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La promotion et la diffusion 
de la culture scientifique et technique


Document de référence
Octobre 1999

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À la demande du ministre responsable, ce document a été rédigé par Jean-Marc Carpentier, communicateur scientifique, sous la supervision de Roland Arpin, directeur général du Musée de la civilisation.
Il s'agit de la deuxième version du document, modifié pour tenir compte

des remarques formulées à la rencontre du 10 septembre 1999.


1 Avant-propos
    1.1 Les fronts de promotion et de diffusion de la CST
2 Le grand public
    2.1 Les vecteurs de diffusion
        2.1.1 Les communicateurs scientifiques
        2.1.2 L'Agence Science-Presse
        2.1.3 Les médias imprimés
        2.1.4 Les médias électroniques
    2.2 Les musées et centres de sciences
    2.3 Le réseau Internet
    2.4 Des acteurs dynamiques, mais vulnérables
3 Le monde scolaire
    3.1 Les vecteurs de diffusion
        3.1.1 Les programmes scolaires réguliers
        3.1.2 Le loisir scientifique en milieu scolaire
        3.1.3 Les expo-sciences
    3.2 Une école à deux cultures
4 Le milieu de la pratique scientifique et technique
    4.1 Les vecteurs de diffusion
    4.2 L'information scientifique et technique
    4.3 La promotion de la science et de la technologie
5 Le support financier de la promotion et de la diffusion de la CST
    5.1 L'action du MCC
        5.1.1 Étalez votre science
        5.1.2 Le soutien aux organismes de diffusion
    5.2 L'action du MEQ
    5.3 L'action du MRST
    5.4 Science et culture Canada
    5.5 Les contributions du secteur privé
    5.6 Un financement précaire
6 Une nouvelle stratégie de promotion et de diffusion de la CST
    6.1 Les principes de base de l'action gouvernementale
    6.2 Restructurer le support gouvernemental de la CST
        6.2.1 Le rôle du MRST
        6.2.2 Le rôle du MCC
        6.2.3 Le rôle du MEQ
    6.3 Des appuis financiers stables et solides
    6.4 Miser sur les organismes et les intervenants déjà en place
    6.5 Les organismes et activités au service du grand public
    6.6 Les organismes et activités au service du milieu scolaire
    6.7 Les organismes et activités au service de la communauté scientifique
7 Un réseau intégré de CST
    7.1 Un réseau multidimensionnel et multicouche
    7.2 Un projet mobilisateur: le Cyberdôme de la CST

...


  1. Avant-propos
À l'heure où l'innovation technologique fait naître de nouvelles entreprises aussi vite qu'elle en condamne d'autres à l'obsolescence ; à l'heure où la science accumule à un rythme encore jamais vu des découvertes aux promesses d'applications phénoménales ; à l'heure où la puissance des interventions scientifiques touche les fondements mêmes de la vie humaine et les assises de l'écosystème terrestre ; à l'heure où des technologies d'un grand raffinement font partie de nos vies quotidiennes ; à l'heure de tous ces bouleversements, l'hégémonie de la science et de la technologie sur la société planétaire n'est plus à démontrer.

En fait, les sociétés modernes sont déjà entrées de pleins pieds dans l'économie du savoir et de la technologie. La révolution est d'autant plus radicale que l'accélération de l'avancement scientifique et technologique se fait en synergie avec une restructuration systématique de l'économie des états qui doivent dorénavant s'inscrire dans un processus de mondialisation des échanges où la compétitivité et l'efficacité sont devenues des facteurs déterminants de succès ou d'échec.

C'est ainsi que la capacité du Québec d'améliorer sa position concurrentielle sur la scène internationale, d'accroître la performance de ses entreprises et de préserver et d'améliorer la qualité de vie de sa population dépend en grande partie des efforts qui y sont consacrés à la recherche scientifique et au développement technologique. Ces efforts ne seront cependant couronnés de succès que s'ils vont de pair avec la formation d'effectifs scientifiques et techniques compétents et avec le développement d'une solide culture scientifique et technique (CST) au sein de l'ensemble de la population. Car sans une telle culture, c'est la finalité même de tous ces efforts de développement qui risque d'être compromise ou, à tout le moins, de rester hors d'atteinte du plus grand nombre.

Le présent document n'a pas l'ambition d'aborder l'ensemble des enjeux liés au développement de la science et de la technologie dans notre société. Il vient plutôt en appui aux réflexions qui sont menées ailleurs à ces égards et entent se concentrer sur la CST comme élément déterminant de ces enjeux. La présente démarche utilise donc comme point de départ une prémisse relativement simple qui veut que la maîtrise de la science et de la technologie constitue un actif individuel et collectif indéniable ainsi qu'un outil essentiel à l'évolution de toute société moderne et au bien-être de ses membres. De la même façon, il est pris pour acquis que la CST, en permettant la compréhension, le développement et l'usage généralisé de la science et de la technologie, constitue aussi un élément tout aussi essentiel de progrès économique, social et culturel ainsi qu'un facteur de compétitivité économique indéniable.

La CST est en fait la pierre d'assise collective sur laquelle s'établissent les différents processus d'acquisition des connaissances, des habiletés et des compétences scientifiques et techniques qui sont nécessaires à la vie d'aujourd'hui. Elle favorise également l'émergence d'attitudes et de valeurs qui permettent de s'adapter, individuellement et collectivement, aux mutations profondes qu'engendrent les progrès scientifiques et technologiques et également d'en tirer profit. La CST devient ainsi un enjeu majeur à une époque qui, plus que jamais auparavant, se définit par l'utilisation systématique de technologies de toutes sortes et où l'inefficacité et la non-compétitivité ne pardonnent plus.

Mais les années que nous traversons actuellement sont plutôt difficiles. On assiste en effet à un désengagement généralisé de l'État relativement à une foule de responsabilités que les citoyens avaient autrefois choisi d'assumer collectivement. Ce désengagement de l'État s'accompagne également d'une érosion de la confiance que le pouvoir étatique et ses institutions inspirent à l'ensemble de la population. Le système d'éducation est sans doute une des premières victimes de cette perte de confiance qui se manifeste, entre autres, par un taux de désertion sans précédent des effectifs scolaires. L'éducation n'est d'ailleurs plus perçue, comme cela était le cas autrefois, comme un laissez-passer automatique vers un emploi intéressant et bien rémunéré ; ce qui est bien paradoxal dans un monde qui se réclame de plus en plus de l'économie du savoir.

Les bouleversements économiques et sociaux qui se produisent actuellement posent de nouveaux défis tout en étant porteurs de nouvelles ouvertures. Les enjeux d'aujourd'hui appellent en fait la mise en place de solutions plus inventives et plus dynamiques que celles d'autrefois. Miser sur la CST comme terreau de base de la société du prochain millénaire, c'est faire le pari essentiel d'une appropriation de la science comme moyen de connaissance du monde qui nous entoure et d'une maîtrise de la technologie comme outil d'intervention sur ce monde.

Les connaissances ainsi que les habiletés ou savoir-faire de natures scientifique et technique ne s'appliquent cependant pas seulement dans le monde du travail. Elles sont également essentielles dans la vie de tous les jours ; que ce soit dans les choix liés à la santé, à l'alimentation, à la consommation ou encore dans l'utilisation des différentes technologies qui sont devenues de plus en plus incontournables dans le monde d'aujourd'hui. Ces outils culturels de connaissances et d'habiletés sont en fait devenus essentiels à la maîtrise de l'environnement de vie de chacun. Il est donc plus que jamais nécessaire de reconnaître l'importance non seulement des connaissances mais aussi des habiletés liées à la maîtrise de la science et de la technologie comme composantes essentielles de la CST de la population.

Les différentes formes d'expression de la CST peuvent donc être extrêmement variées: être à même de connaître, de comprendre et d'utiliser pleinement les outils technologiques qui nous entourent ; connaître les faits scientifiques et l'histoire de leur découverte ; être capable de suivre l'évolution de la science ; avoir une idée générale du monde qui nous entoure ; aller plus loin et maîtriser véritablement la pensée scientifique ; connaître les méthodes, les raisonnements et les limites de la science ; comprendre les implications sociales et économiques de la science et de la technologie ; connaître suffisamment la science et la technologie pour pouvoir prendre du recul face à leurs résultats et même adopter un esprit critique face à leurs propositions ; etc. Il est également indéniable que les besoins de CST dépendent du rôle et des attributs de chacun: citoyen, enseignant, gestionnaire, chercheur, entrepreneurs, etc. Ces objectifs varient même en fonction du contexte dans lequel se trouvent les mêmes gens: détente, vie privée, travail, formations, etc.

Tant d'objectifs différents ne peuvent, et c'est sans doute souhaitable ainsi, trouver chacun leur place dans un ensemble bien hiérarchisé et organisé qui pourrait faire l'objet d'une stratégie monolithique dotée de moyens et d'acteurs uniques. Pour favoriser la croissance de la CST, c'est plutôt un contexte fertile à son éclosion qu'il faut mettre en place. C'est dans un tel climat propice, que la CST croîtra le mieux et donnera ses meilleurs fruits en se ramifiant en une multitude d'activités et expressions très diverses.

