TOILE DU 13 FÉVRIER 2002
SOMMAIRE
AU RÉGIME MINCEUR
Le récent remaniement ministériel orchestré par le premier ministre du Québec fait connaître à la science un nouveau recul.
PRIVÉS DE SORTIES SCIENTIFIQUES
Le boycott des activités parascolaires par les enseignants affecte un tiers des institutions muséales.
CURE DE JOUVENCE AU MUSÉE REDPATH
Le plus vieux musée d'histoire naturelle du Canada recevra 560 000$ du ministère de la Culture et des Communications du Québec pour faire peau neuve.
LA PIQÛRE DE LA VULGARISATION
Nadia Gosselin-Kessiby, une étudiante au doctorat en neurologie, remporte le Prix Michel-Bergeron 2002.
EN BREF
AU RÉGIME MINCEUR
La science recule encore au sein du gouvernement. Le récent remaniement ministériel orchestré par le premier ministre du Québec, Bernard Landry, retranche le poste de ministre délégué à la recherche, la science et la technologie, qu’occupait David Cliche, pour le remplacer par un secrétaire d’État (sorte d'adjoint parlementaire).
Un régime amaigrissant, alors que l'on assiste à l'un des plus gros cabinets depuis le début des années 60: 10 ministres d’État, 14 ministres délégués et quatre secrétaires d’État. C'est la députée de Rimouski, Solange Charest, qui hérite du dossier de la science.
Munie d'un bac en sociologie et d'une maîtrise en communication publique, Solange Charest a travaillé au département de santé communautaire de l'hôpital de Rimouski avant de rejoindre les rangs politiques du parti Québécois en 1994. Elle a été membre de diverses commissions (affaires sociales, culture, éducation, administration publique, aménagement du territoire), avant d'être nommée adjointe parlementaire du ministre d'État aux régions.
Une nomination qui ressemble à une “préoccupation électorale” juge le quotidien Le Devoir (31 janvier 2002). Le quotidien avance que “le gouvernement Landry n’avait aucun ministre pour représenter le Bas-Saint-Laurent”, et [avec la nomination de Mme Charest] un secrétaire d’État, c’est mieux que rien”.
Pour sa part, Pauline Marois est confortée dans son rôle de “super-ministre” en prenant sous son aile le ministère de l’Industrie et du Commerce. Le journal La Presse commente d’ailleurs (31 janvier): “La longueur de sa carte de visite parle d’elle-même”. La vice-première ministre était déjà ministre d’État à l’Économie et aux Finances, ministre des Finances, présidente du Comité ministériel de l’emploi, du développement économique et de recherche, ministre responsable de la région de la Montérégie... et ministre de la Recherche, de la Science et de la technologie.
PRIVÉS DE SORTIES SCIENTIFIQUES
“Nous sommes considérés comme la “sortie bonbon” au lieu d'être vu comme un outil éducatif”, lance Annabelle Laliberté. La directrice de l'éducation et de la muséographie du zoo de Saint-Félicien rapporte 50% d'annulation de visites en raison du boycott des activités parascolaires par la Fédérations des syndicats des enseignants.
Le bras de fer de la FSE et du gouvernement entrepris dans le dossier de l'équité salariale affecte certains organismes de culture scientifique, surtout les musées, puisqu’en cette période de l'année, bon nombre de parcs et de centres d'interprétations sont fermés. “Notre premier bilan est que le tiers des institutions muséales sont touchées par cette mesure syndicale”, relève Carl Johnson, le président de la Société des musées québécois. La SMQ discute actuellement avec le ministère de la Culture et des Communication pour d’éventuelles compensations financières. À la suite du précédent boycott (en 1999), le ministère avait versé 1,5 million $ à l'ensemble des organismes culturels.
Pour quantifier les premières répercussions, la SMQ a procédé le 30 janvier à un sondage auprès de ses 240 membres. Annulation de visites, de réservations ou report de l'activité, 81 organismes se disent touchés. Mais à des degrés variables. Ainsi, le Biodôme de Montréal connaît près de 30 annulations. La perte de ces 1200 petits visiteurs sera toutefois diluée sur l'ensemble des 873 000 visites annuelles. À l'inverse, les deux ou trois annulations quotidiennes du Planétarium de Montréal auront un impact plus lourd, car les groupes scolaires représentent plus du tiers de sa clientèle (50 000 visiteurs annuels sur 135 000).
