Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 83, 18 décembre 2002

LE FIL QUI CHANTE
Choisissez le 1 pour écouter l'entrevue, appuyez sur le 2 pour les chants d'oiseaux ou composez le 3 pour la lecture du magazine... Qui aurait pu soupçonner, avant de composer le numéro du Publi-Phone, qu'une boîte vocale pouvait renfermer une chronique consacrée à l'ornithologie, enrichie de chants et d'une lecture du Québec Oiseaux! Un accès par l'oreille pour les personnes non-voyantes à un loisir scientifique bien populaire.

Des articles de Châtelaine à ceux du Bel-Âge ou de Québec Micro, plus de 350 rubriques offrent un service d'accès gratuit à divers magazines. Ce service, qui fonctionne depuis dix ans, évolue pour coller aux besoins et intérêts des auditeurs. "Je suis rémunéré pour penser, pour imaginer le contenu à venir avant que la demande ne s'exprime", explique Luc Fortin, le responsable du Publi-phone.

Que l'on aime ou pas la boîte vocale, elle constitue l'une des technologies les plus accessibles pour les non-voyants. L'auditeur n'a qu'à sélectionner le numéro de la section désirée, mettre sur main libre et écouter. Cet équipement s'avère également facile à utiliser pour ceux qui lisent les rubriques. " Cela ressemble à une chronique radiophonique sauf que je peux faire ça sans me déplacer, de chez moi ou du bureau", dit le naturaliste Denis Henri. "En raison de notre clientèle spécifique, il faut par contre des expressions plus imagées", relève l'ancien chroniqueur de Planète (la défunte émission scientifique de CIBL).

L'association du Regroupement des Aveugles et Amblyopes du Montréal Métropolitain (RAAMM) a configuré un serveur vocal selon ses propres besoins. "Contrairement au service radio de la Magnétothèque (lecture d'articles de quotidiens sur le câble), nous offrons à l'auditeur de choisir ce qui l'intéresse dans le menu, sans horaire ni limite de temps", dit le responsable. L'an dernier, le compteur du Publi-phone a tourné 1 700 000 fois, enregistrant chaque écoute de rubriques. "Évidemment, une personne peut consulter plusieurs rubriques et rappeler plusieurs fois", précise le responsable. Les statistiques québécoises (OPHQ) reconnaissent 120 000 personnes atteintes d'un handicap plus ou moins sévère de la vue, dont près de 15 000 personnes totalement privées de ce sens.

L'entretien mensuel que Luc Fortin anime avec le naturaliste Denis Henri est né d'un premier contact au téléphone. À la recherche de la revue Québec-Oiseaux, à laquelle Denis Henri collaborait, le responsable du Publi-phone a sympathisé avec le naturaliste. Depuis deux ans et demi, ils poursuivent cette conversation autour de l'ornithologie. Habitudes de vie, espèces, migrations, alimentation et mangeoire, nidification et techniques de séductions; les sujets suivent les saisons. "La grande majorité des rubriques du Publi-phone sont des lectures d'imprimés. Et lire le Québec Science, ce n'est pas faire de la vulgarisation. Avec l'entretien, Denis Henri s'attarde à un aspect de l'ornithologie, tout en reliant l'information à l'actualité. Cela apporte une plus-value à l'écoute du Québec-Oiseaux", pense Luc Fortin.

Denis Henri va dans le même sens. "L'oiseau, par son chant, est le seul animal auquel les aveugles ont véritablement accès. La diversité des chants d'oiseaux permet de distinguer chaque espèce", affirme le naturaliste du parc du Mont-Saint-Bruno. Une foule d'informations auditives que procurent aussi les amphibiens, de la rainette au crapaud - "sauf la salamandre" précise Denis- et les insectes, surtout ceux de la famille des orthoptères (criquet, grillon, etc.). En marge de l'entretien, il est aussi possible d'écouter le passereau ou le pluvier. Seul handicap, le système ne capte pas les sons trop aigus. Ce défaut technique écarte donc le chant de la petite buse !

Alors qu'il rêve de dénicher un mordu de musique classique qui pourrait initier ses auditeurs à Haendel, Luc Fortin n'est pas à son coup d'essai en matière de vulgarisation. "J'avais déjà invité un receveur des Expos afin qu'il nous explique les différents trajets d'une balle dans les airs, les effets de frottement de l'air ", raconte celui qui prépare actuellement un entretien avec un ophtalmologiste francophone de Harvard. Ce dernier dévoilera dans le combiné les recherches menées dans le domaine des technologies palliatives de la vue. "Nous allons nous entretenir des gadgets susceptibles de redonner la vue aux non-voyants. D'une certaine manière, je travaille pour moi car je suis atteint de cécité totale ", ajoute Luc Fortin.

En marge de son auto-financement, ce service cherche des collaborateurs capables de développer ce créneau. " Cela demande de fouiller son sujet, de faire une bonne recherche pour savoir de quoi parler. Les étudiants en communication préfèrent souvent faire des stages à LCN", dit Luc Fortin. Et lui ne désire pas des collaborateurs qui participent par dépit mais plutôt des personnes qui prennent plaisir à faire des entrevues intelligentes. Car, comme il le dit si bien, le "Publi-phone, c'est mon projet de vie".

Le Publi-Phone du RAAMM:

http://www.raamm.org/publi.htm

par téléphone (514) 277-4401 - le coin ornithologie est le (4) 774

 

Isabelle Burgun