Ainsi, la diffusion et la promotion de la CST n'appartiennent pas davantage en exclusivité à une politique scientifique qu'à un projet éducatif ou encore au marché culturel ou médiatique. La CST est le résultat de toutes ces actions et influences et aussi d'autres mouvements culturels et sociaux plus spontanés et moins formels. Ce qui nous importe ici c'est donc de voir comment on peut promouvoir et diffuser la CST dans des stratégies qui relèvent, directement ou indirectement, d'une politique scientifique tout en prenant conscience des avantages associés à la vitalité de la CST dans une société comme la nôtre.

1.1 Les fronts de promotion et de diffusion de la CST
 La promotion et de diffusion de la CST se ramifient en une multitude d'activités qui se complètent, se superposent et interagissent entre elles et dont la totalité est plus grande que la somme des parties. La CST se déploie ainsi sur un spectre très large qui englobe aussi bien les simples connaissances et les habiletés de base en science et technologie que tout citoyen devrait normalement posséder jusqu'à une dimension sociale beaucoup plus globale où la CST se définit à l'échelle de la société prise dans son ensemble et où les institutions deviennent des composantes et des agents importants de la CST. Si ces aspects très globaux de la CST peuvent être utiles pour servir de base à un projet global de politique scientifique, ils sont sans doute trop larges pour l'élaboration du sous-ensemble d'une telle politique qui porte spécifiquement sur la promotion et la diffusion de la CST auprès de publics qui évoluent partiellement ou totalement à l'extérieur des sphères professionnelles de la science et de la technologie.

Ainsi donc, dans le cadre de ce document, la CST qui nous intéresse d'abord est celle qui est orientée vers le grand public ou vers des publics spécialisés, mais dans un cadre extérieur à celui de leurs activités de formation ou de pratique professionnelle en science et technologie. Même si ces activités formelles exercent une énorme influence sur la CST d'une société, elles ont d'autres finalités plus immédiates qui déterminent leur fonctionnement de façon plus déterminante. En effet, s'il est indéniable que le monde de l'éducation supérieure et de la recherche ou encore le secteur industriel contribuent à la promotion et à la diffusion de la CST et qu'on doive souhaiter qu'ils le fassent encore davantage, on ne peut évidemment compter qu'ils s'éloignent à cette fin de leurs finalités fondamentales. La diffusion et la promotion de la CST prendront toujours pour eux une place qui correspond à la contribution, certainement non négligeable mais aussi non absolue, que la CST peut apporter, directement ou indirectement, à l'atteinte de leurs objectifs propres.

Ainsi, pour bien analyser les enjeux posés par la promotion et la diffusion de la CST, il est plus commode de décomposer celle-ci en ses différents domaines qui sont plus homogènes par leurs clientèles, leurs finalités, leurs vecteurs et leurs agents ou encore leurs ressources et leurs modes de diffusion et de promotion. Après les avoir ainsi abordés et analysés séparément, il sera plus facile de voir dans un deuxième temps comment les actions menées dans ces différents domaines peuvent s'allier dans une stratégie globale de promotion et de diffusion de la CST qui maximisera leurs synergies et optimisera leurs contributions respectives à la construction d'une CST généralisée dans l'ensemble de la société.

À partir des restrictions que nous avons énoncées, nous nous concentrons donc sur trois domaines d'intervention où les activités de promotion et de diffusion de la CST présentent des paramètres plus homogènes. Ces domaines sont les suivantes :

  • Le grand public
  • Le monde scolaire
  • Le milieu de la pratique scientifique et technique
Les activités de promotion et de diffusion de la CST dans chacun de ces domaines ne constituent pas des ensembles clos et exclusifs l'un par rapport à l'autre. Toutes ces activités sont au contraire en interaction constante. Elles se complètent, s'interpénètrent et se fécondent mutuellement pour former un maillage serré qui contribue à la construction d'un véritable CST dans l'ensemble de la société. Stimulées adéquatement dans leurs domaines respectifs, ces activités produiront une synergie et auront un effet cumulatif majeur sur l'ensemble de la société québécoise. Pour créer cette synergie, il faut cependant que les forces actives dans chaque domaine travaillent à l'atteinte de leurs objectifs propres tout en se situant à l'intérieur d'une action concertée plus globale. Il est surtout essentiel d'éviter de faire de l'un ou l'autre de ces domaines d'activité la voie privilégie ou dominante de diffusion et de promotion de la CST ou de croire, comme on l'observe parfois, que les réalisations et les succès observés dans l'un de ces domaines se font inévitablement au détriment des autres. Au contraire, l'apport de tous est essentiel à la réussite d'une stratégie globale de promotion de la CST.

Il convient donc, dans un premier temps, d'analyser les activités qui sont déjà menées dans chacun de ces domaines de la CST, avant de voir comment les besoins de chacun de ces domaines pourraient être pris en compte dans le cadre d'une stratégie globale de promotion et de diffusion de la CST.

2. Le grand public

Dans le grand public, la CST repose surtout sur des connaissances et des habiletés scientifiques et techniques de base qui constituent une composante à part entière de la culture générale des individus qui composent une société.

Dans ce domaine, les activités de promotion et de diffusion de la CST se définissent selon les paramètres suivants:

  • Clientèle : grand public et groupes d'intérêt
  • Cadre : libre et volontaire (non formel)
  • Vecteurs : médias (radio, télé, magazines, etc.), musées, centres d'interprétation, clubs de loisirs, théâtre, etc.
  • Médiateurs : journalistes, vulgarisateurs, animateurs, experts, etc. (bénévoles ou professionnels)
  • Discours : vulgarisation de connaissances de base, actualité scientifique, critique de la science et de la technologie, enjeux sociaux, etc.
  • Finalité : connaître le monde qui nous entoure, acquérir une pensée scientifique, développer un sens critique face à la science afin de pouvoir participer aux débats sociaux, être un consommateur averti capable de choix éclairés, etc.
  • Ministère partenaire: Ministère de la Culture et des Communications (MCC)


2.1. Les vecteurs de diffusion

Les principaux efforts de promotion et de diffusion de la CST vers le grand public se font essentiellement via un certain nombre de canaux parmi lesquels on remarque surtout les médias (livres, journaux, magazines, radio et télévision), les organismes de loisir et d'éducation non formelle et les établissements muséologiques. Le personnel de ces différents organismes est constitué de professionnels de l'animation et de la communication scientifique et technique et, dans une moindre mesure, de collaborateurs scientifiques. Les bénévoles qui proviennent de différentes sphères d'activité y sont également nombreux et y jouent un rôle important.

Dans les médias de masse, tout comme dans le secteur du loisir intelligent, la diffusion de la CST s'opère dans un cadre de libre marché et est ainsi soumise à une logique de type offre-demande. Les produits offerts doivent effectivement être suffisamment alléchants pour se gagner un auditoire assez important pour assurer leur succès. Ces produits sont donc jugés en comparaison avec d'autres produits qui vont de la bande dessinée au jeu vidéo en passant par toutes les autres formes de loisir qui s'offrent à la société moderne. Si les nouveaux canaux spécialisés offrent des fenêtres de diffusion parfaitement adaptées à la science et à la technologie, les émissions scientifiques y sont également soumises à la dictature des cotes d'écoutes et doivent obéir au même modèle de financement que les autres types de productions.

Par contre, contrairement à ce qui s'observe dans les autres domaines culturels (arts de la scène, littérature, cinéma, etc.), dont le marché constitue un cadre d'activité dominant, la production et la diffusion des produits de CST se font beaucoup moins dans un contexte de marché commercial où des utilisateurs paient directement pour consommer des produits culturels. Si la monétarisation des activités de CST prend actuellement plus d'importance dans certains vecteurs de diffusion (musées, magazines, livres, camps, etc.), on ne peut certainement pas encore faire reposer l'ensemble de ces activités sur les règles générales de l'économie de marché. Dans beaucoup de cas, le support financier de l'état ou de partenaires privés est tout simplement essentiel à la tenue d'activités de promotion et de diffusion de CST.

2.1.1. Les communicateurs scientifiques

Au Québec, la professionnalisation de la communication scientifique (journalistes, vulgarisateurs, animateurs, etc.) est maintenant un fait accompli. La notion qui voulait que les scientifiques soient les seuls à assumer cette mission, qui constitue un héritage de la notion de science populaire du 19e siècle, n'a tout simplement plus cour. La dernière manifestation de cette pensée corporatiste remonte au début des années 1980 alors que l'ordre des Agronomes du Québec s'était momentanément offusqué que des journalistes scientifiques envahissent prétendument ce champ de pratique pour parler d'agriculture dans des magazines de vulgarisation.

L'Association des communicateurs scientifiques du Québec (ACS) réunit des gens qui consacrent une partie importante de leurs activités professionnelles à l'information scientifique ou technique. Elle a été mise sur pied en 1976 pour répondre aux besoins particuliers du public francophone nord-américain en matière d'information et de CST et a joué depuis un rôle prépondérant dans la mise en place de plusieurs initiatives en matière de vulgarisation et de communication scientifique. L'ACS regroupe aujourd'hui une centaine de professionnels de la communication scientifique: journalistes, vulgarisateurs, agents d'information, muséologues, etc. Une bonne majorité de ses membres possèdent une formation de base en science à laquelle s'ajoute souvent une formation en communication ou en journalisme. La plupart des programmes de journalisme et communication dispensés dans les universités québécoises offrent d'ailleurs depuis de nombreuses années des cours spécialisés en communication et vulgarisation scientifiques.