La même situation frappe la Cité de l'or en Abitibi. “Nous avons quatre annulations de groupe et seulement dix réservations à venir, soit la moitié de ce qui se produit normalement. Et une seule école a retenu notre trousse pédagogique au lieu de dix escomptées”, s'inquiète Pierre Dufour, directeur de la Corporation du village minier de Bourlamaque. Ici aussi, les groupes scolaires représentent le tiers de la clientèle, soit 4000 sur 12 000 visiteurs. Et 74% proviennent de l'extérieur de la région de l'Abitibi-Témiscamingue.
Du côté du Zoo de Saint-Félicien, c'est la moitié des groupes qui annulent. “Dix écoles ne se présenteront pas dans les deux prochains mois”, relève Annabelle Laliberté, directrice de l'éducation et de la muséographie. Les scolaires ne représentaient toutefois que 4200 personnes sur 190 000 l'an dernier.
D’autres organismes souffrent moins du boycott. “Nous sommes peu touchés avec seulement six annulations de groupes, dont deux visites reportées plus tard”, dit Gloria Martinez, conseillère d'accueil de l'Électrium. Ouvert à l'année, le centre d'interprétation des champs électriques et magnétiques d'Hydro-Québec compte tout de même une visite scolaire par jour. Le début de l'année est toujours une période plus tranquille.
Le musée Armand-Frappier connaît seulement trois annulations depuis novembre. “Ces trois derniers mois, nous avons reçu 1482 personnes. Avec le boycott, ce sont 186 visiteurs qui manquent à l'appel”, déclare Guylaine Archambault, directrice adjointe du musée. Elle avoue avoir du mal à cerner l'impact à moyen terme car l'achalandage du musée connaît depuis deux ans une forte poussée de fièvre. Ce qui l'immunise un peu!
Conséquence indirecte de la mobilisation syndicale des enseignants, l'organisation des Expo-sciences annuelles vit ses premiers sursauts. “Notre comité bénévole de l'Outaouais s'est dissout et celui de Laval a failli l'être”, confie Marthe Poirier, la coordonnatrice des Expo-sciences du CDLS. Néanmoins, elle continue d’espérer que les classes viendront en grand nombre supporter l'événement.
Le communiqué de la SMQ:
CURE DE JOUVENCE AU MUSÉE REDPATH
Sous sa façade d'une prestance toute victorienne, le Redpath Museum dissimule son âge canonique : 110 ans. L'heure a sonné pour le plus vieux musée d'histoire naturelle du Canada de faire peau neuve. En effet, le ministère de la Culture et des Communications du Québec lui versera bientôt 560 000$, un montant qui viendra financer une partie des travaux de rénovation et le rafraîchissement de son exposition permanente vouée à l'histoire de la Terre et de la vie.
Une première tranche de 295 000$, issue du programme de soutien aux équipements culturels, permettra de terminer la restauration intérieure de l'édifice. Entrepris depuis plus de quatre ans, les travaux traînaient en longueur et obligeaient souvent les visiteurs à lorgner les artefacts derrière des barrières ou à renoncer à découvrir certains pans des expositions.
Le reste, soit 265 000$, provenant du programme de soutien aux institutions muséales, ira à la bonification de l'exposition permanente. “Ce sera un parcours de l'eau à la terre sur le modèle du Smithsonian de Washington. On assistera à l'apparition des premiers végétaux terrestres, des amphibiens, etc. Cette présentation chronologique frappera visuellement les visiteurs”, annonce Campbell Rolian, du comité de rénovation. Il s'agit d'offrir un voyage dans le temps, de l'époque des balbutiement de la vie, soit il y a 3,5 milliards d'années jusqu'à la première glaciation. Différents spécimens proviennent des richesses du musée (voir la Toile no 43: http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2001/43/article4.html) et notamment des recherches du professeur de paléontologie des vertébrés et conservateur, Robert Carrol –en plus de certains prêts de la Société de paléontologie du Québec.
D'autres expositions sortiront aussi des boîtes. Ainsi, le rez-de-chaussée se consacrera aux animaux “secondairement aquatiques” (baleines, tortues et autres phoques). Le troisième étage, dévoué à l'ethnologie, s'enrichira notamment d'un volet consacré à l'évolution humaine. Sous l'égide de la conservatrice Barbara Lawson, un nouveau volet de l'ethnologie non-autochtone s'enrichira notamment d'objets quotidiens romains et grecs. Entre les étages, le visiteur s'initiera à la minéralogie. L'équipe du musée a réalisé une exposition temporaire consacrée à la biodiversité du Canada. Cet ensemble de dix vitrines consacrés à la faune et à la flore des différentes écozones (forêt boréale, toundra, prairies...) voyagera à travers le Canada jusqu'en 2006.
