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La ville comme nouvel acteur

Les villes deviennent des acteurs stratégiques des sociétés du savoir

L’apport de la culture scientifique et technique à la dynamique locale

Les organismes de culture scientifique comme partenaires du développement local

Pistes d’action possibles

Conclusion

La VILLE, des espaces pour renouveler le contrat science-société

 

La ville comme nouvel acteur

 

L’identité des villes est en pleine maturation. Taille, positionnement, enjeux, transferts de compétences et fusions sont autant de questions qui se posent sur le plan juridique comme sur celui des nouveaux rôles que les villes doivent désormais assumer.

 

Les villes sont au cœur de changements qui marquent profondément leur identité. Elles se présentent aujourd’hui comme des lieux d’expérimentation à échelle humaine de nouvelles pratiques sociales et de nouvelles formes politiques qui restent à inventer.

 

Les villes deviennent des acteurs stratégiques des sociétés du savoir.

 

Grandes ou petites, les villes se conçoivent comme des pôles de développement économique, social et culturel. Plusieurs d’entre elles ont compris que face à une intensification de la concurrence à l’échelle mondiale, elles n’ont d’autres choix que devenir de véritables villes de savoir. Dans ce contexte, elles cherchent à se positionner le mieux possible.

 

Les villes de savoir se caractérisent par la place qu’elles accordent à la production et à la diffusion des connaissances, au rapprochement entre les scientifiques et la population, à la mise en valeur du travail de création et au capital culturel. Ces villes sont conscientes que pour réaliser leur plein potentiel à ce titre, elles doivent favoriser l’innovation technologique, organisationnelle et sociale.

 

Instance de proximité, les villes apparaissent comme des interlocuteurs stratégiques et incontournables dans la dynamique d’échange et de partage des savoirs, savoirs qui constituent tout à la fois un facteur de développement socio-économique et un antidote à l’exclusion. De fait, si bon nombre de gouvernements ont inscrit dans leur politique publique le développement de la société du savoir et de l’innovation, les villes, en tant que « gouvernements urbains » deviennent des points névralgiques dans l’avènement de ce développement.

 

Promptes à attirer les entreprises de haut savoir et les travailleurs qualifiés pour se donner les conditions économiques les plus favorables, les villes ont aussi la responsabilité de créer un environnement stimulant sur les plans social et culturel, aussi bien que démocratique. Cet environnement devient aujourd’hui un facteur déterminant de la réussite des villes les plus prospères, dans la mesure où il favorise l’épanouissement des individus qui y vivent. Aborder les enjeux rattachés aux sociétés du savoir revient à interroger par la même occasion la qualité de cet environnement.

 

Les villes aspirent à devenir des cités apprenantes, des villes numériques, des centres reconnus dans de nouveaux domaines du savoir. Pour cette raison, elles ne peuvent ignorer les enjeux d’éducation formelle (programmes scolaires) et informelle (éducation populaire, animation, tourisme éducatif, loisir culturel, action communautaire, etc.) qui commandent une participation active des individus. Dans ce contexte de construction des villes du savoir, la culture scientifique et technique devient un ferment essentiel.

 

L’apport de la culture scientifique et technique à la dynamique locale

 

La culture scientifique et technique est définie comme un ensemble de connaissances et de compétences en sciences et technologie que les citoyens et la société dans son ensemble font leurs et utilisent[1]. Ainsi, la culture scientifique et technique d’une collectivité se mesure à sa capacité de valoriser et de promouvoir le fait scientifique et technologique, de comprendre les enjeux des sciences et de la technologie, et d’identifier les questions à débattre.

 

Les activités de culture scientifique et technique contribuent à la qualité de la vie culturelle dans la cité. Elles participent à l’animation locale, notamment auprès des jeunes, mais aussi des adultes. Depuis plus de 25 ans, ces activités se sont multipliées au Québec et ont fait leur marque. Qu’on pense au travail du Conseil de développement du loisir scientifique (CDLS) et des neuf Conseils du loisir scientifique (CLS), qui touche autant les écoliers dans leur classe que les jeunes dans leurs activités de loisir. Qu’on pense également à la Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST), qui ménage aux clientèles scolaires des rencontres enrichissantes avec des scientifiques de leur région.

