tout, les bonnes histoires peuvent aussi être le fruit de simples citoyens, tel le film L’Erreur boréale, du chanteur Richard Desjardins. Ce film a soulevé une controverse polarisant les débats dans les semaines qui ont suivi, rappelle Luc Chartrand, journaliste au Point et anciennement à L’Actualité. Il a bénéficié de l’effet de surprise (une situation mal connue) et de la célébrité du chanteur. Et sans doute d’un manque d’entrain de la part des professionnels à vérifier la véracité des informations mises à l’écran: "peu de confrères ont eu l’objectivité qu’il fallait. Les faits sont la matière première, c’est dans l’ABC du bon journaliste", note Luc Chartrand.

Pour le journaliste Louis-Gilles Francoeur, il existe trois " types " de science, ce qui contribue à confondre le public. "La science asservie par l’industrie, la science alibi du monde politique et la science ignare couverte par les journalistes", lance le chroniqueur Environnement du quotidien Le Devoir, pourfendant ainsi, d’un seul coup, les scientifiques qui "publient en anglais pour obtenir des subventions" (science asservie), les politiciens qui "déforment la science pour le bien de leur cause" (science alibi) et les journalistes manquant de rigueur et de connaissances (science ignare). Au sein du public, les experts sont de plus en plus remis en question et les journalistes n’ont pas bonne presse. "De nombreux citoyens possèdent de bonnes connaissances des sujets. Les enjeux sociaux sont trop souvent pris pour des opinions issues de nulle part".