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Numéro
196, 16 septembre 2009
«Océan.
Masse d’eau occupant à peu près les deux tiers
d’un monde destiné à l’Homme, lequel est
dépourvu de branchies.»
–
Ambrose Bierce, écrivain et journaliste américain,
1842-1914
SOMMAIRE
>
Numéro spécial: la recherche au Bas-Saint-Laurent
>
Entrevue avec Guillaume St-Onge, professeur-chercheur en géologie
marine à l’Institut des sciences de la mer, de l’Université
du Québec à Rimouski
>
Entrevue avec Philippe Archambault, professeur-chercheur à
l’Institut des sciences de la mer, de l’Université
du Québec à Rimouski
>
Mon déclic scientifique – Hubert Reeves et Claude Benoît
>
Nouvelles
Le Canada remporte les grands honneurs au MILSET
Activités 2009-2010 du Regroupement QuébecOiseaux
La science prend le métro
Propulsez-vous au Musée Armand-Frappier!
Une éducatrice montréalaise dans une expédition
de Students on Ice
>
NUMÉRO SPÉCIAL: LA RECHERCHE AU BAS-SAINT-LAURENT
Nous amorçons donc, avec ce numéro 196, notre saison
2009-2010 de publications de La Toile scientifique. Nous
nous attacherons, au cours de cette année, à faire
connaître les travaux de recherche qui sont menés aux
quatre coins du Québec, dans les universités et les
centres de recherche. Pour ce faire, nous interviewerons des chercheurs,
qui nous parleront de leurs travaux, et qui nous fourniront des
pistes de référence pour pousser plus loin la réflexion
sur ces thématiques.
Selon
les différentes régions, nous veillerons à
mettre en lumière les domaines de recherche les plus actifs.
Nous commençons cette série de portraits de la recherche
régionale avec le Bas-Saint-Laurent, berceau de la recherche
québécoise en sciences de la mer. Deux chercheurs,
qui sont également professeurs à l’Institut
des sciences de la mer de l’Université du Québec
à Rimouski, nous parlent de leurs projets et de leurs travaux.
Bonne lecture!
>
ENTREVUE AVEC GUILLAUME SAINT-ONGE, PROFESSEUR-CHERCHEUR EN GÉOLOGIE
MARINE À L’INSTITUT DES SCIENCES DE LA MER DE L’UNIVERSITÉ
DU QUÉBEC À RIMOUSKI
La
Toile scientifique: Monsieur St-Onge, expliquez-nous brièvement
sur quels types de recherche vous travaillez actuellement, à
l’ISMER.
Guillaume
St-Onge: En tant que spécialiste de la géologie
marine, je travaille surtout sur les fonds marins et ses sédiments,
aussi bien ceux de l’Arctique canadien que de la baie d’Hudson,
ou encore dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Je
tente de comprendre les processus qui transportent et façonnent
les sédiments qu’on retrouve dans les fonds marins.
Comment
procédez-vous pour ce faire?
Je
prélève des échantillons de fonds marins, grâce
à une technique appelée le carottage sédimentaire.
Nous enfonçons un long tube dans le fond marin, qui peut
atteindre plusieurs mètres, voire plusieurs dizaines de mètres
de long, et nous travaillons à dater les différentes
couches de sédiments, afin de remonter dans le temps et de
mieux comprendre l’évolution de ces fonds.
Actuellement,
avec des collègues, je m’intéresse beaucoup
à la question des changements climatiques, spécialement
dans l’Arctique, où on essaie, à l’aide
de différents traceurs, de comprendre la variabilité
naturelle du climat.
Aujourd’hui,
la plupart des modèles qui prévoient le changement
climatique se basent sur des données instrumentales qui sont
relativement courtes. De notre côté, nous tentons de
remonter plusieurs milliers d’années à l’arrière,
afin de placer ces changements climatiques dans une perspective
plus large. Nous tentons de voir si ce à quoi on assiste
actuellement s’est déjà produit dans le passé,
si l’intensité peut être comparée, si
des cycles peuvent être observés, etc.
Est-ce le cas, justement? Les changements climatiques qu’on
observe actuellement sont-ils uniques dans l’Histoire? A-t-on
raison de les considérer comme si alarmants?
