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Numéro
123, 8 décembre 2004
Spécial
Colloque de Science pour Tous
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La
Toile scientifique est le bulletin de communication
officiel de l'organisme Science pour tous. Elle est
destinée à tous les acteurs du domaine de la culture
scientifique et technologique: musées et centres d'interprétations,
organisateurs, producteurs et diffuseurs d'activités
scientifiques, milieu de l'éducation, médias scientifiques
ainsi que toutes les personnes intéressées de près ou
de loin par ces questions.
La
Toile scientifique publie environ 20 numéros par année,
sur une base bimensuelle. Elle est expédiée par courriel
à 4 000 adresses. On y trouve des renseignements utiles
portant sur de nombreux aspects de la culture scientifique
et technologique, dont des nouvelles, des entrevues,
des signets, des capsules portant sur des événements
ou des découvertes, de même que des entrevues avec ceux
qui font l'actualité scientifique.
L'équipe
de la Toile scientifique est toujours heureuse de recevoir
des commentaires ou des suggestions de ses lecteurs.
Vous êtes priés de le faire en nous écrivant à l'adresse
suivante: sciencepourtous@sympatico.ca.
Bonne lecture!
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Le
Colloque annuel 2004 de Science pour tous s'est tenu les 23
et 24 novembre derniers au Centre des Sciences de Montréal.
À cette occasion, plus d'une centaine de représentants de
différents milieux proches de la culture scientifique et technique
ont échangé sur le repositionnement de Science pour tous et
les chantiers de réflexion portant sur la ville, l'école et
le tourisme, ont participé à des animations originales et
ont assisté à deux lancements.
De
l'avis de tous les participants, l'événement, qui a donné
lieu à des échanges fructueux et à des débats intéressants,
a été couronné de succès. Voici, à l'intention de ceux qui
n'ont pu y prendre part, les faits saillants et les pistes
de réflexion pour l'avenir.
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Chantier
1: Les villes, des espaces pour renouveler le contrat
science-société
Le
premier chantier de réflexion du Colloque 2004 de Science
pour tous a porté sur la ville comme nouvel acteur stratégique
des sociétés du savoir. Il a amorcé sa réflexion en
partant du constat que l'identité des villes est en
pleine maturation. Celles-ci se présentent aujourd'hui
comme des lieux d'expérimentation à échelle humaine
de nouvelles pratiques sociales et de nouvelles formes
politiques qui restent à inventer.
Animateur-rapporteur
Pierre Lacombe, directeur du Planétarium de Montréal
et membre du Conseil d'administration de Science pour
tous
Assistante
Emmanuelle Béguineau, directrice des projets et des
programmes à la Société pour la promotion de la science
et de la technologie (SPST)
Panélistes
Charlène Bélanger, chargée de projet - Éclairs de sciences;
Claire Deschênes, professeure titulaire au département
de génie mécanique, Université Laval et présidente de
la Table de la relève en science et technologie, GRAPPE
(grand réseau des acteurs et promoteurs du partenariat
économique);
Gilles
Gauthier, doyen de la Faculté des sciences de l'UQAM;
Micheline
Sabourin, consultante - Les oiseaux rares et au programme
l'Île du savoir.
Contexte
Les villes de savoir se caractérisent notamment par
la place qu'elles accordent à la production et à la
diffusion des connaissances par le rapprochement entre
les scientifiques et la population. Elles sont conscientes
que, pour réaliser leur plein potentiel, elles doivent
favoriser l'innovation technologique, organisationnelle
et sociale.
Instances
de proximité, les villes apparaissent comme des interlocuteurs
stratégiques et incontournables dans la dynamique d'échange
et de partage des savoirs. Promptes à attirer les entreprises
de haut savoir et les travailleurs qualifiés pour se
donner les conditions économiques les plus favorables,
les villes ont aussi la responsabilité de créer un environnement
stimulant sur les plans social et culturel, aussi bien
que démocratique. Cet environnement devient aujourd'hui
un facteur déterminant de la réussite des villes les
plus prospères, dans la mesure où il favorise l'épanouissement
des individus qui y vivent. Aborder les enjeux rattachés
aux sociétés du savoir revient à interroger par la même
occasion la qualité de cet environnement.
