| 
Numéro
94, 11 juin 2003 DE
TEMPS ET DE MÉMOIRE
Nanomètre, fentomètre, picomètre;
les nanotechnologies nous obligent à revoir l'échelle de notre monde
avec une perspective microscopique. Et certains scientifiques s'attachent à
capter le temps correspondant à cet infiniment petit: des attosecondes.
Tandis qu'au même moment, d'autres se penchent sur l'inscription neurologique
des odeurs. Sara-Eve Tremblay et Pierre Mercure, les deux gagnants de la Bourse
Fernand-Seguin de l'Association des communicateurs scientifiques, lèvent
un coin du voile sur l'atomicité du temps et les souvenirs olfactifs. Tandis
que l'horloge égrène ses attosecondes -milliardièmes de milliardièmes
de seconde!- un laser à impulsions ultrarapides enregistre la course des
électrons. Pierre Mercure nous introduit dans les salles blanches de l'Institut
national de la recherche scientifique (INRS), section Énergie et matériaux.
"J'ai saisi l'opportunité de voir en action l'un des dix lasers les
plus puissants au monde", dit l'étudiant à la maîtrise
en génie physique. Passionné
de mécanique quantique et de relativité, ce fils d'un ingénieur
chimiste est surtout féru de physique des matériaux. Son goût
des sciences lui vient d'abord de son père, puis de deux enseignants de
physique, Benoît Villeneuve et Marc Seguin du collège André-Grasset.
Les lasers n'ont d'ailleurs plus de secrets pour lui depuis son stage à
l'Helsinki University of Technology (l'une des Mecque des lasers) où il
a participé à un projet de construction d'un laser destiné
aux télécommunications. Le
gagnant de la Bourse Fernand-Seguin a bien hâte d'entamer ses stages, particulièrement
celui à Découverte (SRC). "J'ai écrit et j'ai effleuré
la radio, je n'ai jamais touché à la télé. Je me languis
aussi de mon stage au magazine Québec Science". Il s'avoue pourtant
bien peu téléphile et ne compte plus parmi les abonnés du
magazine. "Je le lis surtout à la bibliothèque." Lecteur
de La Recherche et de revues plus pointues en physique, il fait une distinction
entre journalisme scientifique et vulgarisation. "Le journalisme parle d'un
sujet accrocheur tandis que la vulgarisation peut porter sur n'importe quel sujet."
La Bourse est pour lui un tremplin. "Je compte bien lancer une carrière
en communication scientifique." L'étudiant regarde également
du côté du programme Étalez votre science pour les stages
à l'étranger, également géré par l'ACS. Mais
il doit auparavant achever ses travaux de recherche et rédiger son mémoire...
soit encore trois ou quatre mois de patience. Quant
à Sara-Eve Tremblay, c'est une question d'odorat qui l'a poussée
à participer au concours de vulgarisation. Son texte "La mémoire
est nez!" porte sur la mémoire des odeurs. Cette faculté pique
sa curiosité depuis longtemps. "J'ai un odorat bien développé.
Lorsque je voyage, je ramène toujours un parfum ou un savon qui me permet
de revivre mon séjour". Une recherche rapide lui permet de se rendre
compte qu'il existe même un groupe de recherche à l'Université
McGill dirigée par la neuropsychologue Marilyn Jones-Gotman. "Cela
a été bien difficile de la persuader de m'accorder une entrevue.
Elle est très occupée et n'aime pas beaucoup les journalistes. Après
trois semaines et une rencontre préalable, elle a finalement passé
une heure avec moi pour m'expliquer en quoi consiste son travail", raconte
Sara-Eve Tremblay. Cet article qu'elle destinait d'abord à un cours de
rédaction de l'Université de Montréal -"j'ai eu une
note médiocre car il était trop scientifique et pas assez vulgarisé
pour mon jury"- lui donne l'idée de participer à la Bourse
Fernand-Seguin. Mordue
de sciences -neurologie, biologie et écologie surtout- elle préfère
les disciplines concrètes et trouve plus ardu de parler des nanotechnologies
que du cerveau. La jeune étudiante en communication affirme néanmoins
que sa formation reste un avantage. "L'habitude de l'écriture aide
beaucoup: être capable de structurer un texte, de réaliser une entrevue
pertinente. En parlant avec le récipiendaire du premier prix, je me suis
rendue compte combien cela aide. Et même si du côté des connaissances,
on part de plus loin". L'ancienne collaboratrice du journal étudiant
a d'ailleurs remporté le second prix du concours Moi, je publie de l'université
de Montréal (2003). Depuis
un an, cette férue de multimédia travaille au sein du service de
communication de l'entreprise Imperial Tobacco où elle est chargée
de rédiger des articles pour le bulletin interne Édition spéciale
et des textes pour les écrans électroniques. Un emploi qu'elle quittera
bientôt pour embrasser une carrière de journaliste scientifique.
"J'ai longtemps été attirée par la presse écrite.
Aujourd'hui, je trouve que la radio présente un grand défi, celui
de vulgariser sans prendre appui sur les images ou les illustrations. De plus,
elle laisse toute la place au scientifique. Pas juste pour passer la science mais
aussi pour que l'on sente sa personnalité". Le
site de l'Association des communicateurs scientifiques: http://www.acs.qc.ca/
Isabelle
Burgun 
|