En
effet, le changement climatique auquel nous assistons est très
inquiétant. Par exemple, lorsqu’on observe la fonte
des glaces, on voit que c’est très impressionnant.
Par contre, on se rend compte que ce type de phénomènes
s’est déjà produit dans le passé. La
glace suit des cycles qui sont tout à fait naturels. Notre
travail permet justement de mieux comprendre ces cycles.
Bien
sûr, l’homme y est pour beaucoup dans les changements
climatiques actuels, à cause de l’augmentation des
concentrations de gaz à effet de serre que les activités
humaines entraînent. Il s’agit là d’un
consensus scientifique bien établi. Mais des cycles naturels
viennent aussi se superposer à ces changements anthropiques.
Il convient donc de savoir distinguer les deux pour établir
plus précisément ce qui devrait se produire ultérieurement.
Ce
qu’il faut surtout comprendre, c’est que la situation
est passablement plus complexe que ce que les médias véhiculent
habituellement. Certes, il y a des endroits, en Arctique, où
le climat se réchauffe, mais il existe une importante variabilité
spatiale et temporelle. Il ne faut pas l’oublier.
Pour
effectuer vos travaux, vous vous déplacez certainement sur
le terrain. Par exemple, en 2009, quels sont les travaux de recherche
que vous avez menés en Arctique?
Pour
nos différents projets, nous faisons effectivement partie
d’équipes internationales qui réalisent, de
concert, de très intéressantes expéditions
sur des navires des Gardes côtières canadienne ou américaine.
Il s’agit de brise-glace équipés à la
fine pointe de la technologie, qui nous permettent de récolter
les carottes sédimentaires qui servent à nos analyses.
Les sonars multifaisceaux dont le NGCC Amundsen est équipé,
par exemple, nous permettent de cartographier de façon détaillée
la bathymétrie, c’est-à-dire la profondeur des
fonds marins, et la géomorphologie sous-marine, comme les
traces laissées par le déplacement des icebergs et
des glaces au fil du temps.
Cette
année, je suis allé dans la baie de Baffin, sur le
navire NGCC Hudson, avec des collègues québécois,
canadiens et américains, notamment. Nous nous sentons alors
comme des «explorateurs», quand nous sondons les fonds
marins d’endroits du globe souvent méconnus et peu
visités, pour faire progresser les connaissances concernant
ces territoires.
Où
se situe le Canada (et le Québec) dans ce domaine de recherche
de la géologie marine arctique?
On
peut dire que nous sommes des chefs de file dans ces domaines. Au
cours des dernières années, nous avons assisté
à la création de groupes de recherche importants,
comme CASES (Canadian Arctic Shelf Exchange Study) et ArcticNet.
Nous sommes heureux de pouvoir compter sur des budgets de recherche
et des occasions de financement importants, octroyés notamment
par le gouvernement fédéral.
Y a-t-il d’autres questions scientifiques qui vous intéressent
particulièrement?
Oui,
je réalise actuellement des travaux dans l’estuaire
et le golfe du Saint-Laurent. Il s’agit de travaux plus fondamentaux
qui cherchent à comprendre l’empilement des sédiments
(ce qu’on appelle la stratigraphie). Avec des méthodes
de sondage comme le sonar multifaisceaux, qui nous permet de «voir»
le fond marin, mais aussi avec d’autres instruments de géophysique
et du carottage, nous travaillons à identifier et à
caractériser les nombreux glissements sous-marins du fond
de l’estuaire, dont certains auraient pu engendrer des tsunamis.
En
étudiant les dépôts de sédiments, la
taille des grains, leur orientation ou leur composition, nous pouvons
déterminer les mécanismes qui ont généré
ces glissements. Ce dont on se rend compte, c’est que l’estuaire
du Saint-Laurent est un milieu beaucoup plus actif que ce qu’on
serait porté à croire, spécialement en ce qui
concerne sa sismicité, c’est-à-dire son activité
sismique.
Merci pour cette entrevue, monsieur St-Onge.