Bilan
À la suite de ce chantier, deux axes d'intervention
ont été retenus. Le premier axe vise à sensibiliser
davantage les pouvoirs publics à l'importance de la
culture scientifique et technique, et à accroître leur
engagement dans les activités de cette nature. La démarche
se présente en plusieurs étapes.
Les
participants ont convenu qu'il est nécessaire dans un
premier temps de brosser un état de la situation pour
connaître la participation réelle des pouvoirs municipaux
en culture scientifique et technique. L'état de situation
devrait déboucher sur des stratégies d'action qui pourront
ensuite être mises de l'avant conjointement par les
organismes du milieu de la culture scientifique et technique
pour susciter une plus grande participation de ce palier
de pouvoir.
Parmi
les moyens d'action à mettre en œuvre, il faut certainement
promouvoir l'intégration de la culture scientifique
et technique dans les politiques culturelles des villes,
celle de Montréal notamment. Parmi les actions concertées
de sensibilisation grand public à mettre en œuvre pour
donner à la culture scientifique et technique une importante
visibilité sur l'ensemble du territoire, celle qui fait
davantage consensus est la Nuit des sciences.
Ce
projet vise à organiser, dans chaque région, un ensemble
d'événements rassembleurs durant une même soirée ou
une même nuit, le cadre étant à déterminer. Il a été
suggéré de s'associer à la Journée de la culture comme
véhicule promotionnel ou de présenter l'événement comme
le pendant " nocturne " de cette journée. Partout, une
contribution serait demandée aux municipalités. Science
pour tous a été identifié comme un pilote possible du
dossier, qui verrait à proposer un plan d'ensemble de
l'événement ainsi que les paramètres d'action.
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Chantier
2: L'école à l'heure des choix
Le
deuxième chantier de réflexion du Colloque 2004 de Science
pour tous, portant sur le milieu de l'éducation, était
sous-titré " Un nouveau dialogue à instaurer ". On y
a abordé le fait que les organismes de culture scientifique
et technique veulent mettre à la disposition de l'école
leur expertise, leurs produits et leurs services. Comme
c'est en bonne partie dans le milieu scolaire qu'ils
trouvent leurs interlocuteurs naturels, ils veulent
instituer un dialogue permanent avec le ministère de
l'Éducation du Québec.
Animateur-rapporteur
Germain Godbout, directeur du projet Perspectives Sciences,
Technologie, Société du Conseil de la science et de
la technologie et membre du Conseil d'administration
de Science pour tous
Assistante
Johanne Lebel, Association francophone pour le savoir
(ACFAS)
Panélistes
Dominique Girard, coordonnateur au Conseil du loisir
scientifique du Saguenay-Lac-Saint-Jean;
Gérard
Guimont, directeur des programmes à la direction générale
de la formation des jeunes au ministère de l'Éducation;
Paul
Inchauspé, ex-président du Groupe de travail sur la
réforme du curriculum.
Contexte
Au-delà des objectifs de formation renouvelés, la réforme
actuelle de l'éducation ouvre de nouvelles perspectives
sur les façons de faire: l'approche par projet axée
sur l'expérimentation, l'ouverture de l'école sur sa
communauté et l'exploitation des ressources du milieu
en sont des exemples.
Pour
mieux cerner la problématique des organismes de CST
avec le milieu de l'éducation Science pour tous
a procédé à une consultation auprès d'eux. Tous sont
unanimes à reconnaître la difficulté de la situation.
