Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 59, 5 décembre 2001

LE JOURNALISME ENVIRONNEMENTAL EST-IL SOLUBLE DANS LA POLITIQUE ?

Le journalisme environnemental est en crise depuis que la politique a pris le relais de la science. C'est du moins ce que croient les participants au panel sur la couverture médiatique du réchauffement global.

Tant que le réchauffement demeurait un sujet strictement scientifique, il était couvert par des journalistes environnementaux. Après l'accord de Kyoto sur les gaz à effet de serre, les politiciens se sont emparés du dossier et sa couverture a été transférée aux journalistes parlementaires.

"Le réchauffement est un sujet qui est apparu dans les années 1980, se souvient Keiji Takeushi, du quotidien japonais Asahi Shimbunsha. C'était un problème lié au progrès de la civilisation qui a immédiatement attiré l'attention des journalistes spécialisés. Mais depuis l'accord de Kyoto sur les gaz à effet de serre, le centre d'intérêt des médias est passé des enjeux scientifiques au détail des négociations politiques sur les mesures à prendre".

L'exemple américain illustre bien ce problème. Selon Jim Detjen, de la chaire Knight en journalisme environnemental de l'Université du Michigan, plus les années 1990 avançaient, moins les enjeux environnementaux prenaient de la place dans les médias. Ils avaient pourtant connu une forte croissance au fil des trois décennies précédentes, jusqu'au Sommet de  Rio, en 1992.

Puis, au début de 2001, un brusque sursaut : de janvier à avril seulement, la couverture augmente de 52% par rapport à la totalité de l'an 2000. C'est qu'en annonçant qu'il se retire de l'accord de Kyoto, le Président Bush provoque une forte réaction internationale. Et c'est cela qui a défrayé les manchettes.

Depuis les attentats du 11 septembre, "tous les journalistes se plaignent qu'il n'y a plus moyen de placer une seule nouvelle environnementale, rapporte Jim Detjen. Il n'est pas certain que la couverture redeviendra comme avant... C'est un dossier arrivé à maturité, qui ne provoque plus d'intérêt particulier. Le débat va se poursuivre, mais dans des médias spécialisés, pas dans la presse généraliste."

Dans le Tiers Monde aussi, la dérive politique nuit à la couverture environnementale. "On y voit le réchauffement global comme un complot ésotérique monté par des chercheurs pour faire peur et obtenir plus de financement, résume le journaliste indien Darryl D'Monte, également président de la Fédération internationale des journalistes environnementaux. La priorité va au développement économique et l'environnement est vu comme une simple mode occidentale."

Ian Pollinger, chercheur en environnement au Imperial College de Londres, critique pour sa part certaines habitudes de journalistes. "Donner chaque point de vue est ridicule, dans la mesure où le débat scientifique est réglé depuis longtemps, estime-t-il. On ne gagne rien à donner la parole à des gens peu crédibles." Par ailleurs, le manque d'experts indépendants rend les médias beaucoup trop dépendants des divers groupes de pression et réduit ce débat complexe à une lutte manichéenne entre le bien et le mal.

Philippe Gauthier