Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 81, 20 novembre 2002

GOUTS ET DÉGOUTS DES MATHS
Léa est une bollée qui en a ras-le-bol d'être réclamée par ses amis uniquement lorsqu'il y a un problème de mathématiques à résoudre. Elle préférerait aller patiner avec eux! Mais Léa partage un point en commun avec Thomas, Véronique et Louis, chez qui les maths provoquent angoisses et malaises: elle apparaît dans des petites capsules vidéos, où des enfants témoignent de leur relation complexe avec cette discipline.

Ces capsules proviennent de Chères Mathématiques, une cassette doublée d'un livre (Presses de l'Université du Québec), conçus par la professeure et chercheure en didactique des mathématiques, Louise Lafortune.

Huit chapitres -et autant de capsules vidéos- abordent certaines croyances (la bosse des maths, l'effort démesuré, etc.) et les sentiments des jeunes face à cette discipline, de l'anxiété à la passion. "Les textes proviennent des entrevues réalisées auprès d'une cinquantaine d'élèves de Sherbrooke", présente Louise Lafortune. Particulièrement intéressée par l'expression des émotions des jeunes, elle leur a également demandé d'exécuter un dessin, un poème ou un texte. On en trouve quelques échantillons dans le livre: un garçon à grosse tête, un autre assommé par un coup de marteau, une fille partagée entre paradis et enfer...

La chercheuse de l'université du Québec à Trois-Rivières se passionne pour les émotions que suscitent les mathématiques depuis une vingtaine d'années. Plus exactement depuis qu'elle a rencontré des adultes revenus prendre des cours de maths au cégep. Ce qu'ils exprimaient -incompréhension, dégoût, fuite- avait attisé sa curiosité: quelles sont donc les raisons qui poussent certaines personnes à éviter les maths? Elle se souvient encore de ce professionnel venu suivre au cégep une mise à niveau en mathématiques. "On l'avait classé en secondaire 2. Ça l'a tellement déprimé qu'il n'a pas poursuivi".

On doit à la chercheuse de nombreux ouvrages sur les mathématiques et leur perceptions: Des maths au delà des mythes (CECM, Montréal), Adultes, attitudes et apprentissages des mathématiques (Cégep André-Laurendeau) et d'autres plus psychologiques, tel L'affectivité dans l'apprentissage (en collaboration aux Presses de l'Université du Québec). Et même L'approche philosophique des mathématiques.

Fortement valorisée par les parents et la société, cette discipline provoque dès lors un découragement chez le jeune qui réussit moins facilement. Une pression qui pousse aussi bon nombre d'étudiants à se diriger vers les sciences humaines. "Les filles sont souvent plus anxieuses que les garçons", ajoute Louise Lafortune.

Une autre recherche s'est penchée sur la réaction des élèves à la technologie. Menée sur une centaine de jeunes, elle portait sur l'utilisation d'un logiciel de calcul différentiel dans la classe. "C'est un outil qui change la manière d'enseigner et d'apprendre les maths. Il s'agit d'interpréter les graphiques et non plus de les réaliser. Cela oblige le professeur à abandonner une partie du contenu et l'élève à faire face à des situations complexes et abstraites". Or, ses tests confortent une partie des préjugés: Les garçons sont plus curieux et passent plus de temps devant l'ordinateur. Les étudiantes maîtrisent moins bien la technique. En cas de problème, les garçons s'énervent et les filles s'attristent... "Évidemment que c'est un air connu. Ce qui me surprend plus, c'est qu'il s'agit de jeunes qui étudient en science et dont les réactions devraient être similaires face à la technologie".

La chercheuse participait la semaine dernière à un séminaire donné au Centre des enseignants et enseignantes de Montréal; l'une des 12 rencontres organisées dans le cadre d'une recherche sur les Maths, sciences et technologies: croyances et attitudes du primaire au cégep. La précédente rencontre se déroulait lors du congrès de l'Association des professeurs de science du Québec. "Il s'agissait plus d'une collecte de données que d'une sensibilisation au sujet. Nous voulons connaître l'opinion, la compréhension et les stratégies des enseignants. On n'est pas encore au dépouillement des résultats mais je constate qu'il n'est pas facile d'amener les enseignants de mathématiques à exprimer leurs émotions ou à se préoccuper des aspects psychologiques de leur matière". C'est sans doute pourquoi son récent ouvrage s'ouvre avec le chapitre Réfléchir sur ses croyances...

 

À découvrir, Chères mathématiques par Louise Lafortune, Bernard Massé et Serge Lafortune (Presses de l'Université du Québec) lancé au Salon du livre de Montréal, samedi le 16 novembre:

http://www.puq.uquebec.ca/data/D-1209.html


Isabelle Burgun