Ils soulignent la complexité de trouver la bonne porte
d'entrée dans les écoles puisqu'ils ne bénéficient d'aucun
accès institué. L'utilisation optimale des ressources
que les organismes de CST peuvent offrir à l'école passe
obligatoirement par une reconnaissance publique et forte
de l'importance de la science et de la technologie à
l'école et par un appui formel aux organismes de CST.
Ainsi,
pour valoriser la place des sciences à l'école et pour
reconnaître le rôle de support que peuvent exercer les
organismes de CST, Science pour tous propose
d'inviter le ministre de l'Éducation à rendre publique
la création d'une table de concertation, de diffuser
cette annonce auprès des commissions scolaires, des
écoles et des conseils d'établissement et d'inciter
les milieux scolaires à tenir annuellement une journée
pédagogique sur la culture scientifique et technologique
à partir d'une offre de service préparée par la table
de concertation.
Pour
faciliter et enrichir les relations, différentes actions
sont proposées. Celles-ci seront réalisées avec la table
de concertation et contribueront efficacement à hausser
le niveau de culture scientifique et technique de nos
jeunes.
Bilan
Nombreux sont les organismes de culture scientifique
et technique qui s'adressent traditionnellement aux
clientèles scolaires. Au moment où le MEQ s'est engagé
dans une importante réforme pédagogique centrée sur
l'apprentissage par projet, la contribution que peuvent
apporter les organismes en support à l'enseignant devient
de plus en plus pertinente.
Les
enseignants du primaire, tout particulièrement, ont
besoin de support pour faire l'intégration de la culture
scientifique et de ses méthodes dans leur pratique.
Par ailleurs, les produits et services des organismes
de culture scientifique ne doivent pas être considérés
comme des finalités, alors que c'est le soutien à l'enseignant
qui l'est. Ainsi, il importe de bien connaître la réalité
de l'enseignant, son langage, son quotidien afin d'apporter
un soutien autre que ponctuel, un soutien dont les résultats
seront utiles à l'enseignant dans le futur.
Quatre
projets de chantier sont proposés. Ceux-ci seront soumis
à la table de concertation qui sera prochainement créée
entre les organismes de culture scientifique et le ministère
de l'Éducation (MEQ):
-
favoriser l'introduction de la science et de la technologie
dans les projets d'école;
-
développer un programme de "pilotes", des enseignants
ressources ou experts externes, mis au service des écoles,
pour accompagner l'école afin d'assurer l'intégration
de la culture et des méthodes de la science dans l'enseignement
et pour soutenir les enseignants;
-
développer, de concert avec des conseillers pédagogiques,
des activités libres de formation des enseignants du
primaire prenant la forme de colloques, de journées
de regroupement ou de journées régionales par exemple;
-
classer les outils produits par les organismes en outils
d'animation à utiliser principalement dans des activités
hors programme et en outils d'éducation qui pourraient
être directement utile à l'enseignant.
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Chantier
3: Le tourisme scientifique, un instrument pour la
médiation des sciences
Le
troisième chantier de réflexion du Colloque 2004 de
Science pour tous a porté sur le tourisme éducatif et
culturel, qui prend de l'ampleur un peu partout dans
le monde.
Animatrice-rapporteuse
Claudette Bolduc, conseillère en gestion
Assistant
Jacques Kirouac, directeur général
Panélistes
Louis
Jolin, professeur, directeur du Module de gestion du
tourisme et de l'hôtellerie de l'UQAM;
Raymond
Lemieux, rédacteur en chef de la revue Québec Science;
Jacques
Schroeder, professeur au Département de géographie de
l'UQAM.
Contexte
Bien
qu'il s'agisse d'une forme d'activité touristique encore
très peu connue, les séjours et les visites d'agrément
qui conjuguent détente et plaisir d'apprendre, font
l'objet d'une demande en progression. Le tourisme scientifique
propose des visites guidées ou non des équipements muséaux
consacrés à la nature, aux sciences et à la technologie,
comme des parcs naturels. Des séances de démonstration,
d'animation, d'interprétation ou de loisir composent
également l'offre, ces activités s'adressant tout autant
aux clientèles locales qu'aux visiteurs de passage.
