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Numéro
82, 4 décembre 2002
LA
CULTURE SCIENTIFIQUE EN PORTRAIT
À y regarder de près, dessiner un portrait précis
de la diffusion du savoir paraît une chose ardue. Entité
aux limites imprécises, qui se multiplie dans des lieux
divers (de l'école à la télé)
et dotée d'un bouillonnement discret, le milieu de
la culture scientifique et technique n'est pas facile à
définir. D'aucuns diront qu'il appartiendra à
la culture québécoise lorsqu'on n'aura plus
besoin de le définir à chaque fois qu'on en
parle...
Premier
de deux rapports du Conseil de la science et de la technologie
(CST), La culture scientifique et technique au Québec
: bilan, trace, en près de 180 pages, le portrait
de la situation québécoise, des organismes et
de leurs réalisations ainsi qu'une synthèse
de l'appropriation des sciences et de la technologie par sa
population. "C'est un outil de référence
et de réflexion que doit s'approprier le milieu. Une
lecture obligatoire", pense Jacques Kirouac, le directeur
de Science Pour Tous.
Alors
que le sondage montre que la démocratisation de la
culture scientifique n'est pas encore une réalité
(voir texte suivant), ce bilan souligne les bons coups -la
multiplication des projets de promotion des carrières
et la reconnaissance d'une expertise- comme les faiblesses
du modèle québécois: organismes fragiles,
méconnaissance des ressources, pas de progression du
soutien public, etc.
Le
bilan rapporte ainsi le déplacement et la fragmentation
de l'intervention gouvernementale. Majoritairement assumé
par le MFER (Ministère des Finances, et de l'Economie
et de la Recherche) et le MCC (Culture et communications),
le soutien public connaît une bien faible croissance
de son budget (de 5,2 millions $ en 1996 à 5,2 millions
en 2001, dont 46% aux intervenants majeurs) alors que la France
a doublé le sien durant cette période, passant
de 26 à 51 millions $. "On ne connaît pas
tout ce qui est versé par tous les ministères
mais il faut que la reconnaissance de la culture scientifique
soit suivie par un soutien concret du gouvernement",
poursuit le directeur de Science Pour Tous. Et le milieu municipal
et l'industrie devront aussi faire leur part.
Abordant
la fragilisation des organismes de culture scientifique, les
auteurs du document -dont quelques-uns proviennent du milieu
de la culture scientifique- avancent deux raisons: le recul
du bénévolat et les limites du financement par
projets.
Trois
défaillances importantes: le matériel peu connu
et utilisé, les médias de masse peu utilisés
et la nécessité de rejoindre les personnes peu
scolarisées et nanties. "Notre défaut récurrent
c'est notre manque de diffusion et de promotion. On ne peut
plus se contenter de dépliants et cela nécessite
du financement ", dit Jacques Kirouac.
La
balle est dans le camp des communicateurs, pense Thérèse
Drapeau, la présidente de l'Association des communicateurs
scientifiques. "Le leitmotiv des rapports consiste à
souligner l'intérêt des Québécois
pour la culture scientifique. Il y a une demande qui devrait
stimuler les communicateurs scientifiques et leurs employeurs.
Nous avons toute l'expertise pour y répondre ".
Elle incite fortement les communicateurs à devenir
plus proactifs et à lire les deux documents.
Rejoindre
les exclus de la communication scientifique demande plutôt
des choix collectifs pense le directeur de Science Pour Tous.
"Ce sont souvent ceux qui disposent de moins de modèles
que les autres. Il faut apprendre à cibler nos actions,
à mailler des organismes et des écoles et multiplier
de petits gestes comme les visites dans les écoles
défavorisées" .
Quant
au problème de la relève, le sociologue Yves
Gingras s'étonne de certaines affirmations du bilan
qu'il juge déconnectées de la réalité:
"Où sont les données qui soutiennent que
les sciences et la technologie souffrent d'un problème
d'image ou encore que la profession d'enseignant de science
exerce moins d'attraits. Ce n'est pas ce que montrent les
études. Pour le rattrapage des filles, c'est la même
chose: il est fait. Alors pourquoi souligner continuellement
les différences entre les sexes. Il s'agit plus d'une
question de sensibilité que de confiance à l'égard
des science".
Le
bilan parle "d'aider l'école à renforcer
l'enseignement des sciences, dans le contexte actuel de la
réforme de l'éducation". Yves Gingras y
voit de la langue de bois: "Cela tient plus à
l'organisation de l'école. Le ministre aura-t-il le
courage d'enlever les cours de religion et de morale pour
ajouter les heures de sciences nécessaires. Il faut
renforcer la science à l'école et cela ne se
fera pas en diluant les cours ni en voyant de la science partout,
la fameuse pédagogie de la découverte".
D'ici
juin 2003, le CST auscultera le milieu afin de connaître
la réception de ses rapports, deux documents qui découlent
de la politique scientifique du Québec, Savoir changer
le monde. Ensuite, à l'automne, l'organisme émettra
un avis, un document qui contiendra différentes recommandations
à l'intention du sous-ministre par intérim,
Jacques Babin. Et après? "C'est la part d'inconnu.
Autrefois, M Limoges nous répondait toujours, nous
expliquant ce qu'avait retenu le gouvernement de nos recommandations",
dit Mme D'Annunzio la secrétaire générale
du CST. La récente nomination du sous-ministre et la
récente fusion du ministère de la Recherche
au sein du MFER, apporte aussi son lot d'incertitudes.
À
consulter, La culture scientifique et technique au Québec
: bilan, publié par le Conseil de la science et
de la technologie (pdf):
http://www.cst.gouv.qc.ca/ftp/CSTBilanFINAL.pdf
Isabelle
Burgun

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