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Numéro
92, 14 mai 2003 DÉBATS
SCIENTIFIQUES: OÙ SE CACHE LE CITOYEN ? La
recherche scientifique joue un rôle fondamental dans notre société, mais le public
a-t-il son mot à dire? Pas vraiment, si on se fie au rôle joué par les comités
d'éthique. Et le journaliste Mathieu-Robert Sauvé doute que la situation se soit
améliorée depuis la publication de son livre, L'Éthique
et le fric (VLB). Il était l'un des deux invités au Bar des sciences "sur
le thème du citoyen face aux enjeux éthiques des sciences", qui avait lieu
au Musée des sciences et de la nature de Sherbrooke, au terme de la première journée
du congrès de Science pour tous. Parce
que cet être vague et mal défini qu'on appelle le "public" y est représenté,
on montre ces comités d'éthique comme un symbole du pouvoir détenu par le public
sur les orientations de la recherche, alors qu'ils sont plutôt des symboles de
sa mise à l'écart. Ceux des hôpitaux, par exemple, sont de bien belles choses,
mais toutes les discussions s'y tiennent en vase clos, reprochait déjà Mathieu-Robert
Sauvé en 2000. Il
est pourtant lui-même un citoyen qui n'était pas prédisposé à poser ce genre de
questions: "j'ai coulé trois fois mes maths", ironise-t-il. Mais il
a été rattrapé par son travail de journaliste scientifique qui l'a amené à rencontrer
des légions d'experts travaillant à la fine pointe de la recherche biomédicale:
"peu importe le sujet, on en arrive tôt ou tard à poser des questions morales".
Que ce soit l'utilisation de cobayes humains pour tester des médicaments (Sauvé
a été l'un d'eux pour un de ses articles), l'euthanasie, le diagnostic prénatal
ou la fertilisation in vitro, des foules de questions qui devraient alimenter
le débat public restent en plan, étouffées par des comités d'éthique trop pressés
ou trop déphasés par rapport au citoyen moyen. Et
encore ne parle-t-on ici que des comités d'éthique des établissements publics:
quand on en arrive à la recherche menée par des compagnies privées, la taille
de la réflexion éthique devient carrément microscopique, face aux enjeux commerciaux.
Qu'on pense aux milliards de dollars que font miroiter les promoteurs de recherches
sur les cellules-souches, le clonage thérapeutique ou le brevetage des gènes.
Les
médias permettent-ils à ce public de jouer le rôle qui lui revient? C'est la question
que s'est posé Eric Racine, dont le Groupe de recherche en bioéthique (GREB) de
l'Université de Montréal a piloté une analyse du contenu publié sur la génomique
dans la presse écrite. Résultat: «on a trouvé peu de traces d'un débat public
au Québec», signale-t-il au terme de cette analyse de 750 articles parus dans
les principaux quotidiens québécois entre 1992 et 2001. Mais
cette recherche souffrait elle-même de lacunes: en ne retenant que les articles
traitant de génomique (le décodage du génome humain, en particulier), il s'est
retrouvé à exclure à peu près tout ce qui est justement devenu sujet de débat:
manipulations génétiques, OGM, clonage. Son échantillon donne donc l'impression
qu'au cours des années 90, le nombre d'articles posant des questions et offrant
une vision critique a diminué, alors qu'au contraire, la vision critique a peut-être
été plus présente (Dolly, Monsanto, etc.). On n'en saura rien: le GREB, reconnaissait
Eric Racine après le débat, ne prévoit pas, à court terme, effectuer d'autres
analyses de contenu de ce genre. (P.
Lapointe)

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