Supportée par le MCC et par les cotisations de ses membres, l'ACS offre des activités de formation et de réflexion sur le métier de communicateur scientifique. L'ACS et la Société Radio-Canada présentent également chaque année la Bourse Fernand-Seguin qui couronne un concours de journalisme scientifique destiné à encourager et à stimuler les carrières en communication scientifique. Créée en 1981, la Bourse Fernand-Seguin consiste en un prix de 12 000 $ associé à un stage de six mois en communication scientifique dans des entreprises de presse québécoises. Un prix spécial du jury est aussi parfois offert.

Depuis une vingtaine d'années, l'arrivée de journalistes, vulgarisateurs, communicateurs ou animateurs scientifiques professionnels ñ dont la plupart ont une formation scientifique de base ñ a progressivement pallié l'absence relative des scientifiques comme force motrice de la promotion et de la diffusion de la CST. Dans le contexte actuel, rien ne laisse croire que cette situation pourrait changer dans l'avenir. Au contraire, la plupart des scientifiques et enseignants professionnels auraient plutôt tendance, dans le contexte économique actuel, à se restreindre à leurs fonctions de base. Il semble d'ailleurs peu probable que leurs tâches rémunérées pourraient être élargies pour inclure des fonctions plus étendues de diffusion et de promotion de la CST. La communauté scientifique et le secteur de l'enseignement doivent d'autre part encourager leurs membres à affiner leurs qualités de communication et à intervenir le plus souvent possible sur toutes les plates-formes qui s'offrent à eux.

Même s'il serait illusoire de croire les scientifiques puissent être les initiateurs et la force motrice dominante des activités de promotion et de diffusion de la CST, il serait toujours souhaitable qu'ils y soient associés. Ceci est particulièrement vrai en dehors des grands centres où c'est en s'associant avec les milieux de l'enseignement et de la recherche que les organismes et institutions de CST pourront bonifier leur action en rehaussant le niveau et la qualité de leur discours et qu'ils pourront également assurer leur pérennité en s'appuyant sur des entités à la fois solides et stables.

2.1.2. L'Agence Science-Presse

L'Agence Science-Presse, créée en 1978 sous l'initiative de l'ACS et d'autres partenaires du milieu de la CST, est une agence de presse québécoise qui alimente les médias avec des nouvelles et des informations sur la science et les nouvelles technologies. C'est la seule agence de presse scientifique au Canada et une des rares au monde. Chaque semaine, ses journalistes produisent un bulletin de 4 à 8 pages, Hebdo-Science et technologie, qui est envoyé aux médias abonnés qui peuvent en utiliser le contenu dans leurs pages ou sur leurs ondes. Chaque numéro offre un texte principal, dossier ou reportage d'actualité, un ou deux reportages secondaires, entre huit et 15 capsules ou nouvelles brèves, un dessin humoristique et une page illustrée pour les jeunes. Son matériel est régulièrement utilisé par un grand nombre de médias dont certains grands quotidiens du Québec. L'Agence Science-Presse exploite également un site Internet où elle diffuse son matériel d'actualité scientifique à l'intention du grand public et de tout utilisateur potentiel.

2.1.3. Les médias imprimés

Le magazine Québec Science, fondé en 1962, constitue le magazine de référence de la vulgarisation et du journalisme scientifique au Québec. Ce mensuel d'une soixantaine de pages est tiré à environ 32 000 exemplaires dont 17 000 sont vendus par abonnement. On évalue son lectorat total à 198 000 individus. La publicité occupe environ 15% de ses pages et son apport financier s'ajoute aux revenus de vente à l'unité et d'abonnements pour constituer plus de 90% des besoins de financement de l'entreprise. Le contenu éditorial du magazine est essentiellement réalisé par des journalistes professionnels dont un bon nombre ont une formation scientifique de base. Le magazine publie également d'autres produits (Guide des vacances scientifiques, Guides Internet, etc.) et offre un service d'information vulgarisée en science et technologie sur Internet: le magazine Cybersciences (80 000 visiteurs par mois).

Le magazine les Débrouillards, destiné à un public plus jeune. Ce mensuel d'une cinquantaine de pages est imprimé à plus de 30 000 copies, dont 23 000 sont vendues par abonnement et 1 000 en kiosque. La publicité occupe environ 15% de ses pages mais ce sont d'abord les abonnements et les commandites qui constituent ses principales sources de revenus. Le contenu de ses pages est réalisé majoritairement par des journalistes dont la plupart possèdent une formation scientifique. Le magazine a été créé en 1982 par l'Agence Science-Presse qui l'a produit jusqu'à ce que la maison Bayard Presse prenne la relève il y a cinq ans. Les Débrouillards regroupent maintenant un ensemble de produits dont plus de 35 livres publiés dans plusieurs langues, des émissions de télévision, du matériel et des activités d'animation, des camps d'été, etc.

Outre les magazines conventionnels, de nombreuses publications et journaux spécialisés diffusent également du matériel de nature scientifique et technique, notamment dans les domaines de l'informatique et d'Internet. C'est notamment le cas d'une certaine " presse grise" informatique qui est d'abord un support publicitaire mais qui véhicule tout de même une certaine quantité d'information très utiles pour la maîtrise de ces technologies.

Plusieurs publications étrangères, disposant de moyens importants, sont également disponibles aux lecteurs québécois. Certaines de ces publications sont en Français: Science et vie, Science et Vie Junior, Sciences et avenir, Eurêka, Ça m'intéresse, etc. D'autres sont en Anglais: Discovery, Scientific American, The Scientist, The New Scientist, etc. Ces différentes publications ont cependant toutes l'inconvénient de couvrir la science et la technologie dans une perspective internationale ou encore dans celle de pays étrangers comme la France, les États-Unis ou la Grande-Bretagne. Face à celles-ci, les publications québécoises ont toujours l'avantage d'offrir un contenu éditorial qui est plus près des préoccupations immédiates des lecteurs d'ici.

Un certain nombre de publications à vocation scientifique sont également apparus au fil des ans mais n'ont pas réussi à se maintenir en place dans le monde très compétitif du marché des imprimés. C'est entre autre autres le cas de La Puce à l'Oreille, Franc Vert, Hibou, Forêt Conservation, Science et Technologie, Astronomie Québec et bien d'autres. Le ralentissement économique du début des années 1990 et une forte augmentation du prix du papier, survenue au même moment, ont également affecté très sérieusement l'ensemble du monde de l'édition et signifié la mort de plusieurs magazines. À la fin des années 1990, c'est la popularité d'Internet qui force maintenant tous les magazines à se repositionner pour tenir compte de l'arrivée de ce nouveau véhicule de communication.

Les magazines généralistes ou économiques (L'actualité, Châtelaine, Readers Digest, Commerce, Affaires plus, etc.) couvrent également les questions liées à la science et à la technologie. Ils le font cependant dans une perspective plus sociale et économique que scientifique. Le magazine L'Actualité offre cependant une chronique Santé et publie régulièrement des dossiers scientifiques bien étoffés. Compte tenu de son très fort tirage, L'Actualité apporte donc des contenus scientifiques de qualité à un très large public. On s'y concentre cependant sur les sujets les plus séduisants et sur les grandes questions scientifiques qui sont plus susceptible d'intéresser une large portion du grand public.

Quant aux quotidiens québécois, la plupart publient, généralement une fois par semaine, une page scientifique composée parfois d'articles originaux mais plus souvent de matériel provenant d'agences de presses ou de journaux étrangers. Certains offrent également le même traitement aux nouvelles technologies informatiques et au domaine de la médecine et de la santé. Le secteur médecine et santé s'accapare d'ailleurs une part relativement importante (environ 45%) de la couverture scientifique. Outre ces pages spécifiquement consacrées à la science et à la technologie, les grands enjeux socio-économiques liés plus ou moins directement à la science et à la technologie sont généralement omniprésents dans les médias. Pour certains éditeurs, cette présence justifie alors qu'on ne réserve pas de place et de ressources spécifiques à la couverture scientifique et technique dans leurs publications. Ces enjeux sont cependant alors abordés davantage dans une perspective socio-économique ou politique et leur dimension plus scientifique est généralement laissée de côté.

Certains autres publications n'ont pas ou ne désirent pas libérer les ressources nécessaires pour produire leur propre contenu scientifique. Elles utilisent alors les articles provenant d'agences de presse ou d'autres quotidiens. Au Québec, plusieurs quotidiens et hebdomadaires sont abonnés à l'Agence Science-Presse et utilisent régulièrement son matériel.
Le monde de l'édition d'ici et d'ailleurs publie également une multitude de livres couvrant tout le spectre de la CST, des guides technologiques de toutes sortes jusqu'aux essais très fondamentaux sur la nature même de l'activité scientifique. Tous ces livres sont disponibles en abondance et sont largement consommés par des publics très variés.
 

