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Numéro
77, 25 septembre 2002
QUAND
LA SCIENCE FAIT PEUR
Enseigner
les sciences lorsqu'on estime ne pas posséder les compétences
suffisantes plonge bon nombre d'enseignants du primaire dans
une situation angoissante. "Je ne suis pas capable
de répondre aux questions, alors je préfère
m'abstenir pour ne pas pénaliser les jeunes avec quelque
chose d'incorrect, nous ont confié certains enseignants",
rapporte Yvon Fortin, professeur de physique au collégial
et responsable scientifique du Centre de démonstration
en sciences physiques.
Depuis
deux ans, le Centre de démonstration en sciences physiques
(CDSP) pilote une étude, La science et la technologie
dès le primaire: pour une nouvelle dynamique.
Celle-ci porte sur l'appréhension de la science par
les professeurs du primaire. Soutenu par le ministère
de la Recherche de la Science et de la Technologie, et par
celui de l'Éducation (MEQ), ce projet vise aussi à
développer de nouvelles stratégies d'intervention
pédagogique. L'intention de départ était
que le Centre de démonstration en sciences physiques
conçoive du matériel utile pour l'enseignement
des sciences au primaire. "Au sein des écoles
primaires, il existe déjà des outils pédagogiques.
Du matériel plus ou moins adapté car nous nous
sommes rendu compte que les professeurs ne savent pas s'en
servir. Nous avons donc changé notre angle d'attaque,
il s'avérait important de revenir à la base",
explique Yvon Fortin. Lors de la quinzaine de rencontres,
les intervenants ont cherché à identifier ce
qui fonctionne, les lacunes et comment les enseignants abordent
les sciences dans la classe.
Bien
souvent, les enseignants du primaire n'ont pas suivi d'enseignement
des sciences depuis le secondaire. La réforme de l'enseignement
amorcée par le MEQ leur demande de transmettre des
concepts qu'ils ne maîtrisent pas. "C'est comme
enseigner l'espagnol lorsque tu ne connais ni le vocabulaire
ni la culture. Ce sentiment d'incompétence est très
conscient et débouche immanquablement sur du stress",
maintient Yvon Fortin, qui juge essentiel de travailler directement
avec les enseignants. "Ce qui est vécu dans la
classe, c'est plus facile de se l'avouer entre collègues!"
Les enseignants brisent ainsi leur isolement en se rendant
compte qu'ils ne sont pas seuls à vivre ces difficultés.
Le
groupe de travail rassemble une vingtaine d'enseignants de
sept écoles de la Commission scolaire de la capitale
(École Saint-Jean-Baptiste, École Saint-Fidèle,
École Du Buisson, etc.) et deux responsables du CDSP.
"Dans bien des cas, le malaise provient du rapport difficile
que le professeur entretient avec la science. C'est lui qu'il
faut d'abord épauler", dit le chargé de
projet qui, suivant ses habitudes a joint, lors des réunions,
l'expérimentation (manipulation d'objets chargés
d'histoire, récit d'aventure, démonstrations)
à la réflexion.
Yvon
Fortin classe les causes en deux catégories. Externes
: la formation, la structure, les ressources des programmes,
l'organisation du travail, qui s'avèrent souvent inadéquats.
Et personnelles: manque de confiance en soi, de maîtrise
de la matière et de méthodologie.
Au
cours d'une prochaine phase, le centre expérimentera
un programme de formation qui exigera un investissement "à
long terme" des participants. La piste envisagée
consiste à élaborer une formation pour adulte
en culture scientifique et non de donner des cours de remise
à niveau en science. "Il faut amener l'enseignant
à comprendre l'univers des sciences, lui permettre
de faire des liens et de développer de la pédagogie
pertinente", explique Yvon Fortin. Mais une question
demeure: comment rendre ça stimulant?
Cette
année, le projet élargira aussi la consultation
auprès du milieu scolaire, tels les conseillers d'orientation
ou la direction des commissions scolaires. "Nous devons
aménager les structures pour que l'enseignant puissent
se ressourcer".
Le
projet du Centre de démonstration en sciences physique
:
http://www.cdsp.qc.ca/projets_primaire.htm
(I. Burgun)

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