Le Bulletin de la Toile scientifique
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Numéro 119, 13 octobre 2004

Numéro spécial - Conférence mondiale des journalistes scientifiques

La science est le capitaine, et la pratique, ce sont les soldats
Léonard de Vinci

 

La Toile scientifique est le bulletin de communication officiel de l'organisme Science pour tous. Elle est destinée à tous les acteurs du domaine de la culture scientifique et technologique: musées et centres d'interprétations, organisateurs, producteurs et diffuseurs d'activités scientifiques, milieu de l'éducation, médias scientifiques ainsi que toutes les personnes intéressées de près ou de loin par ces questions.

La Toile scientifique publie environ 20 numéros par année, sur une base bimensuelle. Elle est expédiée par courriel à 4 000 adresses. On y trouve des renseignements utiles portant sur de nombreux aspects de la culture scientifique et technologique, dont des nouvelles, des entrevues, des signets, des capsules portant sur des événements ou des découvertes, de même que des entrevues avec ceux qui font l'actualité scientifique.

L'équipe de la Toile scientifique est toujours heureuse de recevoir des commentaires ou des suggestions de ses lecteurs. Vous êtes priés de le faire en nous écrivant à l'adresse suivante: sciencepourtous@sympatico.ca Bonne lecture!

Du 4 au 8 octobre se tenait la 4e Conférence mondiale des journalistes scientifiques. L'événement, qui a accueilli environ 550 participants provenant d'une soixantaine de pays, a connu un vif succès. Les échanges ont été fructueux et de nombreux liens ont été créés entre les spécialistes de différentes disciplines ainsi qu'entre des professionnels du Nord et du Sud.

Pour rendre compte de certains ateliers qui lui ont semblé particulièrement intéressants, l'équipe de la Toile scientifique y a dépêché deux journalistes, Annie Gaudreau et Katell Le Blanc. Celles-ci signent ici des textes de factures fort différentes, qui relatent leurs découvertes et témoignent de leurs apprentissages. Bonne lecture!

 

Partie 1: Les découvertes de Annie Gaudreau

Mardi 5 octobre, 8h30. La salle de bal de l'hôtel Marriott Château Champlain, à Montréal, est bondée de journalistes et de professionnels de la communication scientifique. Tous sont venus entendre les conférenciers invités, Frank Burnet et Kathy Reichs.

En première partie, l'allocution du professeur Burnet s'intitule : Y a-t-il un avenir pour les journalistes scientifiques? - De mauvaises nouvelles pour les journalistes scientifiques.

Pour lancer cette affirmation, prévoyant un avenir difficile pour les journalistes scientifiques, le professeur Burnet s'appuie sur des sondages réalisés en Grande-Bretagne, lesquels présentent des résultats pour le moins dévastateurs pour les professionnels de la rédaction scientifique. Ils révèlent que la population ferait davantage confiance aux scientifiques eux-mêmes qu'aux journalistes qui font connaître les scientifiques et leurs découvertes.

Devant ce constat accablant pour les professionnels de l'information, Frank Burnet propose une autre façon d'amener le public à la science. Selon lui, il est impératif d'impliquer le grand public dans des activités où l'interactivité domine. Il ne faut plus simplement comprendre la science, mais s'engager dans une démarche de connaissance, un objectif que poursuit le Cheltenham Festival of Science, notamment. En somme, le professeur Burnet prêche pour des activités qui permettraient au public de comprendre en expérimentant et en se confrontant à la science. Ce pourrait être en rencontrant les scientifiques ou en participant à une discussion sur le rôle de la science dans nos vies.

Si l'on adhère aux propos du professeur, il s'agit de mauvaises nouvelles pour les journalistes peut-être, mais de bonnes pour les Centres des Sciences et autres lieux de diffusion de la culture scientifique et technique.

