- Présentez-nous
les Rencontres internationales Image et Science...
Ces
rencontres du film scientifique datent d'une trentaine d'années.
Elles ont été créées comme salon
de mariage entre deux populations qui ne se fréquentaient
guère: la communauté scientifique et les médias.
Elles ont débuté comme un festival d'émissions
scientifiques à la télévision. Puis,
l'événement est devenu un véritable
carrefour de la communication scientifique de l'Europe,
sans compter diverses activités internationales.
- Le
cadre de cette manifestation est le premier étage
de la Tour Eiffel...
Ce
lieu accueille une partie de la manifestation, celle destinée
à favoriser les échanges commerciaux entre
les acteurs du milieu. C'est un lieu où il n'y a
rien d'autre, c'est pour cela que ça marche. C'est
un enfermement psychologique (rire). Les invités
se cognent les uns sur les autres et de leurs collisions
naissent des projets de coproductions. Nous avons aujourd'hui
plus de 200 musées associés à l'événement.
Au début, nous avions approché ceux de la
colline de Chaillot. La tour Eiffel paraissait comme le
derrick de ce gisement d'imaginaires et de connaissances
qui s'allongeait à ses pieds.
- Les
Rencontres renferment plusieurs événements
en un...
Il
y a trois rendez-vous en un. D'abord, le premier rassemble
les chercheurs et les médias avec un festival international
de l'émission scientifique de télévision.
C'est le Burkina Faso qui a présenté le projet
d'émission le plus audacieux cette année,
devançant ainsi Discovery Channel.
Le
second rendez-vous vise les curieux à travers un
colloque international portant sur le thème annuel
(le Doute cette année, le Langage en 2002) et des
manifestations au sein des musées associés
à l'événement -près de 200-
en régions et dans le monde (Brésil, Chili,
Italie, Portugal, etc.). Je courtise la corporation Disney
car j'aimerais porter cette manifestation dans des lieux
incongrus, là où on ne l'attend pas...
Le
dernier est franco-français, il s'agit du "Rendez-vous
des citoyens". Il s'agit de séquestrer (rire)
les téléspectateurs et les lecteurs des médias
partenaires (France 2, Le Monde, RFI, etc.). L'objectif
est de diffuser le plus possible la science durant un mois.
Nous
avons eu trois résultats positifs. Tout d'abord,
c'est passé inaperçu, signe que la science
a sa place à prendre dans la programmation télé.
Ensuite, l'audimat est monté. On a mis sept minutes
de science dans le journal télévisé
de 20 heures, il a fait un bond de quatre points. Enfin,
les animateurs de variétés, qui avaient coutume
de bouder les scientifiques, se sont décidés
à renouveler l'expérience à d'autres
périodes de l'année.
- Faut-il
sortir la science des magazines?
Ceux
qui lisent Science & Avenir et qui regardent
les magazines scientifiques à la télé
sont les mêmes personnes. La science doit être
présente ailleurs. La télévision est
importante dans la vie des gens et les directeurs de chaînes
doivent développer le sens du service public. En
France, il y a un spécialiste scientifique par chaîne
contre 60 à la BBC.
Entre
le noir de l'ignorance et le blanc de la science, il y a
la place pour la matière grise! Il y a beaucoup de
place pour des émissions que je qualifierais d'"excitation",
celles qui donnent des chocs sur la rétine. De nombreuses
formules sont à développer, des dramatiques
aux actualités. Mais je ne sais pas si la communauté
scientifique est prête...
- Quelles
sont les nouveautés des Rencontres...
On
vient de lancer le premier festival de fiction scientifique.
Il y a différentes manières d'écrire
des oeuvres scientifiques. Il est nécessaire que
la science se décide à imprégner la
télévision, et même les émissions
les plus populaires. Imaginez un Loft Story dans
un laboratoire (rire) où l'on assisterait à
des conflits économique, hiérarchique ou d'éthique,
le manque d'argent, l'excitation de la découverte...
On
vient de lancer également les Journées de
valorisation de la recherche pour favoriser l'alliance des
scientifiques et des industriels. La dernière nouveauté
consiste en des soirées-débats autour de thèmes,
comme "Les femmes et l'information scientifique".
- Parlez-nous
de votre autre projet en développement...
Je
préside le Conseil international, de la télévision
et de la communication audiovisuelle auprès de l'Unesco.
Cette ONG a comme projet de constituer le patrimoine intangible
de l'humanité. La première étape constitue
à dresser la liste des chefs-d'oeuvres du cinéma,
puis de faire des démarches politiques auprès
des États afin d'en obtenir la conservation et l'élaboration
de copies.
Nous
allons aussi mettre en place un plan d'actions pour que
diverses fondations puissent obtenir les licences, pour
que le public puisse avoir accès à ces oeuvres.
Enfin, nous projetons la création d'un centre de
numérisation de l'image scientifique. Ces documents
s'abîment et disparaissent. Nous voulons également
inciter les collections et les musées (d'ethnographie,
d'anthropologie, des arts et métiers) à procéder
à l'enregistrement systématique des manifestations
afin de conserver cette mémoire.