Lire aussi “Quebec makes big investment in McGill's Redpath Museum”:
http://www.mcgill.ca/releases/2002/january/redpath/
Site du Musée Redpath: www.mcgill.ca/redpath
LA PIQÛRE DE LA VULGARISATION
Que sont les cellules souches? Quelles possibilités offrent-elles? Devrait-on s’en inquiéter? Nadia Gosselin-Kessiby répond à ces questions avec aisance. Étudiante au doctorat au Centre de recherches en sciences neurologiques de l’Université de Montréal, son texte “Une course vers l'immortalité” vient de remporter le Prix Michel-Bergeron 2002.
Le talent de vulgarisateur n’est pas donné à tous les chercheurs. Ce concours de vulgarisation scientifique est une initiative de l’Association des étudiants aux grades supérieurs de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Il a été créé pour offrir une plate-forme à ceux qui débutent leur carrière, afin de les stimuler à exercer l’art de la communication scientifique sur un sujet qui les passionne.
“J’ai choisi de traiter des cellules souches, parce que c’est un débat actuel qui touche beaucoup de gens”, affirme Nadia Gosselin-Kessiby. La jeune étudiante s’est toujours intéressée à la science, mais aussi à sa transmission. À chaque année du secondaire elle a participé aux Expos Sciences, puis à Science on tourne au cégep. Après un baccalauréat en biochimie, elle s’est dirigée en sciences neurologiques, où elle effectue actuellement des recherches sur le contrôle des mouvements par le cortex pariétal. “Selon moi, savoir communiquer la science est essentiel, surtout quand les chercheurs s’adonnent à des sujets de plus en plus pointus ”.
Les étudiants-chercheurs ont nommé ce concours de vulgarisation en l’honneur du Dr Michel Bergeron, néphrologue et professeur-chercheur au département de physiologie. Ce co-fondateur de la revue scientifique internationale de langue française Médecine/Sciences a d’ailleurs été récemment récompensé pour son ardeur à défendre la science en français par le Prix du Québec Georges-Émile Lapalme (Voir La Toile scientifique No 61).
Cette année, trois lauréats ont été choisis parmi une dizaine de textes, ce qui représente une très faible proportion des étudiants aux cycles supérieurs. Le concours en est qu’à sa troisième édition. (E. Bergeron)
Association des étudiants aux grades supérieurs de la Faculté de médecine de l'UdeM :
http://www.aegsfm.umontreal.ca/
EN BREF
EMBAUCHEZ UN ÉTUDIANT
Le programme PLACEMENT CARRIÈRE ÉTÉ 2002 de Développement des ressources humaines Canada est maintenant ouvert pour la prochaine saison estivale. Ce programme permet aux organismes sans but lucratif de recevoir du financement par l’entremise de subventions salariales pour l’embauche d’étudiants au cours de l’été (de mai à août). Les formulaires sont disponibles aux Centres des ressources humaines du Canada (CRHC), au bureau de votre député fédéral ou sur le site du Gouvernement du Canada au : www.hrdc-drhc.gc.ca
Attention : La date limite pour la présentation d’une demande est le mardi 2 avril 2002. Pour des renseignements supplémentaires, vous pouvez contacter le bureau de Science Pour Tous au numéro suivant : (514) 252-7456.
DISPARITION DES DÉBROUILLARDS
Votre télévision sera un peu orpheline la saison prochaine. Les Débrouillards ne reviennent pas. Après quelques rebondissements l’an dernier (voir la Toile No 39: http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2001/39/article2.html) cette série produite par Zone3 avait trouvé une terre d’accueil chez un nouveau diffuseur, Télé-Québec. L’évaluation “excellente” de Télé-Québec et la promesse d’un nouveau soutien financier du MRST n’ont toutefois, faute de temps, pas réussi à maintenir l’émission sur les rails pour une autre saison. Interrompue entre 1996 et 1998 après une carrière de 5 ans, la seule émission jeunesse de science réalisée au Québec quitte donc l'antenne pour la seconde fois...
PLUS CA CHANGE...
“Il n'y a rien de tel qu'un anniversaire pour vous faire réfléchir sur le passé et le futur”, affirme Jeffrey Crelinsten, communicateur scientifique et ancien président de la Canadian Science Writers' Association. Les 30 ans de la CSWA lui inspirent quelques réflexions dans le dernier numéro du bulletin de l’association, Science Link. La CSWA, qui compte aujourd’hui 320 membres -dont 45% sont des pigistes- est née à “l'époque où le journalisme n'était pas enseigné convenablement dans les écoles de journalisme, où les scientifiques ne comprenaient pas la nature des médias, où les éditeurs favorisaient le côté sensationnaliste des nouvelles et le plus petit dénominateur commun...” Quelques réflexions qui n'appartiennent pas toutes au passé, convient l'auteur...
