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Numéro
59, 5 décembre 2001
L'HOMME
QUI A RÉINVENTÉ LE JOURNALISME SCIENTIFIQUE
JAPONAIS
"Kenji
Makino? C'est une force de la nature, un exemple rare de journaliste
scientifique indépendant, rapporte Jim Cornell, président
de l'Association internationale des rédacteurs scientifiques
(ISWA). Au Japon, presque tous les autres sont des salariés
de grandes firmes qui vantent leurs produits dans les journaux.
Il est aussi le premier à avoir enseigné le
journalisme scientifique dans une université japonaise."
L'homme
qui a introduit le journalisme scientifique à l'Occidentale
au Japon est un sexagénaire à l'air plutôt
timide, qui s'exprime dans un anglais hésitant. Mais
il ne faut pas se fier aux apparences. Dans une société
où il est mal vu de se démarquer ("le clou
qui dépasse se fait taper dessus", dit un proverbe
local), il faut être drôlement solide pour oser
remettre en question les institutions.
"Le
Japon investit bien plus dans le béton que dans les
ressources humaines, observe-t-il. Personne n'étudie
la manière dont la science est conduite, personne non
plus ne s'intéresse à la manière dont
le public s'approprie la science. Des notions de sociologie,
d'histoire et de philosophie des sciences seraient utiles
non seulement aux journalistes, mais aussi aux chercheurs
eux-mêmes."
Kenji
Makino, titulaire d'une maîtrise en chimie, a travaillé
pendant 30 ans dans divers journaux japonais. Maintenant retraité,
il poursuit une seconde carrière à l'Université
scientifique de Tokyo, où il donne depuis trois ans
un cours de journalisme scientifique à des étudiants
de second cycle. La plupart de ses étudiants "
de 5 à 10 par année " ne seront pas journalistes.
Mais il espère qu'ils communiqueront mieux avec les
médias.
Etonnamment,
ses efforts constituent la totalité de ce qui est offert
au Japon en matière de formation en journalisme scientifique.
La
plupart des journalistes scientifiques japonais sont des diplômés
en sciences qui apprennent ensuite le journalisme sur le tas.
Leur approche académique se reflète dans leur
travail et les liens incestueux qui les rattachent aux grandes
firmes privées n'ont rien d'exceptionnel dans le contexte
social très particulier du Japon. Fait à noter,
beaucoup d'entre eux refusent de s'identifier comme journalistes,
se présentant plutôt comme des essayistes ou
des rédacteurs spécialisés. Un journaliste,
c'est quelqu'un qui pose des questions embarrassantes. Au
Japon, c'est très mal vu.
Selon
Kenji Makino, il y aurait malgré tout environ 300 journalistes
scientifiques au Japon. À peine 80 sont membres de
l'Association japonaise des journalistes en sciences et en
technologie, qu'il a fondée en 1994. "Nos membres
sont plutôt âgés et sont des gens bien
placés dans leur métier. Les jeunes ne ressentent
pas le besoin d'être membres, déplore-t-il. Mais
une soixantaine ont assisté à la conférence
internationale. J'espère que cela se reflétera
sur leur pratique".
Philippe
Gauthier

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