Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 56, 22 octobre 2001

LE JOURNALISME SCIENTIFIQUE EN ZONE GRISE
"La science à la télévision n'est jamais objective", soutient Martin Freeth. Et les pressions de l'extérieur sont souvent nombreuses, a rappelé cet ex-producteur d'émissions scientifiques à la BBC, lors du débat sur Le journalisme scientifique : outil de promotion ou service public?, qui avait lieu la semaine dernière au Musée de la civilisation de Québec. Il s'agissait de la première activité publique de la Chaire québécoise de journalisme scientifique de l'Université Laval (voir http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2001/42/article2.html)

"La science n'est pas très vendeuse. Captiver l'audience est donc une étape primordiale", reconnaît celui qui est également directeur de la NESTA (the National Endowment for Science, Technology and the Arts). Et tous les moyens sont bons pour jouer ce rôle de "service public": l'humour, le jeu, l'émotion, l'intrigue ou l'enjeu politique.

Le revers de la médaille, c'est que l'indépendance éditoriale subit de fortes pressions de la part des commanditaires. Et lorsqu'ils ne sont pas d'accord, ils le font savoir. "L'aspect humain est incontournable pour captiver le public. Pourtant, des partenaires financiers liés au projet du Génome Humain avaient menacé de retirer 500 000 dollars si on gardait ce traitement", rapporte le producteur. Un sujet ne sera pas être traité non plus de la même façon en Europe et aux États-Unis pour des raisons d'éthique ou de politique. Par exemple, on ne parle pas de la même manière de la pilule d'avortement en Suède et aux États-Unis.

Martin Freeth constate que depuis les années 70, les budgets diminuent tandis que le nombre de chaînes diffusant la science augmente en Grande-Bretagne. Le producteur, recyclé dans le multimédia, pense que les nouvelles technologies vont bouleverser l'avenir des médias. "Les médias interactifs auront des coûts de production minimes grâce aux nouveaux outils de télévision en direct. Et les applications seront multiples: être éduqué par des profs, jouer de la musique ensemble et à distance, diagnostiquer des maladies en ligne", soutient celui qui est aussi le coordonnateur de l'Année de la Science en Grande-Bretagne. Un événement qui a su rejoindre un million de jeunes anglais pour les faire" sauter à pieds joints en même temps le 7 septembre dernier ("the Giant Jump").

Pour le philosophe Jacques Dufresne, l'un des deux "commentateurs" de cette conférence -l'autre était le directeur du Devoir, Bernard Descoteaux- journalisme scientifique et service public, cela fait deux. "Le journaliste est lié au chercheur qui lui-même est lié aux commandites", reproche Jacques Dufresne, également éditeur de la revue L'Agora.

Face au brillant modèle britannique, une partie du public a manifesté sa frustration devant le manque de moyens disponibles au Québec. Des représentants de la culture scientifique présents dans la salle se sont également alarmés de la vision très négative du panel quant à la qualité du journalisme scientifique d'ici. Un premier débat de cette Chaire en journalisme scientifique qui en a laissé plus d'un sur leur faim.

Le site de Martin Freeth: http://www.mfreeth.com

L'Année de la science: http://www.scienceyear.com/

Anne Nabet et Isabelle Burgun