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Numéro
82, 4 décembre 2002
INTÉRESSÉS,
INFORMÉS MAIS PEU PRATIQUANTS
La
science: un peu, beaucoup ou pas du tout? La démocratisation
de la culture scientifique n'est pas encore une réalité,
fait ressortir l'Enquête sur la culture scientifique
et technique, le second rapport publié en novembre
par le Conseil de la science et de la technologie (CST). Le
sondage, effectué récemment auprès de
1627 Québécois de 15 ans et plus, décortique
le niveau d'intérêt, les sources d'information,
les pratiques et même les compétences techniques
et connaissances scientifiques des Québécois
de l'an 2002.
Première
évidence: plus une personne possède un niveau
de scolarité élevé et de bons revenus,
plus elle est susceptible de s'intéresser, d'être
informée et d'avoir une opinion positive sur les sujets
scientifiques. Ce qui n'est pas une surprise: "Depuis
30 ans, toutes les enquêtes d'Europe et d'Amérique
du Nord redécouvrent que ceux qui vont au musée
ou adoptent des pratiques culturelles sont ceux qui sont éduqués.
Comme les précédentes, cette nouvelle enquête
affiche les même taux de réponses à des
questions similaires", pense Yves Gingras, sociologue
des sciences de l'UQAM. À ses yeux, "la plus grande
variable est la différence de scolarisation, seulement
15% pour le primaire contre 65% chez les universitaires se
disent intéressés et informés par la
science". La clé est donc dans l'école!
Au
fil des pages, on découvre que si la moitié
des Québécois s'estiment bien informés
(56%), ils sont seulement 8,5% à acheter régulièrement
des magazines spécialisés en science et technologie.
"Ils sont moins informés qu'ils ne le disent.
La concurrence dans les kiosques à journaux est terrible,
il y en a tellement. Un magazine comme Québec Science
n'aura jamais les moyens du National Geographic", dit
Jacques Kirouac, le directeur de Science Pour Tous. Les auteurs
du rapport nous mettent de plus en garde. Il s'agit d'une
enquête qui "tend probablement à surestimer
le niveau d'intérêt des répondants à
l'égard des questions scientifiques, de même
que l'intensité de leurs pratiques reliées à
la culture scientifique". Pourquoi cela? Parce que certains
répondants, conscients qu'il s'agissait d'une enquête
sur la science, ont pu à l'occasion donner des réponses
qui plairaient à l'interrogateur.
La
majorité des personnes interrogées tiennent
surtout leur information des journaux et magazines d'intérêt
général (23,5%) et des émissions scientifiques
de la télévision (19,3%). Les quotidiens et
la télé conservent donc depuis 15 ans une confortable
avance comme source d'information scientifique. "Avec
les canaux spécialisés, la télé
offre un plus grand choix qu'avant. C'est la croissance des
journaux qui me surprend. Un gain ici compense une perte autre
part, elle reste insuffisante: un article de fond par semaine.
De plus, la science est le plus souvent traitée par
des généralistes qui manquent de recul, d'intérêt
et de réflexes. Un seul journaliste spécialisé
dans une rédaction ne fera jamais une grosse expertise",
relève Pascal Lapointe, le directeur de l'Agence Science
Presse qui s'inquiète aussi du déclin de la
radio et des magazines spécialisés. Ce manque
d'intérêt pour les magazines spécialisés
par contre, le rédacteur en chef de Québec Science
ne le reconnaît pas. "Cela ne correspond pas à
ce qu'on constate et reste paradoxal lorsqu'on met en parallèle
cette baisse et la croissance de l'intérêt des
gens", relève Raymond Lemieux.
L'enquête
nous apprend par ailleurs que "les Québécois
sont plus intéressés que les Européens
par les sciences et la technologie et se sentent mieux informés
qu'eux sur ces sujets". "Ce qui me frappe dans cette
comparaison, c'est que tout ce qui est valorisé par
la société (sciences, économie et finance)
connaît un pourcentage plus élevé que
la politique (dévalorisée) et le sport (futile).
Les gens sont de bonnes éponges et régurgitent
ce que leur livrent les journaux", pense Yves Gingras.