2.1.4. Les médias électroniques

Les médias électroniques sont devenus au fil des ans des agents importants de diffusion d'informations scientifiques et techniques, notamment auprès de la jeunesse et des publics non spécialisés. Les sujets liés à la science et à la technologie font régulièrement partie des bulletins de nouvelles et des émissions d'intérêt général. Un certain nombre d'émissions sont également consacrés exclusivement à des sujets scientifiques et techniques. À la télévision, on note surtout l'émission Découverte, à Radio-Canada, qui s'inscrit dans une lignée d'émissions scientifiques qui remonte à la naissance même de la télévision chez nous. Bon an mal an, cette émission, dessert un auditoire fidèle d'environ un demi-million de téléspectateurs. Il en est de même pour La Semaine verte (agriculture, forêts, environnement) qui attire également un auditoire d'une grande fidélité. Radio-Canada diffuse également la série Les Débrouillards qui constitue une extension du magazine du même nom. Radio-Canada et les autres télédiffuseurs généralistes suivent également la vague de popularité des nouvelles technologies avec des émissions axées sur l'informatique, Internet et les nouvelles technologies de l'information. Mises en place pour répondre au goût du jour, ces émissions sont cependant relativement éphémères. Quant à la chaîne Télé-Québec, elle offre régulièrement des séries scientifiques ou axées sur la nature qui sont surtout orientées vers le jeune public.

La multiplication, au cours des dernières années, de réseaux de services spécialisés a considérablement contribué à l'augmentation des heures de diffusion consacrées à la science et à la technologie. Ces nouvelles chaînes locales offrent des programmations spécialisées dans les documentaires (Canal D), la santé (Canal Vie), les sciences (Canal Z, en ondes au début de l'an 2000), etc. Malheureusement, toutes ces chaînes spécialisées n'envisagent d'atteindre que des fragments d'auditoire relativement faibles (moins de 5 %) et ne disposent donc que de moyens de programmation très limités. Plus souvent qu'autrement, elles se contentent de traduire et d'adapter des productions réalisées ailleurs. Quant à leurs productions locales, elles se limitent souvent à des émissions réalisées en studio ou à des productions réalisées avec de très faibles budgets.
Pour ce qui est de la programmation radiophonique, la radio de Radio-Canada est la seule à offrir des émissions scientifiques à l'intérieur de sa programmation: Les Années-Lumière (vulgarisation et actualité scientifique), Cl@ir et Net (techno) et D'un soleil à l'autre (environnement et monde agricole). La chaîne culturelle de Radio-Canada offre également à l'occasion des séries scientifiques, tout comme le font certaines radios communautaires. Le matériel produit par l'Agence Science-Presse est également utilisé comme base d'animation dans les stations privées.

2.2. Les musées et centres de sciences

Même si le Québec ne dispose toujours pas d'un véritable musée de science de grande envergure comme le Centre de science de l'Ontario, la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette ou l'Exploratorium de San Francisco, les musées et les centres d'interprétation consacrés à des thèmes scientifiques et technologiques se sont tout de même multipliés au cours des dernières années. Toutes ces institutions forment maintenant un tissu assez serré et relativement diversifié qui s'étend dans presque toutes les régions du Québec et qui contribue de façon importante à la diffusion et à la promotion de la CST. Parmi ces institutions, on compte d'abord celles du Fonds des équipements scientifiques de la Ville de Montréal (Jardin botanique, Insectarium, Planétarium et Biodôme). S'ajoutent ensuite le Cosmodôme de Laval, la Cité de l'Énergie de Shawinigan, la Biosphère de l'Île Sainte-Hélène, l'AstroLab du Mont-Mégantic, l'Électrium, le Musée J.-Armand Bombardier, le Musée du Séminaire de Sherbrooke, le Musée des ondes Émile-Berliner, etc. Un peu partout au Québec, on trouve également de nombreux centre d'interprétation ainsi que plusieurs petits musées régionaux et des économusées (bronze, miel, verre, etc.). Au total, on dénombre en fait près de 200 établissements à caractère scientifique de petite ou moyenne envergure, dont une cinquantaine de musées.

En dépit de toutes ces institutions, le potentiel de développement de centres régionaux d'interprétation ou de muséologie reste encore important. En effet, de nombreux sites d'intérêt, notamment dans le domaine du patrimoine scientifique, industriel et technologique ñ les collections des anciens collèges, les vieilles usines, les infrastructures industrielles ou énergétiques, etc. ñ, pourraient être mis en valeur et servir de points d'ancrage locaux pour des activités de promotion de la CST. De telles initiatives auraient parfois comme avantage de préserver des éléments patrimoniaux menacés tout en permettant d'asseoir des activités d'éducation scientifiques sur des bases historiques et de les aborder dans un contexte lié à des enjeux de développement économique.

Parmi les projets en cours de réalisation au Québec, on compte également deux initiatives du gouvernement du Canada. La première de ces institutions, le Centre iSci (Centre interactif des sciences), doit ouvrir ses portes au printemps 2000 et aura pignon sur rue dans le Vieux-Port de Montréal. Il s'agit d'un centre de sciences et de divertissements qui sera surtout orienté vers la CST d'entreprises. Le Centre iSci se propose également d'être une vitrine technologique qui mettra en valeur les sciences, les technologies et les innovations, non seulement dans ses expositions mais aussi dans tous ses services, commerces et divertissements. Le budget d'implantation du Centre iSci est de 49 millions $ dont une somme de 15 millions $ provenant de commandites d'entreprises partenaires.

L'ouverture du Centre iSci pourrait modifier radicalement toute la dynamique de la promotion et de la diffusion de la CST au Québec. Le Centre iSci entend en effet devenir le point de ralliement d'une multitude d'activités de diffusion et de promotion de la CST au Québec. Il compte, par exemple, établir des partenariats avec le réseau de la culture scientifique et technique québécoise, le réseau de l'éducation et de la formation spécialisée, le réseau de la recherche et de l'innovation industrielle, de même qu'avec les organismes actifs en animation populaire et en loisir culturel. Sur le plan financier, les ressources consacrées au centre iSci par ses partenaires privés proviennent parfois des budgets déjà dédiés à la promotion et à la diffusion de la CST, ce qui pourrait affecter le financement d'autres organismes actifs dans ce domaine et qui s'appuient sur les mêmes enveloppes.

Le second projet, moins ambitieux, vise la mise en place, sur les Plaines d'Abraham à Québec, d'une Maison de la découverte qui traitera de l'évolution des sciences de la nature et de l'histoire du Canada. Les grands musées de science et technologie de la région d'Ottawa sont également relativement disponibles à la population québécoise.

D'autres institutions muséales, comme le Musée de la civilisation de Québec ou le Musée McCord de Montréal, traitent également de sujets scientifiques et techniques dans le cadre de certaines de leurs expositions temporaires. La Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal est également une institution très dynamique qui joue un rôle important en diffusion et promotion de la CST. Il s'agit d'une société sans but lucratif qui se consacre aux applications des nouvelles technologies dans tous les domaines de la création artistique, de la vulgarisation scientifique et des communications. Parmi ses principales réalisations, on note Images du Futur, le Marché International des Inforoutes et du Multimédia (M.I.M.), Cybermonde et le Café Électronique. La même équipe a créé le festival Téléscience qui s'est donné pour mission de faire la promotion de la culture scientifique par le biais de l'audiovisuel.

Face à ce foisonnement de petites ou moyennes institutions de toutes sortes, il manque toujours au Québec un véritable musée des sciences et technologies de grande envergure. Une telle maison des sciences et des techniques serait cependant très utile pour servir de tête de réseau à un ensemble d'institutions relativement disparates. Une telle institution servirait également de support au système d'enseignement et d'outil de stimulation de la CST dans l'ensemble de la société. Les projets de maison des sciences et des techniques n'ont pourtant pas manqué dans le passé, un premier projet étant même inscrit dans l'énoncé de politique culturelle du gouvernement du Québec dès 1976. En 1980, un important groupe de travail, présidé par le vulgarisateur scientifique Fernand Seguin, proposait déjà d'organiser le réseau de la muséologie scientifique et technique québécoise autour d'un noyau central disposant d'antennes de diffusion à travers tout le Québec. Les conclusions de ce rapport furent alors adoptées à l'unanimité par le gouvernement d'alors et menèrent au lancement du projet de Maison des sciences et des techniques de Montréal. Après deux ans de développement, le projet fut cependant abandonné en 1986, le nouveau gouvernement et surtout le ministre de l'éducation d'alors préférant consacrer les fonds réservés au projet au financement des universités. Plusieurs nouveaux projets ont ensuite été considérés par le gouvernement du Québec, sans qu'aucun n'ait été mené à bien jusqu'à maintenant.

2.3. Le réseau Internet

Depuis quelques années, le développement fulgurant du réseau Internet est venu changer radicalement tout le paysage de communication de la société. Les institutions scientifiques et de savoir ainsi que les grandes entreprises ont été parmi les premières à utiliser ce nouvel outil de rayonnement. Les médias traditionnels ont également dû se repositionner face à ce nouveau canal de communication. La plupart de ceux-ci ont d'ailleurs choisi de compléter leurs services et leurs produits par une programmation complémentaire offerte sur Internet.

Tous ceux qui sont actifs en promotion et diffusion de la CST ont déjà commencé à intégrer le réseau Internet dans leur fonctionnement ; que ce soient les médias imprimés ou électroniques, les musées ou centres d'interprétation, les groupes d'animation ou d'éducation, etc. Les clientèles de ces différentes institutions et organismes ont d'ailleurs souvent été les premières à utiliser Internet.