En
fin d’entrevue, notre invité a bien voulu fournir aux
lecteurs de La Toile des suggestions de livres et de DVD
traitant de ses spécialités de recherche:
Suggestions
de lectures de Guillaume St-Onge:
·
Tout d’abord, deux petits guides permettant de découvrir
les roches et les dépôts de surface du Québec.
Les deux guides sont publiés par Les Publications du Québec.
il s’agit du Guide pratique d’identification des
dépôts de surface au Québec et du Guide pratique
d’identification des roches.
·
Ensuite, un de mes livres favoris est La mesure d’un continent
(Éditions Septentrion, 2007). Il s’agit d’un
ouvrage de grande qualité, remarquable et tout simplement
spectaculaire qui raconte l’histoire du Nouveau-Monde à
travers de magnifiques cartes géographiques.
·
Finalement, pour les amateurs de vins et de géologie, je
vous propose le livre Terroir: Role of Geology, Climate and
Culture in the Making of French Wines (University of California
Press, 1999). Ce livre abondamment illustré de cartes et
coupes géologiques tente d’expliquer le concept de
terroir dans la vinification des vins français.
Suggestions
de DVD de Guillaume St-Onge:
Si
vous n’avez pas eu la chance de voir la série L'odyssée
géologique à Radio-Canada, sachez que celle-ci
est maintenant en vente sous forme de DVD en anglais ou en français.
Une série captivante sur l’histoire géologique
du Canada d’un bout à l’autre du pays.
> ENTREVUE AVEC PHILIPPE ARCHAMBAULT, PROFESSEUR-CHERCHEUR
À L’INSTITUT DES SCIENCES DE LA MER (ISMER), DE L’UNIVERSITÉ
DU QUÉBEC À RIMOUSKI
La
Toile scientifique: Monsieur Archambault, parlez-nous de vos
spécialités de recherche.
Philippe
Archambault: Mon domaine d’expertise consiste dans
l’étude des fonds marins et de l’écologie
de tout ce qui vit en relation avec ces fonds marins. En d’autres
mots, je suis un écologiste benthique. Plus spécifiquement,
je me spécialise dans la biodiversité des océans,
qui représentent 70% de notre planète.
Quels
sont les projets et les travaux qui vous ont occupé, ces
derniers mois?
En
fait, ma recherche s’articule autour de différents
volets et je mène des projets distincts dans chacun. Le premier
de ceux-ci est l’influence de l’aquaculture sur l’environnement.
Il y a de plus en plus d’aquaculture dans le monde et on cherche
à en déterminer l’influence, qu’elle soit
positive ou négative, sur l’environnement. Nous cherchons
donc à établir un bilan complet et à déterminer
les seuils de volumes de culture pour lesquels on pourrait noter
des effets bénéfiques ou nocifs pour l’environnement.
C’est ce qu’on appelle la «capacité de
support environnemental».
Par
exemple, dans le cas des moules produites au Québec, nous
travaillons à comprendre l’influence de la quantité
de matière organique que celles-ci produisent, avec leurs
fécès et leurs pseudofécès. Car, lorsqu’une
quantité trop grande de matière organique est présente
dans un environnement, cela a un effet direct sur la quantité
d’oxygène disponible et donc, sur la survie des espèces.
Par opposition, nous nous sommes rendu compte, par nos travaux,
qu’aux Îles-de-la-Madeleine, en implantant des cultures
de moules là où il n’y en avait pas auparavant,
cela avait pour conséquence heureuse de fournir de la nourriture
et des refuges à des espèces à valeur commerciale
(comme le homard et le crabe). Cela pourrait donc augmenter leur
production et avoir un effet potentiellement direct sur l’économie
de la région.
Cette
expertise est-elle «exportable»?
Philippe
Archambault: En effet. Nous avons travaillé durant les étés
2007 et 2008 en France, dans la région du Mont-Saint-Michel,
où différents regroupements œuvrant en aquaculture
ont financé nos travaux. Les Français élèvent
aussi des moules, mais sur bouchots, c’est-à-dire sur
des pieux enfoncés dans le sol auxquels les moules se fixent.
Elles sont ainsi recueillies à marée basse par les
aquaculteurs.