Les
nombreuses possibilités qu'offre la culture scientifique
et technique contribuent à diversifier et à enrichir
l'offre en matière de tourisme culturel et éducatif,
et à affirmer le caractère distinctif du Québec et de
ses régions. Dans ce sens, on peut dire que le tourisme
scientifique et technologique correspond bien aux objectifs
de la politique gouvernementale de développement touristique
de Tourisme Québec, qui propose de poursuivre l'adaptation
de l'offre touristique à une demande en constante évolution,
en renouvelant les produits touristiques.
Bilan
Tout
au long de leurs échanges, les participants au Colloque
ont considéré le tourisme scientifique comme un instrument
pour la médiation des sciences. Ils ont travaillé à
rechercher l'intégration des sciences dans le domaine
du tourisme. Différents axes d'action ont été retenus.
En
premier lieu, un constat de la situation permettra de
cerner et de mieux comprendre le tourisme scientifique,
ses environnements, ses enjeux, ses défis et surtout
ces gestes à poser pour faire un outil de médiation.
Puis, si les organismes de CST veulent intervenir au
niveau de cette industrie, il leur faudra se positionner,
clarifier les concepts et positionner le tourisme scientifique
dans une perspective de développement durable. Enfin,
il faudra faire davantage pour réseauter le tourisme
scientifique. Pour ce faire, il est suggéré que les
outils de communications de Science pour tous, dont
son site Web et la Toile scientifique soient mis à contribution.
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Le
Colloque 2004 de Science pour tous a également donné lieu
à des rencontres passionnantes avec des invités spéciaux dont
les présentations ont été très appréciées. La présence de
Catherine Fol, documentariste, de Louise Poissant, professeure
l'École des arts visuels et médiatiques de l'UQAM ainsi que
de Renée Midol, ancienne inspectrice de l'Éducation nationale
française et porte-parole du programme de promotion des sciences
La Main à la Pâte, a permis aux participants du Colloque d'échanger
sur différents aspects de la culture scientifique et technique
d'aujourd'hui. Voici les portraits de mesdames Midol et Poissant,
préparés par Isabelle Pauzé, rédactrice en chef de la Toile
scientifique, et publiés dans le programme officiel du Colloque
:
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Portrait
de Louise Poissant
Aux frontières de l'art et de la science
Le
milieu de l'art vit actuellement de profondes mutations.
Et Louise Poissant, enseignante depuis 1989 à l'École
des arts médiatiques et visuels de l'Université du Québec
à Montréal, est aux premières loges pour en saisir toute
la portée.
Bachelière
en philosophie des sciences, maître et docteure en esthétique,
madame Poissant a implanté et dirigé le doctorat multidisciplinaire
en études et pratiques des arts de 1997 à 2003. De plus,
elle pilote le Groupe de recherche en arts médiatiques
depuis 2001 ainsi que le Centre interuniversitaire des
arts médiatiques, qui regroupe des chercheurs de l'Université
Concordia, de l'Université de Montréal et de l'UQAM.
Pour
cette théoricienne passionnée des arts et des nouvelles
technologies, l'enseignement représente la combinaison
de deux grands intérêts. " Mon travail à l'UQAM me rejoint
parce qu'il combine ce que j'aimais, lors de mes études
en philosophie de la biologie et en philosophie de la
cybernétique il y a 30 ans ", souligne-t-elle.
Au
cours de sa carrière, Louise Poissant a conçu et réalisé
des outils d'apprentissage et du matériel pédagogique.
Le Dictionnaire des arts médiatiques dont elle
a assuré, dès 1989, la direction de la rédaction et
de la traduction, a permis de nommer ce nouveau champ
d'étude. Madame Poissant a également publié en 2003
Esthétique des arts médiatiques, Tomes I,
II et III, aux Presses de l'Université du Québec.