La révolution Internet ne fait cependant que commencer. Tout ce qui touche à cette infrastructure grandit effectivement très vite: nombre de sites, nombre d'abonnées, largeur de bande passante, vitesse de communication, etc. C'est ainsi que le réseau Internet prendra d'ici quelques années une dimension qu'on a encore peine à imaginer aujourd'hui. La croissance est doublement rapide puisqu'elle résulte à la fois d'une amélioration de la performance de l'infrastructure de communication et d'une augmentation soutenue du nombre d'utilisateurs. La convergence entre les réseaux de type Internet et les réseaux traditionnels comme la télévision, le câble et le téléphone constitue également un autre facteur susceptible d'accélérer aussi bien la pénétration que l'utilisation de ce nouveau canal de communication. Les possibilités d'utilisation d'Internet doivent donc être prises en compte dans la mise en place de toute stratégie d'avenir en matière de CST.

2.4. Des acteurs dynamiques, mais vulnérables

En dépit de moyens modestes, il s'est créé au fil des ans une bonne variété d'activités de diffusion et de promotion de la CST destinées au grand public québécois. Ce développement, qui s'est particulièrement affirmé depuis une vingtaine d'années, a d'ailleurs souvent été présenté comme un phénomène relativement exceptionnel pour une communauté aussi peu nombreuse. Malheureusement, avec le plafonnement et même l'érosion du support des gouvernements, l'avenir s'annonce difficile pour les organismes qui sont actuellement engagés en CST. Les commandites privées sont également difficiles à obtenir compte tenu de la forte compétition entre une multitude d'organismes demandeurs. En plus de menacer la survie de certaines institutions de CST, cette situation limite considérablement le démarrage de nouvelles initiatives, au moment même où le contexte social et économique le requiert tout particulièrement.

La communauté des professionnels de l'animation, de la vulgarisation et du journalisme scientifique est également affectée par cette situation. Alors que des efforts considérables ont été consacrés à la mise en place d'une relève de qualité dans ce domaine, les nouveaux arrivants ont de la difficulté à vivre décemment de ce type de travail. Les perspectives de carrière qui existent dans ce secteur sont effectivement beaucoup moins invitantes qu'autrefois et les meilleurs éléments risquent de choisir d'autres domaines des communications où l'on observe actuellement une véritable effervescence. Quant à ceux qui persistent à vouloir faire carrière dans ce domaine, ils ne peuvent actuellement compter que sur un nombre très limité d'ouvertures et doivent souvent se contenter de travailler à la pièce pour une rémunération relativement modeste.

3. Le monde scolaire

Le deuxième domaine de diffusion et de promotion de la CST sur lequel nous nous penchons est celui du monde scolaire. Dans ce domaine, les activités de promotion et de diffusion de la CST se définissent selon les paramètres suivants:

  • Clientèle : scolaire (surtout primaire et secondaire)
  • Cadre : formel, captif et semi-captif
  • Médiateurs : enseignants, animateurs, bénévoles, etc.
  • Vecteur : milieu scolaire
  • Discours : didactique, axé sur la découverte et la maîtrise des théories, des outils et des phénomènes scientifiques
  • Finalité : acquérir des connaissances de base, une pensée et une attitude scientifique, ouvrir pour certains la porte à des carrières scientifiques, etc.
  • Ministère partenaire: Ministère de l'Éducation du Québec (MEQ)


3.1. Les vecteurs de diffusion

À l'école, l'acquisition de la CST se fait évidemment d'abord et avant tout via les programmes d'enseignement des sciences et, dans une mesure beaucoup moindre, via l'enseignement général. Cette acquisition se fait aussi par des activités para-scolaires, telles les clubs de science, les expos-sciences, les défis et concours scientifiques, etc.

L'école, plus encore sans doute que tout autre vecteur de connaissance, a un rôle fondamental à jouer dans la diffusion et la promotion de la CST. Il existe en fait une corrélation presque parfaite entre la compréhension des notions et concepts scientifiques chez les adultes et leur niveau de scolarité ainsi que le nombre de cours de sciences et de mathématiques suivis au cours de ces années de formation. L'école est donc le lieu par excellence où les jeunes prennent leur premier contact avec la science et surtout avec la pensée scientifique. C'est là qu'ils peuvent approfondir ces notions, les expérimenter, les discuter et en voir tout le potentiel d'application. C'est aussi dès l'âge scolaire que se forge l'intérêt pour la science alors que les jeunes se passionnent pour le monde physique dans lequel ils vivent et cherchent à le démystifier et à le comprendre. C'est à cet âge que se forme le jugement, se cristallisent les dispositions et se façonnent les intérêts.

À l'école, la science et la technologie dépassent cependant le seul acquis culturel pour devenir un outil fonctionnel. C'est effectivement dès l'école secondaire que ceux qui désirent acquérir une compétence fonctionnelle de la science et de la technologie amorcent la formation qui les conduira vers des carrières en science et technologie. Si l'école primaire s'en tient surtout à des notions scientifiques et technologiques relativement générales qui sont dispensées à tous les élèves, la formation en science offerte au niveau secondaire s'offre déjà comme la première étape d'une formation qui débouchera éventuellement sur des carrières scientifiques ou technologiques.

L'école doit donc servir un double objectif en ce qui a trait à la science et à la technologie. On doit en effet donner à l'ensemble des élèves une formation scientifique de base et les fondements d'une bonne CST tout en offrant plus spécifiquement à certains de ceux-ci les premiers éléments d'une formation scientifique et technique professionnelle. Même s'ils peuvent contribuer réciproquement à l'atteinte de leurs objectifs particuliers, ces deux mandats ne sont pas véritablement de même nature. Il serait même dangereux de croire qu'en remplissant l'un de ceux-ci, on sert automatiquement l'autre. Ce serait même plutôt l'inverse puisqu'on observe systématiquement un fossé culturel (en terme de CST) entre ceux qui choisissent les concentrations scientifiques et les autres ; comme si le fait de ne pas vouloir faire carrière en science et technologie libérait l'individu de toute nécessité d'acquérir une bonne CST de base. Ce fossé se prolonge ensuite dans la société adulte où subsistent encore ces deux cultures parallèles si éloquemment décrites par C. P. Snow il y a déjà près de cinquante ans. Un système d'enseignement qui jouerait bien son rôle devrait pourtant être capable de donner à tous ses diplômés une CST de base équivalente, qu'ils choisissent ou non de suivre une formation scientifique et technique professionnelle.

3.1.1. Les programmes scolaires réguliers

L'enseignement formel dispensé en milieu scolaire est structuré de façon relativement rigide en fonction d'objectifs de formation qui visent la maîtrise d'un certain nombre de connaissances et d'habiletés bien identifiées. Cet enseignement s'inscrit déjà dans une logique de formation spécialisée en donnant la priorité à la maîtrise de notions théoriques de base et d'outils fondamentaux qui seront surtout utiles à ceux qui poursuivront une formation scientifique. C'est ainsi que l'enseignement des sciences, tel qu'il se pratique aujourd'hui, donne plutôt la priorité à des notions qui n'ont que bien peu de liens avec les besoins fonctionnels des futurs citoyens relativement à des enjeux scientifiques et technologiques.
Perçu à juste raison comme plus exigeant par les élèves, cet enseignement devient dès lors un filtre d'élimination qui ne laisse poursuivre un cheminement scientifique qu'à ceux qui sont plus doués ou plus motivés que les autres. C'est d'ailleurs généralement dès le niveau secondaire que beaucoup d'élèves abandonnent définitivement toute intention de poursuivre une formation en science et technologie et même tout intérêt pour ces questions. En plus de restreindre pour l'ensemble des élèves la possibilité d'acquérir les bases de CST qui leur seront nécessaires pour vivre pleinement leur vie de citoyens, cet état de fait risque également d'écarter des cheminements scientifiques ceux qui pourraient s'y intéresser et devenir de bons scientifiques mais qui n'ont pas encore, au niveau secondaire, la motivation et la conviction nécessaires pour y amorcer une formation opérationnelle de la science.

Cette situation est donc particulièrement inquiétante alors qu'on observe déjà une baisse du nombre de diplômés en sciences et en génie en même temps que les entreprises et les industries de pointe en réclament davantage. L'écart entre l'offre et la demande se fait déjà sentir dans divers secteurs tel l'informatique. Les entreprises québécoises de haute technologie prévoient de plus une hausse annuelle de leurs besoins de 20%, alors que l'on ne prévoit, selon les tendances actuelles, qu'une augmentation de seulement 3% du nombre de diplômés dans ces disciplines. Les universités ont également besoin de jeunes chercheurs pour renouveler et consolider leurs effectifs de recherche et offrir des formations d'avant-garde, qui répondent aux besoins stratégiques du Québec. Quant au reste de la population, elle sera de plus en plus confrontée à des enjeux de nature scientifique et technologique sans qu'on lui ait véritablement donné les outils intellectuels et culturels pour faire face à de tels enjeux.

Il n'est cependant pas évident que l'enseignement de ces notions scientifiques opérationnelles s'impose dès le niveau secondaire. Plusieurs experts de ces questions soutiennent effectivement qu'il serait possible de concentrer un tel enseignement " professionnel " de la science au cégep et à l'université et d'orienter ainsi l'enseignement des sciences aux niveaux primaire et secondaire vers l'acquisition d'une bonne CST par l'ensemble de la clientèle. À l'inverse, certains milieux demandent plutôt qu'on prépare encore mieux, dès le secondaire, les élèves qui se présenteront au cégep dans les concentrations scientifiques.