Frank Burnet est professeur à l'University of the West of England et directeur du Graphic Science, un groupe issu de l'UWE qui met en place des projets innovateurs de diffusion de la culture scientifique auprès de divers publics www.uwe.ac.uk/fas/graphicscience/. Il est également co-directeur du Cheltenham Festival of Science. www.cheltenhamfestivals.co.uk/frame_festindex.cfm?FEST=SCIENCE.

La romancière à succès Kathy Reichs était invitée à prononcer la seconde partie de la conférence. Comment romancer la science - ou Un bel avenir pour les journalistes scientifiques

Est-ce que tous les journalistes scientifiques vont se convertir à la littérature pour échapper à la présumée crise qui guette leur profession? Malheureusement, le contenu de la conférence nous en apprendra bien peu sur le sujet.

D'abord, le curriculum vitae de la dame impressionne. Anthropologue judiciaire, Kathy Reichs partage son temps entre la Caroline du Nord et le Québec. Elle travaille au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du ministère de la Sécurité publique du Québec, collabore à des enquêtes du FBI et enseigne l'anthropologie à l'Université de la Caroline du Nord. C'est sans compter que sa participation est souvent sollicitée à titre d'expert lors de procès, qu'elle a été appelée à identifier des corps après le génocide rwandais et qu'elle a mis son expertise à contribution lors de l'identification des victimes dans les décombres du World Trade Center en 2001.

Des ossements, du sang séché, des mouches qui se gavent de restes humains, des tombeaux: voilà de quoi est fait le quotidien d'une anthropologue judiciaire. De son propre aveu, les romans de Kathy Reichs naissent de la réalité, de faits divers, mais surtout, des enquêtes auxquelles elle a collaboré. La romancière défile les titres de sa bibliographie en commentant l'origine de chacun, celui-ci la fouille de tombes communes au Guatemala, celui-là la guerre des motards que nous avons connue ici, à Montréal. Un malaise cependant: on se demande parfois, au cours de son exposé, s'il ne s'agit pas d'une autopromotion pour mousser la vente de son prochain roman, voué lui aussi à devenir un succès de librairie.

Comme tout bon scientifique qui se respecte, la romancière valide ses informations auprès de ses collègues et autres spécialistes afin de confirmer ce qu'elle avance dans la fiction. Elle rassure ses lecteurs: la description des techniques scientifiques et des faits qu'elle romance est rigoureusement exacte. Ce thème trop brièvement esquissé de l'apport des autres spécialités scientifiques à l'anthropologie judiciaire, cette interdisciplinarité inspirante entre les sciences, aurait mérité, à lui seul, de faire l'objet d'une conférence.

Enfin, est-ce que la fiction constitue un véhicule d'avenir pour transmettre l'information scientifique? Il faudrait peut-être poser la question aux milliers de lecteurs et admirateurs de Kathy Reichs. Chose certaine, une histoire bien ficelée stimule l'esprit du lecteur, dans ce cas-ci, son intérêt pour les sciences judiciaires. On visite l'univers de Kathy Reichs à l'adresse suivante: www.kathyreichs.com/

Jeudi 7 octobre, en matinée. Deux conférenciers aux parcours et aux compétences très différentes sont invités à discuter de l'utilité du Web pour les journalistes scientifiques. Recherche sur Internet: au delà de Google.

Le premier intervenant vient de l'Université McGill; il s'agit de Jim Henderson, bibliothécaire spécialisé en sciences de la santé. Quelles sont les sources d'informations crédibles sur le Web selon monsieur Henderson?

- EurekAlert!, que l'on trouve à cette adresse www.eurekalert.org/ est un répertoire doté d'un moteur de recherche. L'outil est chapeauté par l'Association américaine pour l'avancement des sciences. De l'agriculture au génie, en passant par la chimie, les sciences de la Terre, les mathématiques, l'anthropologie et l'éthique, les journalistes et le grand public y dénichent des articles scientifiques et les plus récentes nouvelles dans de nombreux domaines.

- Une seconde suggestion: BMJ.com, le site Web du British Medical Journal: www.bmj.com/ On y trouve les grands titres de l'actualité médicale et des dossiers étoffés. On peut s'inscrire et recevoir des alertes courriel permettant de rester au fait des développements dans un secteur bien précis.

