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Numéro
94, 11 juin 2003 PARTAGER
LES CONNAISSANCES EN MODE ÉLECTRONIQUE
"La communication
scientifique est un continent dans l'univers numérique", annonce Gérard
Boismenu, directeur du Département de sciences politique de l'Université
de Montréal, responsable d'un colloque intitulé "La communication
scientifique en quatre dimensions". Ce
colloque annuel du Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise
réunissait du 4 au 6 juin une trentaine de chercheurs et spécialistes,
aux Archives nationales du Québec. Après l'eau et avant la famille,
en 2004, cette rencontre s'intéressait cette année aux enjeux de
la diffusion des connaissances à l'heure des nouvelles technologies de
l'information (NTI). "De
l'archivage à la publication, la communication scientifique s'est recomposée
sous l'influence du numérique. Le chercheur, l'éditeur, le lecteur,
tous évoluent dans un nouvel environnement où les pratiques diffèrent
et où l'espace est sans limites", ajoute Gérard Boismenu. "C'est
la rencontre de deux domaines -la communication avec ses techniques et la production
et la diffusion des connaissances- qui possèdent leur identité,
leur logique, leur histoire et leurs valeurs propres. Et comme les vraies rencontres,
elles comprend des embûches et deux écueils majeurs: verser dans
la technophilie ou la technophobie", déclare Philippe Breton. Le chercheur
du Centre national de recherche scientifique de France (CNRS) est l'auteur de
nombreux ouvrages ("L'explosion de la communication, la naissance d'une nouvelle
idéologie", "Le culte de l'internet", "La parole manipulée",
édition La Découverte). Ce
n'est pas la première fois qu'une telle rencontre se produit. Tout au long
de l'histoire, le savoir et la technique en ont eu d'autres: les tablettes d'argile
mésopotamiennes et la naissance de l'écriture, l'invention de l'imprimerie
et la diffusion des connaissances de la Renaissance... Le développement
du numérique s'ajoute à la liste. Mais "il faut éviter
le déterminisme voulant que la technique soit la source du savoir. On assiste
plutôt à une double explosion, celle de la technique des communications
et celle du savoir scientifique", dit Philippe Breton. Le
chercheur note que l'importance de la place des communications dans la société
va de pair avec une forte poussée technologique. Or, il subsiste beaucoup
de résistances. "D'un côté il y a surestimation des nouvelles
technologies de la communication et de leur potentiel; et de l'autre, une sous-estimation
de ce qui est nécessaire pour y accéder". Le chercheur est
convaincu que le tout internet -"tout gratuit et tous les marchés"-
s'avère une fausse alternative. Comme
son nom l'indique, le Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise
est surtout connu pour favoriser les échanges universitaires entre la France
et le Québec. Il se veut également un lieu d'information, de concertation
et de réflexion à travers ses deux colloques annuels, dont un thématique.
Mais "notre coopération s'avère encore trop peu développée.
Nous recevons régulièrement des plaintes d'écrivains qui
nous font état des problèmes de diffusion qu'ils rencontrent. Et
du côté du milieu scientifique, restent rares les revues et les colloques
conjoints", déplore Denis Monière, le directeur du Centre. Manque
de rentabilité des coéditions, différences de pratiques ou
plus simplement, préférence des auteurs pour les publications "de
prestige", le plus souvent anglophones. "Si la tendance se maintient,
elle annonce l'extinction des revues savantes en français. Science, Nature,
attirent les meilleurs chercheurs. Les revues moins bien cotées perdent
leur lectorat. À quoi sert une revue si elle n'est pas lue? Peut-être
que l'internet apportera des pistes de solutions." "Les
nouvelles technologies de l'information ont changé la donne. Tout se passe
plus vite. On constate une accélération des publications scientifiques,
un éclatement des équipes de recherche et une augmentation des possibilités
d'accès à cette connaissance" appuie à son tour Brigitte
VanCoillie-Tremblay, de la Direction de la culture scientifique et technique du
ministère du Développement économique et régional
du Québec. Rappelant le dernier sondage du Conseil de la science et de
la technologie (http://www.sciencepourtous.qc.ca/references/sondage.htm),
elle note que les citoyens deviennent avides d'information. Et cela n'est pas
sans poser quelques problèmes, tel celui de la validité de l'information
qui circule électroniquement, la propriété intellectuelle
et les droits d'auteur. "Sans compter que l'on assiste à une concentration
du privé dans le secteur des nouvelles technologies de l'information. C'est
un domaine lucratif". "Il
faut penser la rédaction d'une autre manière. La diffusion sur internet
augmente les possibilités d'illustration et d'insertion du multimédia.
Nous en sommes encore à la genèse de l'hypertexte. La transition
numérique sera réalisée lorsque la copie numérique
sera la première version et non la traduction de la publication papier",
complète Gérard Boismenu. Il existe bien des voies et des cadences
pour y arriver. Le
programme complet du colloque: http://www.erudit.org/evenements/ À
écouter, une table ronde sur le sujet à l'émission Les Années-Lumière
: http://radio-canada.ca/radio/lumiere/index.html#7-8 Quelques
ouvrages sur le sujet:
- Par Philippe Breton: "Le culte de l'internet"
(édition La Découverte). Une critique dans le quotidien français
Libération: http://www.geocities.com/ericdupin/debats/20001027c.html
-
Par Hervé Fischer: "CyberProméthée, l'instinct de puissance
à l'âge du numérique" (VLB, 2003) et "Les défis
du cybermonde" (collectif, Presses de l'Université Laval, 2003): http://www.hervefischer.ca/
Isabelle
Burgun 
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