Parmi les objectifs du système d'éducation, on en trouve évidemment un certain nombre qui contribuent directement à l'acquisition d'une bonne CST. S'il est probablement souhaitable d'accroître encore l'importance de ces objectifs, il faut évidemment reconnaître qu'une telle initiative devrait être considérée à l'intérieur d'une réflexion beaucoup plus globale portant sur l'ensemble des programmes d'éducation. Il y aurait sans doute lieu d'analyser une éventuelle réforme du curriculum aux niveaux primaire et secondaire sous l'angle de la promotion de la CST qui pourrait trouver sa place à côté des objectifs plus spécifiques liés à l'acquisition de compétences formelles en matière de science et technologie.

Ici comme ailleurs, le système scolaire fait actuellement l'objet d'une réévaluation globale et les artisans du monde de l'éducation travaillent activement à adapter leur offre de services aux nouvelles réalités sociales. Il s'agit évidemment là d'une entreprise aussi complexe que délicate. Malheureusement, sans préjuger de l'avenir, on ne peut que constater pour l'instant que les sciences et les technologies occupent dans la formation scolaire une place qui va en diminuant. La réforme des programmes qui est actuellement envisagée au MEQ prévoit même que l'enseignement des sciences et de la technologie serait encore amputé d'un bon nombre d'heures. Si cette érosion était véritablement compensée par un effort d'enseignement équivalent en matière de CST, on aurait peut-être lieu de moins s'inquiéter. Ce n'est malheureusement pas le cas car l'acquisition de la CST en milieu scolaire repose encore presque exclusivement sur les cours de science.

Au-delà de l'objectif spécifique de produire plus de diplômés en sciences, il faut reconnaître que les programmes d'enseignement actuels ne réussissent pas, non plus, à transmettre une bonne CST de base comme complément de formation à l'ensemble des diplômés du réseau scolaire. Plus de la moitié des citoyens sont encore incapable de répondre correctement aux questions scientifiques les plus élémentaires ñ par exemple, combien faut-il de temps à la Terre pour faire une révolution complète autour du Soleil ? (un an) ou un antibiotique peut-il éliminer un virus? (non). Il serait donc nécessaire d'accroître au moins la place réservée aux éléments de base de la CST dans l'enseignement primaire et secondaire.

À l'heure où les ressources et le temps consacrés à l'enseignement scientifique et technique dans les écoles évoluent plutôt à la baisse, il est cependant difficile de voir comment on pourrait à la fois améliorer le niveau de CST de l'ensemble des diplômés tout en augmentant le nombre de diplômés qui choisiront d'acquérir une formation scientifique professionnelle. La marge de manúuvre du réseau scolaire est effectivement très étroite, compte tenu de ses ressources limitées et du choix qu'on y fait de donner priorité à d'autres domaines de formation. La formation scientifique des enseignants généralistes a, d'autre part, souvent été décrite comme insuffisante, comme l'est probablement aussi le niveau général de CST de la plupart de ceux-ci.
Il est d'autre part évident qu'un bon nombre de professeurs ont une véritable passion pour les matières scientifiques et une parfaite maîtrise de leur domaine pédagogique. Ce sont d'ailleurs eux qui, en plus de donner un enseignement de première qualité, deviennent ensuite les principaux animateurs des clubs de sciences et les organisateurs des expo-sciences locales. Ces enseignants dynamiques constituent donc les principaux agents de promotion de la CST en milieu scolaire.

On remarque aussi que le milieu de l'enseignement utilise de plus en plus des outils et du matériel de vulgarisation destinés au grand public: émissions de télévision, matériel de vulgarisation, musées de science, etc. Ceci est particulièrement évident pour les musées de sciences ou les centres d'interprétation scientifiques ou technologiques dont le contenu muséographique ainsi que les programmes d'animation sont souvent ajustés pour répondre étroitement aux objectifs scolaires qui correspondent aux thématiques abordées dans ces institutions. De la même façon, le milieu de la recherche et développement et le secteur industriel technologique apportent une certaine contribution au monde de l'enseignement par des programmes de visites, de conférences et d'animation de toutes sortes.

3.1.2. Le loisir scientifique en milieu scolaire

Le loisir scientifique et les autres activités para-scolaires de nature scientifique et technique constituent d'excellents moyens de compléter la formation scolaire tout en offrant aux élèves et aux étudiants qui y participent l'occasion d'élargir leur CST. Pour ceux qui s'y adonnent, ces activités constituent la porte d'entrée d'une nouvelle façon d'aborder la science et la technologie et deviennent parfois l'étincelle qui les attire vers des carrières scientifiques et techniques. Ces activités deviennent ainsi un catalyseur de développement scientifique pour ceux qui se sont déjà orientés vers les sciences et qui pourraient choisir d'y faire carrière. Les clubs de sciences, les expo-sciences, la Quinzaine des sciences, le concours " Science, on tourne! ", les concours de mathématiques, de physique et de chimie, deviennent alors autant d'activités qui contribuent à asseoir sur des bases plus solides la CST des jeunes qui s'y adonnent. Considérées à l'échelle de l'ensemble de la population scolaire, ces activités restent cependant encore relativement marginales et ont un impact global plutôt limité.

3.1.3. Les expo-sciences

Les expo-sciences résultent de la collaboration du monde de l'enseignement, des Conseils du loisir scientifique (CLS) régionaux et du Conseil de développement du loisir scientifique (CDLS) qui en coordonne les activités. Chaque année, ces événements réunissent un total d'environ 11 000 participants dans les différentes régions du Québec. Les lauréats des meilleurs projets de chaque région participent ensuite à l'Expo-sciences panquébécoise, puis à l'Expo-sciences pancanadienne et enfin, toujours selon le mérite, à l'Expo-sciences internationale.

Le CDLS fonctionne depuis plus de 25 ans et voit à l'harmonisation des programmes du réseau québécois de loisir scientifique. Il s'appuie pour ce faire sur un réseau de neuf bureaux régionaux, les conseils du loisir scientifique (CLS), qui organisent des expo-sciences régionales où des élèves et étudiants âgés de 12 à 20 ans présentent leurs expériences ou leurs réalisations au grand public. Le CDLS et la Fédération des cégeps soutiennent également des clubs de sciences dans tout le Québec via le programme Fous de la science qui a été lancé à la fin de 1993 afin surtout de promouvoir l'intérêt pour les sciences chez les adolescents. Il offre entre autres une trousse d'information contenant un guide pour les animateurs de clubs et des cahiers d'activités thématiques. Ce programme connaît beaucoup de succès dans les écoles du Québec. Dans le même esprit, le programme Science, on tourne!, destiné aux étudiants des cégeps, prend la forme d'un défi technologique que les étudiants doivent relever de la façon la plus originale et la plus efficace possible.

Parmi les autres activités soutenues par le CDLS, notons l'animation du Club des débrouillards via une gamme variée d'activités d'éveil à la science adaptées au niveau élémentaire (4 à 12 ans), dont des animations volantes, des ateliers, des laboratoires, des camps de jour, la Journée national des débrouillards, etc.

3.2. Une école à deux cultures

On doit évidemment espérer que notre système d'enseignement réussira à attirer plus de jeunes vers des carrières scientifiques et techniques. Les actions qui devraient être prises en ce sens relèvent cependant nettement des objectifs généraux d'une politique scientifique d'ensemble et doivent s'inscrire également dans le cadre d'une réflexion plus large sur les attentes de la société face à son système d'enseignement.

En ce qui a trait à la CST, ce sont les acquis culturels de l'ensemble des diplômés du système scolaire qui doivent surtout nous préoccuper. En effet, même si l'on réussissait à accroître radicalement le nombre de diplômés en sciences, ce qui constituerait déjà un exploit, on n'aurait accompli là que relativement peu si le reste de la clientèle scolaire ñ et donc de la population future ñ continuait toujours à ignorer ou à méconnaître les éléments fondamentaux de la culture et de la pensée scientifique et seraient incapables d'en utiliser les produits. Il faut donc surtout éviter de faire du loisir scientifique et des autres activités liées à l'acquisition d'une bonne CST un domaine réservé aux seuls étudiants en sciences ou à ceux qui s'intéressent tout particulièrement à ce domaine. Une telle disparité porte déjà en elle le clivage culturel qui subsistera immanquablement dans la société entre ceux qui maîtrisent la culture, la pensée et les outils scientifiques et les autres auxquels ces notions échappent plus ou moins complètement. On doit à cet égard se préoccuper tout particulièrement des jeunes filles qui, même si elles réussissent habituellement très bien en classe, ont généralement tendance à se désintéresser des sciences au secondaire.

Si l'objectif d'augmenter le nombre d'élève qui choisissent d'acquérir une formation scientifique et technique reste important, cet objectif ne doit finalement pas occulter celui qui consiste à donner une bonne CST de base à l'ensemble des usagers du système d'éducation et qui est certainement tout aussi important. Il se pourrait même que ce soit en donnant plus de place à l'acquisition d'une bonne CST de base dans l'ensemble de la population scolaire qu'on réussisse finalement à attirer une plus grande proportion d'étudiants et d'étudiantes vers les spécialités scientifiques.