- Une autre ressource importante suggérée par le bibliothécaire avisé: HON, pour Health On the Net Foundation, que l'on joint à cette adresse: www.hon.ch/. Un site qui contient un bon nombre d'articles médicaux, des nouvelles, des annonces de colloques et un répertoire dont l'intérêt réside dans le fait que ce sont des professionnels de la santé qui révisent les sites contenus dans l'annuaire.

- Enfin, Health Web, http://healthweb.org/, un répertoire de sites Web mis en place par des bibliothécaires des sciences de la santé. Des suggestions de sites auxquels on peut se fier, accompagnées d'un commentaire rédigé par un des bibliothécaires participants.

Jim Henderson conseille également de visiter le site de l'Open Directory Project, http://dmoz.org/, et les pages des bibliothèques universitaires. Si l'on s'intéresse aux sciences de la santé et à l'histoire de la médecine, on ira voir le site de cette bibliothèque spécialisée de McGill : www.health.library.mcgill.ca/.

Julian Sher, fondateur et webmestre du site JournalismNet a abordé le sujet de la conférence sous un autre angle. Recherche sur Internet: au-delà de Google. Au titre officiel, on pourrait ajouter: ou comment exploiter les fonctionnalités de Google et utiliser le site JournalismNet.

D'abord, il invite les internautes à se questionner sur l'origine d'un site, sur la motivation du webmestre et des gens qui le financent. Pour éviter de se faire berner, il suggère d'effectuer une recherche sur Whois.com, lequel nous révélera l'identité du propriétaire du site.

Ses fonctions de journaliste d'enquête amènent Julian Sher à utiliser la section Groupes de Google pour épier des individus, suspects ou non. En cliquant sur le nom de l'auteur du message, on peut voir la liste des messages qu'il a écrits. Ainsi, on s'aperçoit que tel présumé médecin vend également des cartes vertes aux immigrants ou encore, participe à un groupe terroriste. Une façon comme une autre de départager les gens de confiance des escrocs.

Julian Sher incite l'assemblée venue l'écouter à se servir des outils de recherche avancés de Google: www.google.ca/advanced_search?hl=fr

Peut-être connaissez-vous déjà ces trucs. Il convient tout de même de les reproduire au cas où vous ignoreriez ces fonctionnalités :

  • Restreindre votre recherche en spécifiant le nom de domaine (simple : .ca, .fr, .com, ou plus complexe, comme greenpeace.org)
  • Pour forcer Google à chercher uniquement à l'intérieur d'un site, on utiliserait plusieurs champs de la recherche avancée, en indiquant le mot à chercher et l'adresse du site Web.
  • Quelqu'un de minimalement habile arriverait à trouver des rapports d'entreprises et autres documents officiels en format Excel et des présentations universitaires en format PowerPoint : il s'agit de limiter la recherche au type de format et Google s'exécute.
  • Enfin, monsieur Sher a encouragé l'auditoire à se prévaloir des alertes gratuites offertes par Google Actualités. Quelque 500 journaux francophones sont dépouillés par l'engin de recherche.

D'autre part, monsieur Sher a présenté le contenu de son propre site Web, Journalism.Net, qui, on doit le souligner, possède plusieurs pages et sections en français: www.journalismnet.com/francais/. Explorez-le à votre rythme, il y en a pour des heures.

 

Partie 2: Les découvertes de Katell Le Blanc

COMBAT D'EXPERTS
Les accidents de la route sont aujourd'hui un problème majeur de santé publique. La conférence intitulée " Questions de transport: les sciences sociales à l'épreuve de la réalité " a donné lieu à un débat d'experts.

Les recherches en cours visent, entre autres, à évaluer le niveau de risque que les conducteurs sont prêts à prendre en fonction des bénéfices escomptés. La théorie du maintien du risque est soutenue par le professeur Wilde, spécialiste en psychologie à Queen's University, Kingston, Ontario. Celle-ci se résume comme suit: même si la sécurité routière s'améliore avec, par exemple, des systèmes de freinage toujours plus performants, le nombre d'accidents ne diminue pas.