Art
et biotechnologies
En ce moment, on assiste à un rapprochement, à une nouvelle
alliance entre les arts et les sciences. " Jusqu'au
milieu des années 1980, chaque discipline scientifique
s'est spécialisée, a affirmé ses spécificités, explique
la professeure. Depuis les années 1990, un nouveau paradigme
émerge, qui consiste en la recherche d'approches interdisciplinaires
", souligne-t-elle.
Les
recherches actuelles de Louise Poissant portent sur
le mariage entre l'art et les biotechnologies. " Les
artistes ont été conduits à s'intéresser au corps, à
la vie, poursuit-elle. En ce sens, les biotechnologies
sont un terrain de prédilection car elles sont la forme
de science qui interpelle le plus immédiatement le grand
public. " À cause des enjeux éthiques qui y sont reliés,
à cause de la résonance qu'elles ont dans le quotidien,
les biotechnologies ont intéressé les artistes, spectateurs
immédiats de la vie en collectivité.
Madame
Poissant travaille actuellement, avec sa collègue Ernestine,
enrichis de cédéroms d'artistes et de réalisations:
Art et biotechnologies, Tomes 1 et II, dont les
sorties sont prévues à compter de janvier 2005. Sous
la direction de Louise Poissant.
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Portrait
de Renée Midol
Quand la France met la main à la pâte pour sensibiliser
les jeunes aux sciences
La
science, Renée Midol baigne dedans depuis longtemps.
Car cette pédagogue, qui a été tour à tour professeure
d'éducation physique, formatrice dans le même domaine
puis inspectrice de l'Éducation nationale, est entourée
de gens de science et a développé, de ce fait, une grande
sensibilité à l'égard de ces questions. En fait, elle
s'y intéresse tellement que, lorsque Georges Cherpak,
Prix Nobel de physique et membre de l'Académie des sciences
a parlé, en 1996, de lancer le projet La Main à la pâte
en France, dans le but de rénover l'enseignement des
sciences au pays, madame Midol y est embarquée corps
et âme.
La
genèse de La Main à la pâte
En
1996, dans le milieu de l'éducation primaire française,
on assistait à un déficit complet de projets d'enseignement
des sciences. " Considérées comme peu prioritaires,
comparativement au français et aux maths, les sciences
étaient absentes des classes, explique Renée Midol.
Le peu qui était fait empruntait une forme soit dogmatique,
soit très ludique, mais occasionnelle. De plus, les
enseignants se sentaient incompétents pour enseigner
les sciences, compte tenu de la rapide évolution de
la culture scientifique ". C'est dans ce contexte qu'est
né le projet La Main à la pâte.
Chapeauté
par Georges Cherpak et soutenu par une équipe de l'Académie
des sciences, le projet devait, pour essaimer, être
reconnu par l'Éducation nationale. En 1996, le ministère
adopte La Main à la pâte à titre expérimental pour une
durée de trois ans. En 1999, le succès est si grand
et la participation tellement inflationniste que l'Éducation
nationale fait procéder à une évaluation du projet.
Le rapport est élogieux. S'ensuit une phase de valorisation
et de développement, qui se poursuit jusqu'en 2002.
La
Main à la pâte fait maintenant partie des programmes
d'enseignement primaire partout dans l'Hexagone.
Le
projet au quotidien
La
Main à la pâte s'adresse aux jeunes de l'école primaire
(7-12 ans), mais Renée Midol a mené des expériences
auprès d'enfants âgés de deux ans. Le projet vise à
rendre la science accessible à tous les enseignants
et à tous les élèves. " Pour ce faire, souligne madame
Midol, on forme les enseignants en s'appuyant sur ce
qu'ils connaissent déjà. C'est une dynamique de formation
innovante. "
Les
scénarios pédagogiques proposés par La Main à la pâte
partent de phénomènes observables dans la vie courante
des enfants. Pourquoi les flaques d'eau disparaissent-elles?
