Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 79, 23 octobre 2002

L'OEIL INDISCRET
Dans la pénombre, la girafe dresse son long cou vers le plafond. Coiffée de plastique, sa tête accroche la lumière du projecteur. Le rayon de lumière dessine aussi les silhouettes des autres animaux de la savane emmaillotés dans leur abris de cellophane. Mystérieuses apparitions. L'oeil de la caméra souligne la fragilité des personnages autant que l'incongru de la situation. C'est l'un des nombreux moments de poésie du documentaire Un animal, des animaux du réalisateur français Nicolas Philibert, présenté lors du Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal.

Ce film raconte la rénovation de la galerie de zoologie du Muséum d'histoire naturelle de France. Pourtant, "ce n'est pas un film scientifique. Il s'agit plutôt d'une promenade dans un lieu extraordinaire à un moment précis de son histoire. Une excursion dans les coulisses cachées au regard du public", souligne le cinéaste.

Nicolas Philibert possède des yeux allumés et des mains animées. Une grande franchise également. "Je ne désirais pas faire un autre film sur un musée. Après mon documentaire, La Ville Louvre, j'ai eu de nombreuses propositions que j'ai déclinées. Le réalisateur René Allio, dont j'ai été autrefois l'assistant, m'a introduit au Muséum lors des travaux. La magie du lieu a fait le reste".

Fermée au public depuis 1965, la galerie de zoologie du Muséum d'histoire naturelle a accueilli durant trois années (de 1991 à 1994) des travaux majeurs de restauration. Une véritable transformation intérieure jumelée à la restauration de ses milliers de spécimens. Par la facture et le propos, ce documentaire rappelle immanquablement La Ville Louvre qui se glissait dans les recoins du Louvre à l'occasion de son réaménagement. Bien que la récente production s'attarde plus sur les pensionnaires -et les "colorés" employés- que sur l'espace muséal.

C'est que Nicolas Philibert aime raconter des histoires. On assiste au récit d'une transformation, de l'habillage du zébu, à la teinture de l'éléphant - "Les peaux nues se traitent à l'acrylique!", précise le taxidermiste- au choix des yeux de la mouffette ou encore à la restauration minutieuse du plumage d'un ara. Le tout ponctué de commentaires dignes des films comiques : "Vous n'avez rien dans les vautours?"; "Ce renard s'est fait renverser par une voiture. Maintenant, ça va mieux!"; "On dirait que le gorille a pris du poids". La séquence du déménagement des animaux balance entre la dérision à la Tati et l'esthétique d'un ballet classique.

Le cinéaste privilégie la contemplation et l'humour à la didactique. Sans se prendre au sérieux, son documentaire glisse néanmoins un propos construit : statue de Buffon, reconstruction d'un squelette, conception muséologique de la galerie, etc. Il dépeint un véritable éloge à la diversité animale par de longs plans fixes sur le faciès des bêtes, en particulier ceux des primates, au grand plaisir des spectateurs.

La Cinémathèque de Montréal consacrait une rétrospective à Philibert, dans le cadre du Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias, qui prenait fin dimanche dernier. Destinés à la télévision, ses films abordent le réel avec finesse, humour et une constante poésie. Ils offrent au spectateur une plongée dans l'univers du silence ("Le pays des sourds"), les retrouvailles des bancs d'une petite école de rang ("Etre ou avoir") ou la conception d'une pièce de théâtre par les pensionnaires de la clinique psychiatrique de La Borde ( "La moindre des choses"). Sept projections comme autant de tranches de vies.

 

À lire, "Le cinéaste de l'invisible" dans le quotidien Le Monde du 18 mai 2002:

http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3250--276331-VT,00.html

La page du film, sur le site du Muséum national d'histoire naturelle:

http://www.mnhn.fr/animaux/

Isabelle Burgun