4. Le milieu de la pratique scientifique et technique

La troisième dimension de la CST sur laquelle nous nous penchons est celle qui s'inscrit à l'intérieur même d'une pratique scientifique et technique et du rayonnement de cette pratique vers le reste de la société. Dans ce domaine, les activités de promotion et de diffusion de la CST se définissent selon les paramètres suivants:

  • Clientèle : secteur professionnel, monde scolaire, grand public
  • Cadre : varié (formel ou non-formel)
  • Médiateurs : scientifiques, enseignants et professionnels de la communication
  • Vecteurs : écoles, laboratoires, industries, musées, centres d'interprétation, etc.
  • Discours : applications de la ST, développement économique, transfert technologique, industries de pointe, etc.
  • Finalité : connaissance générale des applications de la science et de la technologie, formation continue, transfert technologique, formation d'une relève scientifique, connaissance du monde (économique et industriel) qui nous entoure, etc.
  • Ministère partenaire: Ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MRST)
Comme c'est le cas pour les objectifs strictement pédagogiques du système d'enseignement, la formation scientifique en soi relève davantage des objectifs généraux d'une politique scientifique que de sa stratégie plus spécifique en matière de promotion et de diffusion de la CST. Par contre, même s'il ne s'agit pas là de son objectif premier, la formation scientifique professionnelle constitue de toute évidence une composante fondamentale et essentielle de l'implantation d'une véritable CST dans l'ensemble de la société. Les activités, les réalisations et la vie même de la communauté scientifique et technologique sont en fait la matière première d'une très grande partie des activités de promotion et de diffusion de la CST dans le reste de la société.

Le lien entre le milieu industriel et l'école constitue un autre aspect essentiel de la construction d'une bonne CST. En effet, c'est dans ses applications concrètes que la science et la technologie définissent le plus radicalement le cadre social dans lequel nous vivons. Autant les élèves et les étudiants ont besoin de comprendre et de connaître le monde des applications de la science et de la technologie, autant les acteurs économiques ont-ils avantage à faire connaître leurs activités auprès de ce même segment de la population. Outre les avantages directs qui découlent de cette ouverture en termes de promotion des carrières scientifiques et de constitution d'une relève professionnelle de qualité, c'est la société dans son ensemble qui en est bénéficiaire par une meilleure compréhension des enjeux fondamentaux auxquels fait face la société moderne.

Ainsi, il est essentiel aux entreprises technologiques et aux institutions de recherche scientifique d'entrer directement en contact avec le grand public afin de faire connaître leurs activités et surtout d'amener la population à comprendre le rôle de ces acteurs dans la société d'aujourd'hui. Cette connaissance constitue une des composantes essentielles de la CST dans un monde où la technologie est à la fois une force de développement économique et de structuration sociale. De la même façon, il est nécessaire pour les membres de la communauté scientifique d'avoir une bonne compréhension des réalités sociales dans lesquelles ils évoluent. Ils devraient ainsi être mieux en mesure de situer leur pratique professionnelle dans un cadre scientifique et social plus global grâce à une bonne CST de haut niveau. Malheureusement, à l'heure de l'hyperspécialisation, les scientifiques eux-mêmes ne bénéficient pas toujours d'une bonne culture générale en matière scientifique. Il est donc important de promouvoir également la CST à l'intérieur même de la communauté scientifique.

4.1. Les vecteurs de diffusion

Les chercheurs et les scientifiques doivent être eux-mêmes les premiers médiateurs de communication de la communauté scientifique vers le reste de la société. Ils le font de temps à autre en visitant les écoles ou encore en accueillant le public dans leurs locaux et en prenant la parole dans les médias et sur différentes tribunes publiques.

La communauté scientifique peut également compter sur le travail de communicateurs scientifiques professionnels et sur l'action d'organisations qui ont spécifiquement pour rôle de créer des ouvertures entre le monde de la pratique scientifique et technologique et le milieu scolaire ou le grand public.

4.2. L'information scientifique et technique

Il se produit au Québec un bon nombre de publications scientifiques et techniques qui jouent un rôle essentiel dans la vie de la communauté scientifique. Ces publications spécialisées servent aussi souvent de sources aux journalistes scientifiques, aux vulgarisateurs et aux animateurs de la CST et sont donc doublement utiles.

L'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (Acfas), publie également la revue Interface, une publication bimestrielle d'information scientifique et technique qui est distribué aux 7 000 membres qui composent l'association. Cette publication est donc d'abord et avant tout orientée vers la communauté scientifique et technique et n'a pas pour objectif premier de rejoindre le grand public ou encore le milieu scolaire. Il ne s'agit toutefois pas d'une publication savante au sens formel du terme mais plutôt d'un magazine multidisciplinaire conçu pour animer la communauté scientifique et jeter des ponts entre ses différents domaines de spécialité. Il s'agit donc d'un outil de consolidation de la CST mais dont la fonction est intrinsèque à la communauté scientifique. Le contenu rédactionnel du magazine Interface est surtout produit par des chercheurs qui présentent leurs domaines spécifiques de recherche. On utilise également des journalistes professionnels pour l'édition des textes et pour la rédaction d'entrevues avec des chercheurs, de capsules brèves et de grands dossiers plus généraux. La publicité occupe environ 20% des pages du magazine Interface et contribue modestement à son budget de réalisation.

Consciente de l'importance d'une bonne maîtrise de la communication scientifique chez ses membres, l'Acfas organise depuis quelques années déjà un Concours de vulgarisation scientifique à l'intention de ceux-ci. L'Acfas a également produit un guide de vulgarisation scientifique en vue d'aider ses membres à développer leur habileté en matière de communication vers le grand public.

Il est effectivement important d'aider les scientifiques et améliorer leurs qualités de communicateurs et de les encourager à participer spontanément à toutes les tribunes qui leur sont offertes. L'acquisition de qualités de communicateur fait maintenant partie des programmes de formation en science et génie de la plupart des universités. La communauté scientifique québécoise compte d'ailleurs d'excellents vulgarisateurs qui sont très à l'aise dans les médias et qui maîtrisent parfaitement l'art de la communication de masse. Ceux-ci sont cependant peu nombreux et n'appliquent généralement leur talent qu'à leur seule spécialité. Si les chercheurs et les enseignants peuvent occasionnellement se consacrer à des activités de vulgarisation, l'expérience a montré que leurs contributions sont toujours épisodiques et soumises aux aléas de leurs activités professionnelles. Il faut d'autre part reconnaître que la communication scientifique et la vulgarisation demandent des habiletés que tous les scientifiques n'ont pas nécessairement et l'occasion de cultiver et que l'approche même de la vulgarisation va même souvent à contre-courant de la méthodologie de la communication scientifique formelle.

4.3. La promotion de la science et de la technologie

La Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST) a pour objectifs d'intéresser le public à la réalité scientifique, de favoriser les liens entre les jeunes et les professionnels de la science et de la technologie, d'encourager l'esprit de création et d'innovation et d'offrir des outils d'information et de formation axés sur la culture scientifique. Dans la poursuite de ces objectifs, la SPST a progressivement développé un réseau de partenaires constitué de plus de 400 bénévoles et de 300 entreprises et organismes actifs dans le domaine scientifique et industriel.

La SPST organise entre autres la Quinzaine des sciences qui se déroule dans l'ensemble du Québec. Mis en place il y a une vingtaine d'années, cet événement annuel se déroule aux quatre coins du Québec et permet de découvrir les interactions entre les sciences, les techniques, les industries et les entreprises. La Quinzaine des sciences est également l'occasion d'opérations portes ouvertes qui permettent au grand public de visiter les laboratoires des entreprises, universités et centres de recherche de même que les sites de production des entreprises de haute technologie et surtout, d'entrer en contact avec leur personnel scientifique et technique. Une multitude d'activités, (rencontres, conférences, expositions thématiques, projections de films, etc.) s'ajoutent aux opérations portes ouvertes pour constituer un programme d'activité très complet qui attire chaque année plusieurs centaines de milliers de participants.

Dans le cadre de son programme Passeport-Industries, la SPST vise également a créer des liens stables entre les industries et les écoles. Elle entend ainsi favoriser la création d'une relève scientifique en regroupant des activités de formation et d'innovation pour les industriels, les scientifiques, les enseignants et les élèves. C'est dans ce cadre que la SPST a réalisé, en octobre 1998, un symposium international consacré aux liens industries-écoles.

Dans le même esprit, le programme des Innovateurs à l'école de la SPST propose depuis cinq ans des rencontres entre des spécialistes de la science et de la technologie et des jeunes élèves du primaire et du secondaire. On vise ainsi à intéresser les jeunes aux sciences, aux technologies et aux carrières qui existent dans ces secteurs. Le programme s'appuie sur un réseau de plus de 470 scientifiques, technologues et ingénieurs qui consacrent bénévolement près d'une dizaine d'heures par année pour visiter les écoles et participer à des ateliers sur leur domaine d'expertise. Pour les jeunes, ces rencontrent constituent souvent un premier contact avec l'univers de la science. Pour les scientifiques, c'est l'occasion de prendre un peu de recul face à leur travail pour l'aborder dans un cadre social beaucoup plus large.

La SPST offre aussi, via son site Internet et sur support papier, du matériel éducatif scientifique et technologique conçu pour le milieu scolaire, comme le catalogue Science pour tous. On y envisage également de créer un guichet en vue de mettre des ressources spécialisées à la disposition de tous ceux qui interviennent dans le domaine scolaire.

5. Le support financier de la promotion et de la diffusion de la CST

Un nombre relativement limité d'intervenants supportent financièrement les activités de promotion et de diffusion de CST au Québec. Outre le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal est également un intervenant majeur sur le plan financier puisqu'elle doit supporter le déficit d'exploitation de ses quatre équipements scientifiques (Jardin botanique, Biodôme, Insectarium et Planétarium) qui totalise plus de 35 millions de dollars par année.