Pourquoi le linge sèche-t-il plus vite dehors lorsqu'il
y a du vent? " Puis, poursuit Renée Midol, les écoliers
sont amenés à adopter une attitude de chercheur. Pour
ce faire, ils apprennent à appliquer la méthode scientifique,
en établissant des hypothèses, en concevant des expériences
et en tirant des conclusions. " Et, l'un des points
les plus importants du projet: ils écrivent tout ce
qu'ils font, avant, pendant et après l'expérience, seuls
ou en équipe.
Un
concept exportable
Depuis
son implantation, La Main à la pâte a connu un grand
impact international. Pour présenter le projet et lui
conférer un rayonnement, la spécialiste a donné une
centaine de formations en France et à l'étranger. Elle
a également conçu plusieurs outils multimédia qui ont
connu une très large diffusion ainsi que de nombreux
outils pédagogiques liés à l'enseignement des sciences.
"
Nous nous sommes rendu compte que la question de la
rénovation des sciences intéresse beaucoup de monde,
souligne la pédagogue. Jusqu'à maintenant, nous entretenons
des partenariats avec la Chine, le Portugal, l'Espagne,
l'Égypte, la Roumanie, le Sénégal, la Tunisie et même
le Québec, avec l'implication des commissions scolaires
de la Capitale et Beauce-Etchemin depuis deux ans ",
se réjouit-elle.
La
Main à la pâte connaîtra-t-elle des lendemains qui chanteront?
" L'avenir est incertain, confie Renée Midol. Il dépend
de décisions politiques et de questions de financement.
Actuellement, la France est en pleine turbulence en
ce qui concerne l'éducation. Nous sommes au milieu du
pont, mais nous ignorons quelle tangente le projet prendra.
"
Des
messages dans les bagages
Renée
Midol a participé au Colloque 2004 de Science pour tous,
avec le souhait d'échanger sur l'évolution de la culture
scientifique. " Les questions qui sont soulevées lors
de votre Colloque se posent chez nous de la même manière
", reconnaît-elle. Par ailleurs, mon expérience montre
qu'il n'y a pas de culture scientifique possible sans
une éducation scientifique réussie. Maintenant, il s'agira
de préciser la nature des relations à établir entre
les scientifiques, les médiateurs et le monde scolaire.
" De beaux défis en perspective, donc, pour ceux qui
n'ont pas peur de mettre l'épaule à la roue… et la main
à la pâte!
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Le
Colloque a également été le théâtre de deux lancements, celui
de l'album de bandes dessinées Mille milliards de Débrouillards,
illustré par Jacques Goldstyn, le papa de la célèbre grenouille
Beppo, des Débrouillards, et celui du cédérom L'étrange
disparition du professeur Scientifix, conçu et réalisé
par CREO. Voici les textes publiés dans le programme du Colloque
relativement à ces deux événements:
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Portrait
de Jacques Goldstyn
Tracer sa voie avec mille milliards d'idées
Il
manie le feutre avec la précision du chirurgien pour
donner à voir, en un clin d'œil, sa vision du monde.
Des Débrouillards à Croc et de l'Agence Science-Presse
aux éditions de La Courte Échelle, Jacques Goldstyn
imprime sa marque dans le paysage médiatique québécois
depuis près d'un quart de siècle, à force de dessins
humoristiques ou grinçants. Incursion dans le parcours
d'une plume acérée et d'un citoyen engagé.
De
l'or noir au crayon à mine
Mille
milliards de Débrouillards, le titre du recueil
de bandes dessinées le plus récent de Jacques Goldstyn,
se veut un hommage direct à Hergé, qui a bercé son enfance.
" Petit, j'adorais les bédés de l'école belge, raconte
l'illustrateur. Mais ce n'est que plus tard, au secondaire,
que je me suis découvert un intérêt pour le dessin.