“ Anniversary Reflections”, dans Science Link: http://www.interlog.com/~cswa/slink.html
DIX D'UN COUP
Les musées pour enfants battent des records d'affluence aux États-Unis. Plus de 33 millions de petits visiteurs -et leurs grands accompagnateurs- ont mis les pieds en l'an 2000 dans les 200 centres américains dévoués aux jeunes. Le magazine américain Child a réalisé un sondage afin de dresser la liste des dix meilleurs établissements. Pour concevoir ce “Top ten”, les experts ont ciblé des critères aussi divers que la programmation, l'expérience du personnel ou la présence de... table à langer. Côté science, les deux musées spécialisés qui prennent la tête du peloton sont le COSI et le Science Museum of Virginia.
Sur le site du magazine américain Child:
http://www.child.com/living_in_style/travel/top10_museums.jsp
À consulter aussi, le site de l'Association of Children's Museum qui ne recense que deux membres québécois, le Musée canadien des enfants de Hull et... le Musée Juste pour rire de Montréal.
LA FABLE DE L'AUTRUCHE
Ça y est, la dixième édition du concours Science, on tourne! a pris son envol. Au programme cette année, une histoire d'autruche et d'oeuf, embrouillée par de sombres manigances et la rencontre avec un essaim d'abeilles. En d'autres mots, la version 2002 invite les cégépiens à concevoir un engin capable d'expédier dix balles de golf dans trois trous situés en hauteur. Si l'énoncé de ce concours est à nouveau un truculent roman, on se demande ce qui pique les organisateurs de la Fédération des Cégep pour recourir à de tels stratagèmes? Vous le saurez en visitant le site du concours:http://sot.bdeb.qc.ca
ETHIQUE EN COMMISSION
David Boucher participera aux débats de la Commission de l'éthique de la science et de la technologie. Etudiant de maîtrise en éthique de l'Université du Québec à Rimouski, il siègera durant deux ans aux côtés de ses aînés. Cet aspirant spécialiste en bioéthique se penchera sur des dossiers aussi épineux -et passionnants- que le clonage ou les cellules-souches.
Lire dans le UQAR-Info:
http://wer.uqar.qc.ca/uqar/pub/22janv02.html#David%20Boucher
ÉTHIQUE À DISTANCE
À l'université de Montréal, il est aujourd'hui possible de suivre un cours sur l’éthique de la recherche... sur le web. Dissimulé sous un sombre acronyme (“PLU 6046A”), cet enseignement se veut une introduction aux grands principes que devraient connaître tout chercheur. Conçu par un étudiant au doctorat en sciences humaines, Michel Bergeron (un homonyme!), le cours se penche notamment sur l'intégrité scientifique.
Lire dans le journal Forum:
http://www.iforum.umontreal.ca/Forum/ArchivesForum/2001-2002/020121/639.htm
APRÈS L'INSECTE, LE SOL
Autre moyen de se distinguer, le Québec pourrait bien adopter prochainement un sol-emblême. Le Nouveau-Brunswick et l’Ile-du-Prince-Edouard possèdent chacun le leur, tout comme tous les États américains. Alors pourquoi pas nous? L’Association québécoise des spécialistes en sciences du sol (AQSSS) lance donc ce défi aux étudiants de la province: quel type de sol représente le mieux le Québec? À lire sur le site de l'Agence Science Presse, “ Un sol-emblême pour le Québec?”:
http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/quebec/capque0202a.html
EN CHANTANT
Connaissez-vous la gigue des constellations? “In the Zodiac, you'll find a dozen constellations. You can trace them in the sky with just a little patience. Leo, Virgo, Scorpius and Gemini and Taurus, These are five, now who can name the other seven for us?”. Issue d'une compilation des années '50, c'est l'un des couplets enchanteurs de “Ballads for the Age of Science”. Après avoir retrouvé ces “ illustres ” refrains dans le grenier de ses parents, Jef Poskanzer, un ingénieur en informatique de Berkeley, les a archivés sur internet. En introduction, il avoue avoir souvent fredonné ces vieux airs, “sources d'inspiration de mon choix de carrière”. Retrouvez en MP3 la chanson du cycle de l'eau, le menuet des planètes ou encore la ballade de Sir Isaac Newton; près d'une centaine de couplets à fredonner sous la douche!
Site: www.acme.com/jef/science_songs
Ce numéro a été réalisé par Isabelle Burgun.
Journalistes : Isabelle Burgun, Emmanuelle Bergeron.
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