Une
de mes étudiantes québécoises travaille actuellement
en laboratoire sur la tonne et demie de sédiments que nous
avons échantillonné puis fait rapporter par bateau
de là-bas. Elle étudiera en quoi les bouchots favorisent
le dépôt des matières organiques dans le fond
de l’eau et donc, la biodiversité présente.
Le projet est mené en collaboration avec le Musée
national d’histoire de Paris et différents groupes
et agences.
Pourquoi
est-ce si important, à votre sens, de protéger la
biodiversité?
Pour
moi, il est important de se rendre compte que, si l’on croit
que les changements climatiques constituent un problème,
la perte d’espèces biologiques en est un encore plus
grand.
Prenons
un exemple en milieu terrestre, la banane. Les efforts déployés
pour en faire une espèce génétique parfaite
ont entraîné, en contrepartie, qu’on n’a
pas toujours le remède pour la soigner lorsqu’elle
est atteinte d’un virus qui atteint les plants, comme c’est
le cas actuellement. Ce virus s’attaque au bananier, dont
il infecte les tissus, et l’empêche de croître
normalement jusqu’à la maturation. Il aurait déjà
été détecté dans plusieurs pays africains.
Ce virus aurait causé une perte de 200 millions de dollars
en quelques années. Certains experts vont même jusqu’à
avancé que ce nouveau fléau pourrait mener à
la disparition de la banane telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Or, si une espèce disparaît, on ne pourra pas la recréer.
Chaque
organisme vivant joue donc un rôle important dans l’écosystème
dans lequel il évolue et, si on perd cette espèce,
on perd les services qu’elle rendait à l’environnement
et éventuellement à l’humain. Ne l’oublions
pas. Et puis, vous savez, le littoral du Canada représente
près de 16% des côtes mondiales, et 14,8% selon l’ONU
(et sa Convention sur la loi des océans), des eaux marines
de la planète. C’est dire l’importance que notre
pays se doit de jouer dans la protection de la biodiversité
du globe.
Travaillez-vous auprès de groupes de recherche particuliers?
Oui.
Je suis notamment à la direction d’un des trois thèmes
d’un groupe de recherche appelé CHONe pour Canadian
Healthy Oceans Network, qui s’intéresse à la
biodiversité des trois océans canadiens. Sa mission
est d’aider au développement et à la gestion
de politiques entourant cette question. Je suis également
impliqué dans les regroupements Aquaculture-Québec,
Québec-Océans et ArcticNet, en plus du groupe international
Census of Marine Life.
Je
suis aussi impliqué dans le projet Neptune. Il s’agit
d’un projet de recherche unique qui implique l’installation
de câbles, de caméras sous-marines et d’appareils
océanographiques à 2000 à 3000 mètres
de profondeur, au large de la côte Ouest canadienne. Le but
est de comprendre les changements qui surviennent dans les grandes
profondeurs et comment ceux-ci sont modelés ou influencés
par ce qui se passe en surface. Nous suivrons donc l’évolution
des fonds en direct. Déjà, ce matin, directement depuis
mon ordinateur personnel, j’ai pu observer des coraux et hier,
des bancs de calmars, qui sont, eux, situés au fin fond de
l’océan! C’était absolument magnifique
et captivant!
Je
participe également au Census of Marine Life (CoML), un autre
projet d’envergue qui s’est étalé sur
une dizaine d’années et qui culminera l’an prochain,
par un grand événement à Londres. Il s’agissait
de la recension la plus exhaustive possible de toutes les espèces
de vie marines qui peuplent nos océans. Il s’agissait
d’une tâche qui, vous vous en doutez, s’est avérée
colossale et que, d’ailleurs, nous ne pouvons affirmer qu’elle
soit complète actuellement. D’ailleurs, un des prochains
films de Walt Disney, qui sortira sur les écrans en février
2010 et qui s’intitulera Oceans, a été financé
en partie par le groupe qui finance le CoML, soit la Sloan Fondation.
Vous
travaillez aussi dans l’Arctique canadien. Quels sont les
projets que vous y menez?
