Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 55, 9 octobre 2001

UNE RÉFORME DANS LE CARTABLE

Seconde rentrée pour la réforme de l'éducation. Et elle sucite toujours des débats chez les enseignants. "Réforme? Mais il n'y a pas de réforme! Il s'agit plutôt d'une récupération d'idées et de modèles d'enseignement existants", s'est exclamé Louise Julien, professeur au département de l'éducation à l'Université du Québec à Montréal, lors du débat organisé en marge du 36e Congrès de l'Association des professeurs de science du Québec (APSQ).

Sous le thème de la Synergie des énergies... dans l'enseignement de la science et de la technologie, ce congrès se composait d'une centaine d'ateliers, de conférences et même de sorties éducatives, du 11 au 13 octobre, à Shawinigan.

"Pour certains enseignants, la réforme répond à un besoin, pour d'autres, elle présente de nombreuses lacunes", résume Nancy Brouillette, responsable du débat. Certains la trouvent carrément stimulante, tel Luc Prud'Homme, conseiller pédagogique à la Commission scolaire de l'Énergie. 'Les changements dans l'éducation vont briser l'individualisme et rapprocher non seulement les enseignants mais aussi tout autre professionnel de l'apprentissage". Gilbert Dumont, pédagogue et président du comité de soutien à l'implantation de la réforme, tient le même discours: "la réforme encourage l'acquisition de connaissances qui rendront les individus plus débrouillards dans la société. Pour ce faire, le personnel enseignant doit travailler en équipe".

"La réforme vise le développement d'une culture scientifique et technologique qui permettra aux jeunes de poser des gestes éclairés, de réfléchir et de résoudre différents problèmes", appuie Simon Mainville, responsable du programme sciences et technologie du Ministère de l'Éducation du Québec. Les élèves possèderont cette culture à la fin du troisième secondaire, même s'ils décident de se diriger vers la formation professionnelle.

Le programme Science et technologie n'a pourtant pas que des adeptes. Les professeurs du cours Initiation à la technologie, entre autres, s'indignent du sort réservé à leur matière. "On allume des lumières chez plusieurs élèves qui ont des habiletés manuelles. Pourquoi couper ce cours alors qu'on assiste à une pénurie de main-d'oeuvre en technologie?", s'interroge un professeur de Sherbrooke. Simon Mainville soutient que la matière sera plutôt présente dès le primaire au lieu d'être concentrée en troisième secondaire.

Selon Louise Julien, la directrice du programme préscolaire-primaire à l'UQAM, une réforme doit être claire et uniforme. "Ce n'est pas le cas puisque le ministère n'arrive même pas à produire un modèle d'évaluation. Il laisse plutôt cette charge aux écoles!" L'enseignante n'est pas tendre non plus envers le concept de compétences dont elle traite dans son livre L'Obsession des compétences (Éditions nouvelles, 2000). "Qui peut vraiment définir ce terme?" La même question tenaille Jacques Desautels, professeur à l'Université Laval: "les compétences transversales constituent des OJM, des "Organismes Juridiquement Modifiés", qui n'ont pas été contrôlés avant leur utilisation". Jacques Desautels reproche aussi au ministère d'avoir établi les compétences transversales de façon aléatoire et sans réelle consultation.

Site d'information sur la réforme de l'éducation :

http://www.meq.gouv.qc.ca/REFORME/info_ref/index.html

Le programme du 36e Congrès de l'APSQ:

http://www.apsq.org/page_presentation.htm

Nathalie Kinnard