 

Sur l’ensemble du territoire québécois, les équipements muséaux en partie ou entièrement dédiés aux sciences et à la technologie connaissent une ferveur populaire. Musées des grands centres urbains ou centres d’interprétation consacrés au patrimoine local, ces équipements favorisent le rapprochement entre les sciences, la technologie et la population grâce aux expositions, aux conférences, aux manipulations, aux démonstrations et aux reconstitutions historiques. Les nouveaux lieux de médiation entre les scientifiques et le grand public que sont le Centre de démonstration en sciences physiques (CDSP) du collège F.-X.-Garneau de Québec et le Cœur des sciences de l’Université du Québec à Montréal, font de même.

 

L’expérience de l’Île du savoir fait travailler ensemble autour de la promotion des carrières scientifiques des partenaires comme le Conseil régional de développement de l’Île de Montréal (CRDIM), aujourd’hui le Conseil régional des élus (CRE), des enseignants, des représentants des milieux de la culture et des loisirs, des scientifiques et des intervenants du secteur public. Cette initiative mérite également une mention.

 

Toutes ces réalisations, qui répondent au besoin de rapprocher les milieux, sont fondées sur la concertation entre des acteurs aux visées, aux pratiques et aux manières de faire très différentes les unes des autres. Dorénavant, les villes ne peuvent s’exclure de ces chantiers d’expérimentation, car de telles activités sur leur territoire sont pour elles de précieux actifs : valorisation des réalisations et des compétences locales, promotion de la relève en sciences et technologie, vecteur de communication vers le grand public et médiateur dans le retour d’information où s’expriment les attentes, les craintes et les demandes de la population. Comme on peut le constater, les organismes de culture scientifique et technique peuvent avoir une contribution importante à la construction des villes du savoir.

 

Les organismes de culture scientifique comme partenaires du développement local

 

Pour l’instant, les projets liant culture scientifique et technique et développement local sont encore trop peu nombreux, les intervenants demeurant isolés les uns des autres. Jusqu’ici, l’investissement des municipalités en culture scientifique et technique est demeuré, dans l’ensemble, très restreint, à l’exception des contributions exemplaires de certaines municipalités au financement de leurs équipements culturels à caractère scientifique et technologique. La Ville de Montréal, avec ses quatre grands équipements (Biodôme, Jardin botanique, Insectarium et Planétarium), est de celles-là. La Ville de Sherbrooke également, avec son Musée de la nature et des sciences et son projet de Maison de l’environnement, et la Ville de Laval, avec le Cosmodôme et le Musée Armand-Frappier, pour ne nommer que ces quelques exemples.

 

Les municipalités constituent la structure de regroupement la plus proche de la population et la plus apte à déterminer ses besoins et à y répondre, selon le ministère de la Culture et des Communications (MCC). À ce titre, les municipalités ont été identifiées comme la première instance responsable de la planification et du développement culturel.

 

Depuis 1995, le MCC propose une Entente de développement culturel aux municipalités intéressées. Ce contrat, d’une durée de 3 à 5 ans, vise un partage de préoccupations et d’objectifs respectifs. Il se veut un outil de planification, de gestion, de concertation, de collaboration souple et de regroupement. Ce type d’entente entre deux partenaires pourrait offrir un cadre d’accueil opportun pour le soutien aux projets de culture scientifique. Toutefois, sans être formellement exclue, la culture scientifique et technique n’est pas identifiée comme une zone d’intervention possible. De même, les politiques culturelles que sont en train de se donner les municipalités (elles sont 86 à l’avoir fait jusqu’à présent) font peu de place à la culture scientifique et technique.

 

On le voit, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour faire des pouvoirs municipaux des acteurs de premier plan en culture scientifique et technique. Quelques pistes d’action peuvent être identifiées pour susciter des alliances avec les pouvoirs municipaux et les acteurs locaux.

 

Pistes d’action possibles

 

La possibilité d’inscrire la culture scientifique et technique parmi les préoccupations des groupes communautaires et des réseaux constitués, qui sont généralement bien intégrés dans leur milieu (bibliothèques publiques, organismes du milieu de l’environnement, associations d’éducation populaire, d’éducation des adultes, d’alphabétisation, etc.), apparaît comme une voie propice aux alliances nouvelles.