Étant
donné que nous savons que la calotte polaire fond rapidement,
nous travaillons, dans un premier temps, à documenter les
fonds marins de l’Arctique canadien et nous tentons d’établir
des relations entre les caractéristiques de ces fonds marins
et la biodiversité qui s’y trouve.
Jusqu’à
maintenant, nous avons recensé plus de 1000 espèces
de 1 mm et plus qui vivent dans le sédiment uniquement sur
54 mètres carrés. C’est incroyable! Par ailleurs,
il y a encore des zones difficilement atteignables, en Arctique,
celles où la glace est présente en permanence et par
grande profondeur. Il sera aussi très intéressant
de suivre ces espèces, qui vivent constamment sous un couvert
de glace.
Merci pour cette entrevue, monsieur Archambault.
Voici
les suggestions de lecture et les références Web que
Philippe Archambault a fourni, à l’intention des lecteurs
qui souhaiteraient pousser plus loin la réflexion sur la
biodiversité marine.
Suggestions
d’articles de Philippe Archambault:
·
Les coûts cachés de la perte de biodiversité,
Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 12 juin 2009
·
Appauvrissement en oxygène dans les eaux profondes du Saint-Laurent,
Le Naturaliste canadien (2007), volume 131, numéro 1,
pages 67-75
·
Franc Vert, Volume 5, Numéro 2 - Dossier sur les
océans. Les océans sonnent l’alarme, protégeons-les!
·
Archambault, P (2008) La biodiversité marine : un réseau
de chercheurs pour mieux la connaître et la protéger.
Franc Vert 5:2
·
Archambault, P (2004) La biodiversité: un concept nouveau
ou ancien? Et sa valeur? Vecteur Environnement, 37(6) 24-25.
·
Archambault, P & Hartog, F (2004) Le mystère de la biologie
des fonds marins persiste. Vecteur Environnement, 37(6)
44-45
·
McKindsey, CW (2004) Aquaculture et l’habitat du poisson :
impacts négatifs ou positifs d’un point de vue de l’écosystème?
Vecteur Environnement, 37 26-27.
Suggestions
de sites Internet de Philippe Archambault:
·
CHONe (Canadian Healthy Oceans Network): www.marinebiodiversity.ca/CHONe
·
Projet Neptune: www.neptunecanada.ca.
Ce site contient des vidéos des fonds marins captées
à partir d’un sous-marin.
·
Census of Marine Life: www.coml.org
·
Bande annonce du film Oceans: http://disney.go.com/disneynature/oceans
> MON DÉCLIC SCIENTIFIQUE – HUBERT REEVES
ET CLAUDE BENOÎT
Dans le cadre de notre nouvelle rubrique, nous avons demandé
à différentes personnalités œuvrant dans
le milieu de la culture scientifique et technologique québécoises
quel avait été l’élément déclencheur
de leur passion pour les sciences.
Nous
diffuserons, au fil des éditions de La Toile scientifique
2009-2010, le fruit des réflexions qu’ils nous ont
aimablement livrées. Nous entamons notre rubrique avec deux
textes: un premier de l’astrophysicien bien connu Hubert Reeves,
et un second de Claude Benoît, présidente et directrice
générale de la Société du Vieux-Port
de Montréal. Bonnes découvertes!
Qui
a contribué à ce que la science soit le centre de
mon existence?
Immédiatement
des noms me viennent à l'esprit: celui de mon père
qui me montrait les étoiles, celui de ma mère qui
protégeait les oiseaux, et surtout celui du Père Louis-Marie,
ami de la famille, qui m'accueillait dans son laboratoire à
la Trappe d'Oka. Lui était botaniste et m'apprenait les plantes.
J'étais curieux: il stimulait ma curiosité. Jamais
il ne s'impatientait sous l'assaut de mes questions.
Son savoir et sa gentillesse pour moi ont été déterminants.
Et
je sens encore l'odeur des fleurs séchées de son herbier.
C'est sans doute pourquoi je suis toujours avide d'apprendre.
Hubert
Reeves
Astrophysicien
Le
vivant est une belle machine…
Ma
vocation pour les sciences trouve sa source… dans un cours
de biologie donné par les sœurs au collège Marie-Anne
où j’ai fait mes études secondaires. Au moment
de la dissection d’un rat (oui, c’est vrai!), j’ai
vu l’appréhension que je ressentais, et qui était
partagée par mes consœurs de classe, se transformer
en un enthousiasme débordant!
