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Numéro
58, 19 novembre 2001
SCIENCE
ET SOCIÉTÉ, UN MARIAGE RÉUSSI
«
Je suis un schizophrène avoué entre un expérimentateur
de terrain et un neurobiologiste,» déclare
Jean-Didier Vincent, directeur de l'institut Alfred
Fessard à Paris , lors de l'atelier « Le
goût : tout risquer...ou ne rien manger?»
Le ton était donné pour cet atelier du forum
international Science et Société, qui avait
lieu du 2 au 4 novembre. Un événement organisé
au Cégep de Limoilou (Charlesbourg), conjointement
par le Centre national de la recherche scientifique de France
(le CNRS), le MRST, l'ACFAS et le Consulat général
de France.
La
recette a déjà fait ses preuves en France:
une ambiance d'ouverture très glamour, avec les
conférences des deux co-présidents, les prolifiques
et réputés sociologues Edgar Morin et Guy Rocher;
quelque 250 jeunes, âgés de 18 à 25 ans;
laissez les jeunes et les chercheurs échanger
à l'intérieur d'ateliers d'une demi-journée
sur des questions d'actualité.
Des
thèmes accrocheurs comme «Le goût :
tout risquer...ou de rien manger ?» et «
L'amour : la technologie peut-elle rattraper nos
fantasmes ?» . Et des chercheurs comme Michel
Cabanac, un médecin qui a travaillé sur la prise
de décision dans la recherche du plaisir -sujet qui
s'est étendu à la microéconomie,
l'ethnie, et les mathématiques- qui participait
aux deux ateliers : «j'ai été
émerveillé devant la belle jeunesse ouverte
et passionnée .»
Les
jeunes se sont montrés préparés, attentifs
et intéressés. Côté questions,
il y en avait pour tous les goûts : des classiques
«Faut-il avoir peur des OGM ?» , aux plus
pointues « La sécurité alimentaire :
jusqu'où les études ont-elles été
faites.» Le débat a été par moments
très animé, pour le plaisir intellectuel du
jeune public.
«
À quoi sert l'amour ?» , «
l'amour est-il porté à disparaître ?
» , «la société s'en va-t-elle
vers le célibat? la polygamie?» . Autant de
questions' scientifiquement déconcertantes. Qui
ont d'ailleurs laissé les jeunes sur leur faim. «
La science n'a rien à dire sur l'amour,»
fait remarquer Michel Cabanac. «Dans ce type de débat,
il était très important de faire la distinction
entre le «je sais,» où c'est
le scientifique qui parle, et «je crois,» qui
laisse place à l'homme.» Mais à
défaut de réponses, le sujet aidant, les jeunes
ont pu dialoguer avec des chercheurs ou plutôt des humains
descendus de leurs tours d'ivoire.
«
Partager les connaissances ,» pour Michel Cabanac. «
Éveiller la curiosité,» pour Jean-Didier
Vincent. Telles étaient les missions des chercheurs
venus au Forum. «À Poitiers, au Futuroscope,
la formule Science et société a beaucoup de
succès. On m'a invité parce que je suis
directeur d'un centre et que j'ai écris
pas mal de bouquins .» Et d'ajouter avec franchise,
«Je suis ici pour éveiller la curiosité
intellectuelle chez les jeunes et puis, j'en profite
pour visiter des amis et donner des conférences.»
Michel Cabanac trouve qu'il est de son devoir, en tant
que fonctionnaire, de rendre compte de l'état
de ses connaissances au citoyen.
Le
forum international «Science et société
» revient l'automne prochain pour une troisième
édition, cette fois à Montréal. Avec
l'espoir que la génération du XXIe siècle
ne soit pas seulement témoin mais aussi actrice, et
«qu'elle développe le sens de la responsabilité
de la science et de la société ,» relève
le co-président Guy Rocher.
(A.
Nabet)

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