 

En effet, ces intervenants, qui répondent à des besoins particuliers de leurs membres ou de leurs clientèles, peuvent favoriser l’adaptation des approches en culture scientifique et technique à des attentes qui s’expriment souvent en termes d’applications quotidiennes : alimentation, santé, environnement, etc. Ils peuvent aider à rejoindre plus facilement des personnes parfois réfractaires aux questions à caractère scientifique et technologique, et contribuer ainsi à démocratiser véritablement la culture scientifique et technique. De ce côté, les organismes de culture scientifique et technique voient s’élargir leur champ d’action à différentes sphères de préoccupation de la population. En contrepartie, ils mettent leur expertise en culture scientifique et technique au service des organismes communautaires dans un souci d’irrigation du tissu social.

 

Il s’agit là d’une piste d’action féconde pour la concertation aux niveaux local et régional. En effet, l’insertion de la culture scientifique et technique dans les stratégies de développement à ces niveaux est de nature à susciter davantage l’adhésion des pouvoirs municipaux.

 

À l’étranger, plusieurs villes européennes jouent la carte des grands rendez-vous populaires autour des sciences et de la technologie. De tels rassemblements indiquent également une piste de concertation fructueuse. Fête de la science en France, Été des sciences en Allemagne, Semaine de la science en Espagne et en Irlande, Science dans la rue à Barcelone ou Année de la science au Royaume-Uni, ces manifestations de grande envergure font appel à des personnalités prestigieuses des milieux scientifiques et technologiques ou sont conçues autour de temps forts pour rejoindre le grand public. La conception et la réalisation conjointe de ces grands rassemblements illustrent différentes formes de collaborations possibles entre les partenaires du milieu de la culture scientifique et technique et les municipalités.

 

Une autre piste d’action en culture scientifique et technique consiste à participer à la mise en valeur des compétences et des réalisations locales, comme le fait, par exemple, la Cité de l’énergie de Shawinigan. En France, certaines régions ont investi dans la valorisation d’anciens sites industriels. Avec la mise en représentation du verre en Alsace-Lorraine et du textile en Rhône-Alpes, les musées deviennent des espaces de diffusion et de démonstration de l’innovation issue des entreprises privées. Rien de moins que des vitrines du savoir-faire territorial actuel. En montrant le passé et en évoquant l’avenir, les musées sensibilisent du même coup le grand public et les futurs partenaires de ces entreprises.

 

Enfin, pour promouvoir la culture scientifique et technique, les organismes peuvent investir les lieux de concertation et de prise de décision existants à ce niveau de proximité, de façon à participer à l’élaboration des visions stratégiques de développement économique, culturel et environnemental. Parmi les leviers d’intervention, mentionnons les Conférences régionales des élus (CRE), les Centres locaux de développement (CLE), les Conseils régionaux de la culture, les Conseils régionaux de l’environnement, etc.

 

Conclusion

 

Avec la mise en œuvre de la société du savoir, toutes les villes et les régions souhaitent se positionner avantageusement. Toutes veulent attirer et conserver des travailleurs compétents, des individus engagés, des familles épanouies, des entreprises florissantes et des organismes communautaires dynamiques. Dans ce contexte, elles sont engagées dans une opération de charme et ne doivent négliger aucun de leurs atouts. L’éventail des actions que mènent les organismes de culture scientifique et technique sur leur territoire n’est pas la moindre de ces richesses.

 

 

CHANTIER 1 :

 

LA VILLE, des espaces pour renouveler le contrat science-société

 

Texte : Alexandre Hadade et Lise Santerre, Conseil de la science et de la technologie

 

Animateur-rapporteur : Pierre Lacombe, directeur du Planétarium de Montréal et membre du Conseil d’administration de Science pour tous

 

Assistante : Emmanuelle Béguineau, directrice des projets et des programmes à la Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST)

 

Sur le panel :

 

Charlène Bélanger, chargé de projet – Éclairs de sciences

 

Claire Deschênes, professeure titulaire au département de génie mécanique, Université Laval et présidente de la Table de la relève en science et technologie, GRAPPE (grand réseau des acteurs et promoteurs du partenariat économique)

 

Gilles Gauthier, doyen – Faculté des sciences - UQAM

 

Micheline Sabourin, consultante – Les oiseaux rares et au programme l’Île du savoir

 



[1] Conseil de la science et de la technologie, La culture scientifique et technique au Québec : Bilan, gouvernement du Québec, Sainte-Foy, 2002, p.15.