Je
trouvais si harmonieuses et si merveilleusement bien organisées
l’anatomie et la physiologie du petit animal que, immédiatement,
j’ai su que c’est ce que je voulais faire dans la vie:
comprendre ce fonctionnement, pour ensuite l’expliquer, le
faire comprendre et l’apprécier.
En
ce sens, mes années d’enseignante au secondaire m’ont
permis de voir ma passion être nourrie par la curiosité
et l’intérêt de mes élèves. Et,
tout au long de ma carrière, j’ai été
au cœur de projets et d’activités qui m’ont
donné l’occasion de transmettre ces connaissances à
divers publics.
Claude
Benoît
Présidente et directrice générale de la Société
du Vieux-Port de Montréal
> NOUVELLES
LE
CANDA REMPORTE LES GRANDS HONNEURS AU MILSET
Les 42 exposants de la délégation du Canada, dont
fait partie la délégation du Québec, ont remporté
le prix Enrique Padilla, remis à la meilleure délégation
de l’Expo-sciences internationale, qui se déroulait
cette année à Tunis, en Tunisie du 22 au 29 juillet
dernier.
Ce
prix a été remis lors de la cérémonie
de clôture, à laquelle assistait entre autres l’ambassadeur
du Canada en Tunisie, Bruno Picard. Le prix a été
remis aux représentants des organismes responsables de la
délégation canadienne, soit Carole Charlebois, directrice
générale du Conseil de développement du loisir
scientifique (CDLS) et Reni Barlow de Science Jeunesse Canada.
Le
Prix Enrique Padilla, remis par le Mouvement International pour
le Loisir Scientifique et Technique (MILSET), vise à souligner
la mémoire de cet ancien membre du comité exécutif
MILSET décédé en 1994. Il a dirigé de
nombreuses délégations en provenance de l’Argentine
qui étaient reconnues comme modèles à suivre.
L’Expo-sciences
internationale du MILSET est un événement biennal
qui accueille des jeunes scientifiques du monde entier. L’événement
n’est pas une compétition scientifique, mais plutôt
une plateforme d’échanges exceptionnelle pour tous
les jeunes qui partagent la passion de la science. Pendant leur
séjour, les jeunes de la délégation canadienne
ont eu la chance, en plus de présenter leur projet, de participer
à des ateliers scientifiques et d’effectuer des visites
culturelles dans les environs de Tunis.
www.cdls.qc.ca
ACTIVITÉS
2009-2010 DU REGROUPEMENT QUÉBECOISEAUX
Le Regroupement QuébecOiseaux est un organisme sans
but lucratif qui se consacre au développement du loisir ornithologique,
ainsi qu’à la protection des oiseaux et de leurs habitats.
L’organisme et ses clubs affiliés offrent maintenant
aux écoles la possibilité d’accueillir un ornithologue
passionné qui fera découvrir aux élèves
le merveilleux monde des oiseaux! Les élèves auront
alors l’occasion de découvrir l’univers fascinant
des oiseaux et de leurs habitats, d’observer des oiseaux du
Québec lors de sorties éducatives et d’enrichir
leurs connaissances en environnement et en ornithologie.
Parmi
les activités proposées au cours de l’année
scolaire 2009-2010, mentionnons Découvrir les oiseaux du
Québec!, Le Martinet ramoneur, Le mystère des nids
et Observer les oiseaux. Pour en savoir davantage sur les activités
scolaires du Regroupement ou pour réserver, vous êtes
invités à le contacter:
www.quebecoiseaux.org
LA
SCIENCE PREND LE MÉTRO
Diffusion Adage (1) propose, en partenariat avec le Ministère
du Développement économique, de l’Innovation
et de l’Exportation (2), l’Agence science-presse (3),
le magazine Les Débrouillards (4) et Alstom-Télécité
(5), un projet de promotion de la culture scientifique auprès
du grand public et des jeunes en âge de s’orienter vers
une carrière en science, ou qui étudient déjà
dans le domaine. À compter du 15 septembre, les afficheurs
électroniques du métro deviendront la principale plateforme
de diffusion des contenus de cette initiative. Le projet prévoit
également un prolongement et un approfondissement dans Internet.