Puis arrive Barry Pless, professeur de biostatistique à l'Hôpital pour enfants de Montréal. Celui-ci pose un regard plutôt sceptique sur la théorie du professeur Wilde. Monsieur Pless exprime son respect pour le professeur Wilde tout en démontant un à un ses arguments. " La logique de cette théorie n'est pas parfaite ", explique-t-il. Le débat tourne à la controverse. L'affrontement d'idées est passionnant, mais complexe. Nous comprenons alors toute l'importance du métier de journaliste scientifique, qui doit allier des connaissances scientifiques à des compétences journalistiques.

SOYEZ POSITIFS, VOUS VIVREZ LONGTEMPS !
Le cerveau, cette merveilleuse machine, continue de passionner les experts partout dans le monde. La 4e Conférence mondiale des journalistes scientifiques a donné lieu à la présentation de travaux récents de spécialistes du cerveau.

Une étude d'Okley Ray, professeur de psychiatrie au Vanderbilt Brain Institute de Nashville, aux États-Unis, porte sur l'influence de l'optimisme sur la santé. Le professeur Ray a étudié le taux de mortalité survenant dans la communauté chinoise aux environs d'une semaine de fête qui met à l'honneur les femmes. Il constate que le taux de mortalité des femmes diminue avant la fête et augmente une fois la fête terminée. Conclusion : l'optimisme est bon pour la santé et il ne faut pas négliger le pouvoir de l'esprit.

Une autre expérience de ce professeur américain a été réalisée. Celle-ci se passe dans différentes salles. Des patients sont mis en présence d'une infection comme le rhume. Ils sont soit isolés, soit en groupe. Ceux qui se retrouvent isolés développent davantage de stress et ont davantage tendance à développer les symptômes du rhume. Résultat: plus un patient est stressé, plus il a de chance d'attraper un rhume!

S'il y a un message à retenir, c'est le suivant: voyez la vie en rose!

"AU CŒUR DE "LA CATHÉDRALE SOUTERRAINE"
La conférence a été couronnée par un voyage-éclair à la Baie James. Quarante-cinq chanceux ont pu découvrir les paysages de la taïga: des pins gris, des pinèdes noires et la rivière La Grande qui sillonne ce territoire d'est en ouest, sur plus de 800 km…

Le complexe hydroélectrique La Grande regroupe 8 centrales dont la centrale souterraine Robert-Bourassa. Celle-ci se trouve à plus de 140 mètres de profondeur, une salle des machines de 483 mètres de longueur, 22 mètres de largeur et 45 mètres de hauteur. Les travailleurs qui ont construit cette centrale l'avaient surnommé " la cathédrale ". Seize groupes de turbines-alternateurs fournissent une puissance de 333 mégawatts soit l'équivalent de la puissance de trois Boeing 747 au décollage, de 2 500 moteurs d'automobiles ou de 70 000 moteurs de tondeuses à gazon. C'est une puissance suffisante pour alimenter le métro de Montréal ou une ville de 80 000 habitants.

Nous ressentons cette puissance: le sol vibre. Sous nos pieds, les turbines tournent à plein régime. Celles-ci entraînent les alternateurs à une vitesse de 300 km/h. Nous entrons au cœur de la machine, nous découvrons l'axe reliant la turbine à l'alternateur qui tourbillonne à grande vitesse. Quel spectacle !

Nous sommes rentrés à Montréal légèrement fatigués, mais certains de conserver en mémoire des souvenirs à la fois gigantesques et impérissables.

Ce numéro a été réalisé par Isabelle Pauzé, Annie Gaudreau et Katell Le Blanc.

Il est possible d'imprimer le numéro à cette adresse :
http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2004/119/toile119.html

Cette publication reçoit l'appui du Ministère du Développement économique et régional et de la Recherche


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