Quels
sont les sujets qui retiennent l'attention du public? La
palme revient à l'environnement (91,6%) et la médecine
suit de près (82,3%). "C'était couru d'avance.
Pollution, changements climatiques et santé sont trois
sujets récurrents des journaux", affirme Pascal
Lapointe. À noter, le recul de l'astronomie et de l'espace
(52,6%) et la progression d'Internet chez les jeunes (77%
chez les 15-34 ans). On peut relever également la curiosité
des femmes pour la génétique, avec deux femmes
sur trois qui disent s'y intéresser (69,3%). "On
en a beaucoup parlé. Je suis plus surpris de lire une
question sur les nanotechnologies, c'est encore tellement
spécialisé", poursuit Pascal Lapointe.
Pour
les compétences techniques, la variable réside
dans l'âge du répondant. Plus on est jeune, plus
on est à l'aise avec les ordinateurs, les magnétoscopes
et les guichets automatiques. "La plupart des compétences
techniques découlent de nécessités. Les
Québécois connaissent cependant une capacité
rapide d'absorption des technologies", note Yves Gingras.
Et
du côté des connaissances scientifiques, le Québec
affiche un taux de réussite de 62%. Un taux honorable
pense le directeur de Science Pour Tous, lorsqu'on se compare.
Plus proches des Américains que des Européens,
sauf pour un trait dominant. De l'autre côté
de la frontière, "ils sont plus fondamentalistes
que nous, comme le montrent les mauvaises réponses
sur l'origine de l'homme et sur la cohabitation avec les dinosaures",
remarque Yves Gingras.
Un
questionnaire qui déçoit le directeur de l'Agence
Science Presse. "La moyenne est à peine plus élevée
qu'avec un pile ou face. Certaines réponses correspondent
plus à la culture populaire qu'à de réelles
connaissances scientifiques -le centre de la Terre est très
chaud, l'oxygène provient des plantes- et d'autres
me font penser qu'ils ne lisent pas les journaux: un sur
trois connaît le Nunavut!". Le sociologue se fait
encore plus sévère: "La moitié
des questions de connaissances scientifiques ne marchent pas
et les autres ne démontrent rien. C'est comme un thermomètre
qui reste immobile et qui ne mesure pas la bonne affaire.
Ces sondages ont fait leur temps", pense Yves Gingras.
Les
loisirs scientifiques ne se dégagent pas du peloton:
seulement 12% en pratiquent. Cela déçoit Jocelyn
Caron du CLS du Saguenay-Lac-St-Jean. "Comment interpréter
ce taux? Et comment évaluer la réalité
à partir de simples chiffres?", se questionne-t-il.
Seule consolation, ceux qui pratiquent sont de fervents adeptes
car pour plus de la moitié (60%) il s'agit d'un loisir
hebdomadaire. Deux tiers des adeptes ont choisi la biologie,
l'astronomie, les sciences humaines et l'ornithologie. Jocelyn
Caron s'étonne de la faible place réservée
à l'horticulture et à l'ornithologie, deux activités
pourtant vedettes. "Peut-être qu'observer les oiseaux
dans sa cour et cultiver son jardin n'est pas considéré
par les répondants comme un loisir scientifique?"
Les
musées ne sont pas oubliés dans l'étude:
deux personnes sur trois affirment en avoir visité
un au cours des 12 derniers mois. Fortement corrélée
aux niveaux de scolarité et aux revenus, cette activité
a été toutefois boudée par la moitié
des gens lorsqu'il s'agit de jardin zoologique, d'aquarium
ou de jardin botanique (50% n'en n'ont pas visité).
Une désertion qui s'aggrave lorsque le centre d'interprétation
parle de la nature, des sciences ou des technologies (53,6%)
ou alors d'histoire, des civilisations et d'archéologie
(65,2%). Alors lesquels ont-ils visité?
À
consulter, l'Enquête sur la culture scientifique
et technique, publiée par le Conseil de la science
et de la technologie (pdf):
http://www.cst.gouv.qc.ca/ftp/CSTEnqueteFINAL.pdf
Isabelle
Burgun

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