Présentant
des jeunes passionnés de sciences, engagés dans une
formation collégiale ou universitaire, le projet La science
prend le métro vise à promouvoir et à informer
sur plusieurs secteurs d’activités stratégiques
où le Québec se démarque particulièrement:
aérospatiale, biotechnologies, nanotechnologies, génomique,
matériaux de pointe, technologies de l’information
et des communications, de l’environnement et de l’énergie,
etc.
(1)
www.diffusionadage.com
(2) www.mdeie.gouv.qc.ca
(3) www.sciencepresse.qc.ca
(4) www.lesdebrouillards.qc.ca
(5) www.telecite.com/media
PROPULSEZ-VOUS
AU MUSÉE ARMAND-FRAPPIER!
Pour souligner l’événement international, En
ville, sans ma voiture!, le 22 septembre prochain, l’équipe
du Musée Armand-Frappier laissera libre accès au grand
jeu de société à l’échelle humaine
J’embraye au vert aux visiteurs qui n’opteront pas pour
la voiture solo pour s’y rendre. Les visiteurs pourront également
assister gratuitement à la projection du documentaire Propulser
le pays, présenté spécialement pour l’occasion.
Ce
film, d’une durée de 45 minutes, est tiré de
la série documentaire Manifestes en série
d’Hugo Latulippe, récipiendaire de deux prix Gémeaux
(meilleure réalisation et meilleur montage, série
documentaire) en 2008. Il sera projeté au Musée à
10h30, 12h30, 16h et 17h30. Des animateurs scientifiques seront
sur place pour répondre aux questions et échanger
avec les visiteurs après chaque représentation. L’entrée
est libre, mais on doit réserver sa place au 450-686-5641,
poste 4217 ou à musee-afrappier@iaf.inrs.ca.
De
plus, l’équipe du Musée Armand-Frappier renouvelle
sa participation à l’événement provincial
Journées de la culture en invitant les familles à
venir combler leur appétit pour la culture scientifique,
le 27 septembre prochain. Au menu: des visites de l’exposition
MicroZoo adaptées pour les jeunes enfants et de l’exposition
J’embraye au vert, qui s’adresse à toute la famille.
www.musee-afrappier.qc.ca
UNE
ÉDUCATRICE MONTRÉALAISE DANS UNE EXPÉDITION
DE STUDENTS ON ICE
Évelyne Daigle, éducatrice au Biodôme de Montréal
(1), a fait partie, au cours de l’été 2009,
de l’équipage d’une excursion unique en son genre:
elle a mis le cap sur l’Arctique avec 75 jeunes pour l’expédition
2009 organisée par l’organisme Students on Ice. Des
éducateurs provenant de quatre autres musées –
le Musée du Manitoba, à Winnipeg, le Royal Alberta
Museum, à Edmonton, le Nova Scotia Museum of Natural History,
à Halifax, et le Musée du Nouveau-Brunswick, à
Saint John – ont également pris part à l’expédition.
L’équipe
s’est embarquée le 31 juillet à Kuujjuaq, dans
le Nord du Québec, à bord du Polar Ambassador, pour
aller explorer la partie nord du Nunavik et la partie sud de l’île
de Baffin, au Nunavut, durant presque deux semaines. Elle est rentrée
à Ottawa le 12 août. En tout, 75 jeunes du Canada et
de partout dans le monde ont alors eu la chance d’explorer
une partie de la planète à laquelle très peu
auront accès.
Students
on Ice (2) est un organisme primé qui invite des étudiants
à des expéditions éducatives sur des navires
dans l’Arctique et l’Antarctique depuis 2000. Pas moins
de 30 scientifiques de renommée internationale, des environnementalistes
et des éducateurs des zones polaires font également
partie des groupes de voyageurs.
(1)
www.museumsnature.ca
(2) http://studentsonice.com
Ce
numéro a été préparé par Isabelle
Pauzé. |