"
Pourtant,
comme " ça ne fait pas sérieux " d'envisager une carrière
artistique, le jeune Jacques, également très intéressé
par les sciences, fait son cours collégial en sciences
pures et décroche un bac en géologie à l'Université
de Montréal. Il caricature toujours, mais en dilettante.
" Je cherchais du pétrole en Alberta lorsqu'un copain
m'a dit qu'on avait besoin de quelqu'un pour illustrer
une rubrique dans Hebdo-Science. J'ai rencontré les
responsables de la publication et j'ai décroché mon
premier contrat d'illustration, le premier livre Le
Petit Débrouillard. J'y travaillais les soirs, après
mon boulot de géologue ". Puis, comme cette première
expérience fonctionne bien, Jacques Goldstyn finit par
abandonner la géologie. Nous sommes en 1980. Sans qu'il
le sache encore, l'artiste vient de tracer sa voie.
On connaît la suite. Depuis près de 25 ans, Les Débrouillards,
l'Agence Science-Presse, Québec Science, le journal
indépendant Le Couac, les éditions du Boréal, pour ne
nommer que ceux-là, font régulièrement la part belle
aux planches de Goldstyn, qui révèlent la revendication
et l'appel à la conscientisation. Ses phylactères explosifs
lui ont d'ailleurs valu en 2001, conjointement avec
Félix Maltais, l'éditeur des Débrouillards, le prix
Michael-Smith, pour sa contribution exceptionnelle à
la promotion des sciences au pays.
Une
image vaut mille mots
L'expression
est galvaudée, mais elle prend tout son sens pour quiconque
se penche sur la table à dessin de Jacques Goldstyn.
" La compréhension d'un texte exige souvent un processus
de réflexion, soutient le dessinateur. Alors que, vu
par la lorgnette d'une caricature ou d'un dessin d'humour,
le message est compris instantanément. " Mais alors,
le caractère humoristique est-il essentiel à son travail?
" J'aime bien l'humour noir, reconnaît-il. Parfois,
il en faut une bonne dose pour affronter des situations
franchement désespérantes! "
Passionné
d'histoire, sensible aux problématiques environnementales,
à la politique internationale et aux enjeux du développement
durable, Jacques Goldstyn pose des questions, par stylo
interposé, sur les compagnies pharmaceutiques, les OGM,
les robots, la publicité à tout crin, la surconsommation.
Il croit qu'il est de la responsabilité de chacun de
s'informer, afin de poser un regard éclairé sur ce qui
l'entoure. Et il est persuadé que sa formation de scientifique
l'aide dans son labeur: " Mon bagage de géologue me
confère ce côté rationnel qu'il faut retrouver dans
les caricatures à saveur scientifique que je réalise.
Comme ma lecture des événements n'est pas teintée par
des valeurs, cela me permet de me forger des idées plus
justes. "
Se
faire guider par les enfants
Cet
appel à la conscientisation éclairée, Jacques Goldstyn
travaille tous les jours à le transmettre à David, son
fils de 12 ans, et à Maxime, sa fille de 10 ans. " J'essaie
de leur montrer qu'avoir ses propres idées, sortir du
troupeau, c'est vital. " Pour la même raison, il intègre
ses jeunes dans sa réflexion, leur demande régulièrement
conseil pour valider un flash, critiquer un croquis,
mais il refuse l'idée que ses rejetons s'extasient devant
son travail. " Mes enfants sont des admirateurs fidèles,
mais pas des groupies ", se défend le papa as du crayon.
Ils s'intéressent à mon travail par curiosité. Cela
engendre des discussions entre nous et c'est très bien
ainsi. Mais c'est tout. "
Depuis
le tout premier numéro des Débrouillards, paru en janvier
1981, les dessins de Jacques Goldstyn se retrouvent
tous les mois entre plusieurs milliers de jeunes mains
: " Je suis conscient de la responsabilité sociale que
représente mon travail au magazine. Voilà pourquoi je
m'efforce d'encourager les jeunes à développer une pensée
critique face à ce qui les entoure ", confie l'illustrateur.
