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Numéro
82, 4 décembre 2002
QUÉBEC
SCIENCE: LA QUETE DES ORIGINES
Plus
de quatre décennies de vulgarisation séparent
le bulletin Le Jeune Naturaliste du magazine Québec
Science. Un peu comme la graine et le fruit, il paraît
difficile de distinguer toutes les étapes de maturation
qui ont façonné cette revue. Dans la main, le
papier glacé au graphisme invitant déborde de
couleurs, de photographies et d'illustrations. Une image dynamique,
dans l'air du temps, qui ne dépare pas les pimpants
rayonnages des kiosques à journaux.
C'est
dans un désert de vulgarisation scientifique que son
lointain ancêtre a fait ses premiers pas, en 1951. À
cette époque, Le Jeune Naturaliste affichait
un ton didactique. "On ne trouvait pas grand-chose en
français. Des feuillets dispersés sur la flore
et la faune voisinaient d'incontournables livres, comme La
Flore Laurentienne. J'ai eu le mandat d'imaginer de toutes
pièces ce qui allait devenir un outil rapidement indispensable
dans les écoles", présente Léo Brassard,
enseignant retraité de sciences naturelles du Cépep
de Joliette.
Les
Presses des Clercs de Saint-Viateur connaissent rapidement
un succès d'imprimerie avec la petite revue dont le
tirage monte à plus de 5000 exemplaires; et même
jusqu'à 10 000. Destinée aux jeunes du
secondaire et aux mordus de la nature, elle couvre les sciences
biologiques avant de s'ouvrir graduellement aux autres champs
scientifiques (astronomie, géologie, etc.). Une lente
évolution qui la poussera à changer son nom
pour Le Jeune scientifique. Nous sommes en 1962, considérée
aujourd'hui comme la date officielle de naissance de Québec
Science.
Instrument
efficace des clubs de science, la revue d'alors en est une
de "vulgarisation verticale", c'est-à-dire
du spécialiste vers les jeunes. "Elle est issue
du domaine de l'enseignement et s'ouvrira aux collaborations
régulières de chercheurs, et donc aux sciences
exactes, sous l'égide de l'ACFAS", rapporte Léo
Brassard. En 1969, la revue passe des bras de l'ACFAS à
ceux de l'Université du Québec.
Les
années '70 l'entraînent dans un tournant journalistique.
Nouvellement baptisé Québec Science, la revue
emprunte alors une voie plus horizontale pour en faire un
"véritable magazine de vulgarisation scientifique.
"Nous avons décidé de partir des préoccupations
du public et le moteur est devenu l'actualité. Un modèle,
proche de Science et Avenir, mais en plus intellectuel",
soutient Jean-Marc Gagnon, alors directeur de la revue et
aujourd'hui éditeur des Éditions Multimondes.
Un
qualificatif que l'actuel rédacteur en chef a tendance
à rejeter. "Le journalisme scientifique doit dépasser
la simple vulgarisation pour apporter une mise en perspective
de l'actualité. Je considère plutôt Québec
Science comme un magazine d'intérêt général
qui fait une niche à l'actualité scientifique.
Mais c'est un idéal, le magazine reste encore fortement
perçu spécialisé", avoue Raymond
Lemieux.
Les
chevilles ouvrières du magazine ont elles aussi bien
changé en 40 ans. Le magazine comprend actuellement
une dizaine de collaborateurs réguliers, majoritairement
des pigistes spécialisés: astronomie (Vincent
Sicotte), techno (Philippe Chartier), génétique
(Jean-Pierre Rogel), etc. Son lointain ancêtre, Le
Jeune Naturaliste était, lui, rédigé
par des professeurs et professionnels de la nature. Il faut
attendre Le Jeune Scientifique pour lire les premières
collaborations. "Mais c'était presque du bénévolat.
Les textes étaient payés entre 50 et 100$"
relève Léo Brassard. Il se souvient entre autres
de l'excellence des textes de l'étudiant en astronomie
Jean-René Roy, l'actuel responsable scientifique canadien
des télescopes Gemini. Il faudra attendre le virage
des années '70 pour que le magazine accueille plus
largement les journalistes dans ses pages, tels Jean-Claude
Paquet (La Presse) et Gilles Provost (Le Devoir), en plus
d'être une école pour des premières plumes
(Michel Gauquelin, Yannick Villedieu, Pierre Sormany, etc.).
Les
années '70 constituent aussi une période féconde
en changements: nouvelle formule, promotion, graphisme, démarrage
du volet de l'édition. "Notre objectif était
le développement durable", ironise Jean-Marc Gagnon.
Le directeur artistique de l'époque, Jean-Pierre Langlois,
en bouleversant le graphisme du magazine, lui confectionne
une personnalité qui lui permet de se détacher
dans les rayons. Cette vague de changement touche même
le service des abonnements qui voit la disparition de sa sollicitation
annuelle. "Cela nous a permis de faire un saut de 12
500 à 16 000 abonnés, pour un total de
22 000 abonnés et ventes à l'unité;
le tout en l'espace de 7 ans", se remémore Jean-Marc
Gagnon.
Enfin,
le magazine fait des petits dans le milieu de l'édition.
"Demain, la santé" de Yannick Villedieu
distribué à 35 000 exemplaires, "Comment
nourrir les oiseaux?" à 65 000 ou encore
"Les Petits Débrouillards" à 85 000.
"Le périodique a été la locomotive
qui a tiré le train de l'édition", relève
Jean-Marc Gagnon. C'est le début des numéros
spéciaux -dont Le fleuve Saint-Laurent en 1976-
et des rubriques thématiques dont À vous
de jouer et Mathématiques sous la plume du vulgarisateur
émérite Fernand Seguin. Alors que la science
faisait ses premiers pas dans les médias électroniques
avec des émissions comme Atomes et Galaxie ou
La science et Vous, le magazine engrange de nombreux
prix d'excellence, dont le Premier Prix du magazine canadien
en 1979.
Mais
la revue québécoise a toujours dû se bagarrer
pour assurer sa survie. "Les gens n'y croyaient pas.
Ce n'était pas un projet rentable et bien loin de faire
partie de la culture populaire. Il a fallu convertir sans
cesse", se souvient Léo Brassard. Segmentation
du marché de la lecture, multiplication des magazines,
diversification des médias tirent à la baisse
son tirage dans les années '80. "Cette abondance
provoque encore aujourd'hui une saturation de l'information.
Elle cède aussi du terrain face au divertissement",
affirme Jean-Marc Gagnon. Le terreau moins propice accueille
une période de vaches maigres. Et les Presses universitaires
du Québec (PUQ) cèdent le magazine au Cégep
de Jonquière en 1992.
Dix
ans plus tard, Québec Science connaît toujours
une situation fragile. Alors que sonne son quarantième
anniversaire, il tire à 32 000 copies, dont 18 500
rejoignent ses abonnés et 5041 sont vendues en kiosque.
"Le défi reste de proposer des sujets exclusifs
et de rester plus que jamais compétitif. Il nous reste
encore de belles histoires à raconter", dit Raymond
Lemieux.
À
lire, le numéro spécial anniversaire de Québec
Science:
http://www.Cybersciences.com/
Isabelle
Burgun

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