Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 57, 6 novembre 2001

Festival Téléscience
Entretien avec Jean-Michel Arnold
L'EFFEUILLEUR DE PELLICULES

(8 novembre) - Jean-Michel Arnold porte deux chapeaux. Ce Français volubile est le délégué général des Rencontres internationales Image et Science (CNRS), qui avaient lieu cette année du 29 septembre au 28 octobre. Il occupe également la fonction de président du Conseil International, de la Télévision et de la Communication audiovisuelle auprès de l'Unesco. Il était de passage cette semaine au Québec, dans le cadre du Festival Téléscience.

- Présentez-nous les Rencontres internationales Image et Science...

Ces rencontres du film scientifique datent d'une trentaine d'années. Elles ont été créées comme salon de mariage entre deux populations qui ne se fréquentaient guère: la communauté scientifique et les médias. Elles ont débuté comme un festival d'émissions scientifiques à la télévision. Puis, l'événement est devenu un véritable carrefour de la communication scientifique de l'Europe, sans compter diverses activités internationales.

- Le cadre de cette manifestation est le premier étage de la Tour Eiffel...

Ce lieu accueille une partie de la manifestation, celle destinée à favoriser les échanges commerciaux entre les acteurs du milieu. C'est un lieu où il n'y a rien d'autre, c'est pour cela que ça marche. C'est un enfermement psychologique (rire). Les invités se cognent les uns sur les autres et de leurs collisions naissent des projets de coproductions. Nous avons aujourd'hui plus de 200 musées associés à l'événement. Au début, nous avions approché ceux de la colline de Chaillot. La tour Eiffel paraissait comme le derrick de ce gisement d'imaginaires et de connaissances qui s'allongeait à ses pieds.

- Les Rencontres renferment plusieurs événements en un...

Il y a trois rendez-vous en un. D'abord, le premier rassemble les chercheurs et les médias avec un festival international de l'émission scientifique de télévision. C'est le Burkina Faso qui a présenté le projet d'émission le plus audacieux cette année, devançant ainsi Discovery Channel.

Le second rendez-vous vise les curieux à travers un colloque international portant sur le thème annuel (le Doute cette année, le Langage en 2002) et des manifestations au sein des musées associés à l'événement -près de 200- en régions et dans le monde (Brésil, Chili, Italie, Portugal, etc.). Je courtise la corporation Disney car j'aimerais porter cette manifestation dans des lieux incongrus, là où on ne l'attend pas...

Le dernier est franco-français, il s'agit du "Rendez-vous des citoyens". Il s'agit de séquestrer (rire) les téléspectateurs et les lecteurs des médias partenaires (France 2, Le Monde, RFI, etc.). L'objectif est de diffuser le plus possible la science durant un mois.

Nous avons eu trois résultats positifs. Tout d'abord, c'est passé inaperçu, signe que la science a sa place à prendre dans la programmation télé. Ensuite, l'audimat est monté. On a mis sept minutes de science dans le journal télévisé de 20 heures, il a fait un bond de quatre points. Enfin, les animateurs de variétés, qui avaient coutume de bouder les scientifiques, se sont décidés à renouveler l'expérience à d'autres périodes de l'année.

- Faut-il sortir la science des magazines?

Ceux qui lisent Science & Avenir et qui regardent les magazines scientifiques à la télé sont les mêmes personnes. La science doit être présente ailleurs. La télévision est importante dans la vie des gens et les directeurs de chaînes doivent développer le sens du service public. En France, il y a un spécialiste scientifique par chaîne contre 60 à la BBC.

Entre le noir de l'ignorance et le blanc de la science, il y a la place pour la matière grise! Il y a beaucoup de place pour des émissions que je qualifierais d'"excitation", celles qui donnent des chocs sur la rétine. De nombreuses formules sont à développer, des dramatiques aux actualités. Mais je ne sais pas si la communauté scientifique est prête...

- Quelles sont les nouveautés des Rencontres...

On vient de lancer le premier festival de fiction scientifique. Il y a différentes manières d'écrire des oeuvres scientifiques. Il est nécessaire que la science se décide à imprégner la télévision, et même les émissions les plus populaires. Imaginez un Loft Story dans un laboratoire (rire) où l'on assisterait à des conflits économique, hiérarchique ou d'éthique, le manque d'argent, l'excitation de la découverte...

On vient de lancer également les Journées de valorisation de la recherche pour favoriser l'alliance des scientifiques et des industriels. La dernière nouveauté consiste en des soirées-débats autour de thèmes, comme "Les femmes et l'information scientifique".

- Parlez-nous de votre autre projet en développement...

Je préside le Conseil international, de la télévision et de la communication audiovisuelle auprès de l'Unesco. Cette ONG a comme projet de constituer le patrimoine intangible de l'humanité. La première étape constitue à dresser la liste des chefs-d'oeuvres du cinéma, puis de faire des démarches politiques auprès des États afin d'en obtenir la conservation et l'élaboration de copies.

Nous allons aussi mettre en place un plan d'actions pour que diverses fondations puissent obtenir les licences, pour que le public puisse avoir accès à ces oeuvres. Enfin, nous projetons la création d'un centre de numérisation de l'image scientifique. Ces documents s'abîment et disparaissent. Nous voulons également inciter les collections et les musées (d'ethnographie, d'anthropologie, des arts et métiers) à procéder à l'enregistrement systématique des manifestations afin de conserver cette mémoire.

 

Rencontres internationales Image et Science du CNRS: http://www.cnrs.fr/imagescience

Festival du film scientifique Téléscience: http://www.telescience.qc.ca/

Isabelle Burgun