Du même souffle, il admet que Beppo, la souriante grenouille
qui coasse dans toutes les éditions des Débrouillards
depuis la fondation de la publication est le personnage
qui lui ressemble le plus: " Beppo, c'est moi, sourit
monsieur Goldstyn. Le batracien en salopette qui fait
partie du patrimoine des Débrouillards représente ce
que j'aurais voulu lire quand j'étais petit. Aujourd'hui,
je me cache derrière elle pour émettre des commentaires,
passer des réflexions. " Au grand plaisir de ses fidèles
lecteurs.
Mille
milliards de Débrouillards
Lancé
dans le cadre du Colloque de Science pour tous, l'album
Mille milliards de Débrouillards est un recueil
de bandes dessinées signées Goldstyn et publiées dans
Les Débrouillards entre 1994 et 1999. " En fait, il
s'agit d'un voyage dans le temps, explique son concepteur.
On y retrouve les personnages vedettes des Débrouillards
et Beppo, bien entendu. "
Demain,
la vie… et le dessin
Jacques
Goldstyn considère que son travail ressemble à celui
d'un anthropologue, qui décortique ce qui se passe dans
une société. " Quand je fais de la bande dessinée, j'aime
innover, explorer de nouvelles avenues, précise-t-il.
J'en profite pour instiller une leçon, un message. Lorsque
je n'aurai plus de discours à faire passer, j'accrocherai
mon crayon. Car faire de la bande dessinée pour faire
de la tarte à la crème, ça ne m'intéresse pas. " Mais
ne nous inquiétons pas; les idées fourmillent dans la
tête de ce passionné de la bulle. " Je pense écrire
des contes, peut-être.
Mais
il me faudrait du temps. " Souhaitons-lui donc une année
sabbatique pour se livrer à ses nouveaux projets. Et
lui permettre de nous faire rire et réfléchir encore…
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L'étrange
disparition du professeur Scientifix
Apprendre par le jeu avec la bande des Débrouillards
Vos
enfants attendent impatiemment tous les mois la livraison
de leur magazine Les Débrouillards? Ils vouent
un véritable culte aux aventures rocambolesques de Robert,
de Caro, de Van, de Beppo et des autres? Alors ils seront
heureux de savoir que le cédérom L'étrange disparition
du professeur Scientifix de la collection de jeux
Débrouillards vient de paraître. Et vous aussi!
Ce
divertissement multimédia passionnant est conçu par
CREO, une entreprise de production spécialisée en communication
scientifique. Il propose aux neuf à douze ans de découvrir
des concepts et des principes scientifiques d'une manière
ludique et conviviale. Pour ce faire, les jeunes joueurs
s'engagent dans une mission capitale pour la survie
de la planète: enrayer une étrange épidémie bactérienne…
qui donne le fou rire à tous ceux qui en sont infectés!
Saurez-vous déjouer le complot scientifique?
Une
version scolaire du jeu est également disponible. Conçue
pour l'enseignement des sciences, elle s'intitule Le
manoir du professeur Scientifix et elle s'accompagne
de fiches pédagogiques à l'intention des enseignants
et de fiches évaluatives pour les élèves.
Rendez-vous
en septembre 2005, pour le lancement du 2e titre de
la collection de jeux Débrouillards, intitulé Au
secours professeur Scientifix. Information: http://debrouillards.creo.ca
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Ce
numéro a été préparé par Isabelle Pauzé
Il
est possible d'imprimer le numéro à cette adresse
:
http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2004/123/toile123.html
Cette publication reçoit l'appui du Ministère
du Développement économique et régional et de la Recherche
La Toile scientifique
http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/index.html
4545, avenue Pierre-De Coubertin
C.P. 1000, succursale M
Montréal (Québec) H1V 3R2
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