Si l'on excepte les budgets d'exploitation des grands équipements de vulgarisation scientifiques, l'essentiel du financement des activités de promotion et de diffusion de la CST provient en fait du gouvernement du Québec via des programmes que se partagent deux ministères: le MCC et le MRST. Si le nouveau MRST a récemment hérité des programmes de l'ancien Ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (MICST) consacrés à la CST, plusieurs des activités autrefois supportées par le MICST dans ce domaine avaient déjà été confiées au MCC et sont toujours prises en charge par ce ministère.

Les différentes stratégies de promotion de la CST adoptées au fil des ans par le gouvernement du Québec se sont essentiellement limitées à la première dimension de la culture scientifique et technique, qui repose d'abord et avant tout sur la diffusion de connaissances scientifiques et technologiques dans la population en général. C'est sans doute pour cette raison que le dossier de la promotion de la CST a été confié à partir de 1996 au MCC. En effet, le MCC y trouve un intérêt direct relativement à sa mission globale de promotion de la culture dont la CST est vue, dans sa dimension humaniste, comme une composante à part entière. À l'inverse, les anciens ministères tuteurs de ces programmes (ministères tour à tour responsables de l'industrie, du commerce, de la science, de la technologie et de l'enseignement supérieur) n'y trouvaient qu'un intérêt indirect, la CST étant alors vu comme un outil disponible parmi d'autres pour l'atteinte de leurs objectifs propres.

Cette insertion de la CST dans la culture générale est logique. En effet, les sciences et la technologie ont pris une place de plus en plus grande dans nos sociétés modernes. Elles définissent aujourd'hui en grande partie nos modes de vie et nos valeurs et appartiennent de ce fait en propre à notre culture. C'est dans cette perspective que le MCC a eu pour mission de favoriser le développement de la culture scientifique et technique et de faciliter ainsi son intégration dans la culture générale de chacun. Cette perspective a amené le MCC à définir la CST " comme la manifestation des diverses formes de sensibilité, d'intérêt et de curiosité qu'expriment un individu ou l'ensemble d'une société pour les questions relevant du domaine des sciences et de la technologie. " On ajoute ensuite que: " La culture scientifique et technique permet à la fois de comprendre les enjeux socio-économiques reliés à ces domaines et de susciter une volonté de contribuer activement au progrès scientifique et technologique. Elle assure aussi le développement d'une vision critique des sciences et de la technologie, et d'une capacité d'en évaluer les répercussions aux plans économique, social et culturel. Encourager l'acquisition d'une solide culture scientifique et technique, c'est donc se donner les moyens d'exercer une plus large maîtrise des sciences et de la technologie dans la société. "

Comme on le voit, cette approche de la science et de la technologie est relativement défensive puisqu'on insiste d'abord sur la nécessité de maîtriser ces phénomènes et d'en évaluer de façon critique les répercussions sur l'ensemble de la vie sociale. Le " domaine de la science et de la technologie " est également présenté comme un ensemble autonome que l'on observe de l'extérieur, à la manière d'un organisme fascinant dont la réalité intime reste relativement occulte.

Pour mener à bien son action en culture scientifique et technique, le MCC s'est donc donné une double mission de diffusion des connaissances et de sensibilisation du public aux réalités de la science et de la technologie. Cette approche est d'ailleurs consistante avec celle que le MCC adopte pour les autres volets de la vie culturelle dont il a la charge. Ainsi, que ce soit pour les arts d'interprétation ou les autres types d'activité artistique ou littéraire, l'angle avec lequel le MCC s'adresse au public a pour objectif essentiel de favoriser la diffusion et l'accessibilité des úuvres artistiques ou littéraires. Dans le même esprit, l'approche " culturelle " de la CST privilégie d'abord la diffusion de connaissances relatives aux données scientifiques de base et aux résultats de la pratique scientifique plutôt que l'appropriation de compétences fonctionnelles en sciences et technologies. Il est cependant évident, qu'à travers l'acquisition de ces connaissances ponctuelles, il y a également des aspects de la démarche scientifique qui sont pris en compte et assimilés par le public ainsi qu'une certaine maîtrise des outils technologiques.

5.1. L'action du MCC

En recevant la responsabilité du dossier de CST, au printemps 1996, le MCC a également pris charge d'une partie seulement des programmes et des ressources qui étaient spécifiquement dédiés à ce mandant au MICT. Aucun nouveau programme n'a été mis en place depuis et les ressources consacrées à la diffusion et à la promotion de la CST au MCC ont même considérablement diminué au cours de la tenure de ce ministère. C'est ainsi que d'une enveloppe budgétaire totale d'environ 3 millions de dollars qui avait été transférée du MICT, il n'en reste plus qu'environ 1,8 million qui sont toujours affectés à la CST. De la même façon, des cinq postes permanents affectés à la gestion de ces dossiers qui avaient été transférés au MCC, il n'en subsiste qu'un seul trois ans plus tard. Il ne semble donc pas que le MCC ait manifesté une volonté de promouvoir tout particulièrement ce secteur ou même qu'il ait démontré un grand intérêt pour le dossier de la CST. Il faut effectivement reconnaître que la place faite à la CST au MCC est encore très modeste et même en décroissance.

5.1.1. Étalez votre science

À travers ses différents programmes, le MCC soutient des projets qui font également appel à l'appui du milieu et qui reposent sur des moyens éprouvés tels la muséologie, le loisir, les activités d'animation, les revues et les livres, sans oublier la télévision et le multimédia.

La majeure partie des sommes investies par le MCC dans le domaine de la CST passe par le programme de soutien Étalez votre science qui dispose actuellement d'une enveloppe globale d'environ 1 325 000 $.
Ce programme comprend les quatre volets suivants:

  • Audiovisuel et multimédia, productions portant principalement sur la vulgarisation de thèmes scientifiques et/ou technologiques (film, vidéo, CD-ROM, site Internet, etc.) ;
  • Imprimés et ouvrages de vulgarisation des sciences ou des technologies ;
  • Expositions et matériel d'animation à caractère scientifique et technique (création, circulation et mise en valeur) ;
  • Stages hors Québec en rédaction et en muséologie scientifique.
Par ce programme, le ministère veut inciter les organismes à:
  • Vulgariser les connaissances fondamentales en sciences et en technologie ;
  • Vulgariser les travaux des chercheurs en sciences et en technologie ;
  • Transmettre des connaissances qui font comprendre les modes de construction des sciences et des technologies (perspective historique, processus critique, méthode et théorie scientifiques, représentations de la science, etc.) ;
  • Faire connaître les développements, les applications pratiques et les impacts des sciences et des technologies ;
  • Démythifier et promouvoir les sciences et les technologies, en particulier auprès des jeunes et des femmes.
Les organismes admissibles sont les suivants:
  • Les organismes privés à but non lucratif (OBNL) ;
  • Les établissements d'enseignement postsecondaire et les centres et instituts de recherche qui relèvent d'eux ;
  • Les ordres professionnels et les syndicats ;
  • Les organismes privés à but lucratif, qui sont admissibles dans le volet Audiovisuel et multimédia, mais uniquement en ce qui concerne les projets de films ou de vidéos destinés à la télévision.
Les projets suivants sont considérés comme prioritaires:
  • Les projets enrichis des perspectives de plusieurs disciplines ;
  • Les projets s'adressant aux jeunes d'âge scolaire ;
  • Les projets dont le sujet rejoint directement les jeunes filles et les femmes.
De façon générale, le soutien accordé par ce programme vise à favoriser la création de produits conçus à des fins de développement de la CST. Au fil des ans, de nombreux produits de CST ont été réalisés dans le cadre de ce programme: guides d'animation, trousses pédagogiques, films, revues, jeux, CD-ROM, etc. Ces produits portent sur des thèmes aussi variés que l'exploration spatiale, l'efficacité énergétique, les sciences naturelles, l'archéologie préhistorique, les bactéries, les araignées, les technologies bioniques, l'anthropologie, la paléontologie, etc.

Pour ce qui est spécifiquement des projets de production audiovisuelle, il n'y a qu'une enveloppe totale d'environ 250 000 $, à l'intérieur du programme Étalez votre science qui donne généralement une aide de quelques dizaines de milliers de dollars par projet, ce qui est nettement insuffisant pour constituer une aide significative.

5.1.2. Le soutien aux organismes de diffusion

En plus du programme Étalez votre science, qui est d'abord et avant tout destiné à soutenir des projets de réalisation de produits de communication, le MCC consacre environ 480 000 $ au soutien des principaux intervenants et événements majeurs en CST: l'Agence Science-Presse, l'ACS, Québec Science, les Débrouillards, les Expo-sciences panquébécoise et pancanadienne, etc. Pour beaucoup de ces organismes, l'aide du MCC constitue une condition essentielle de survie. Le fonctionnement de certains organismes comme le CDLS ou les CLS régionaux est également soutenu par le MCC, mais à partir du programme de soutien général au secteur des loisirs du MCC. L'aide au fonctionnement de ces organismes devrait cependant normalement provenir des enveloppes destinées à la CST du MCC qui supportent déjà la plupart de leurs projets d'activité ponctuelles.

5.2. L'action du MEQ

Le MEQ n'a pas ñ en dehors évidemment de ses activités formelles d'enseignement ñ de programme dédié spécifiquement à la promotion et à la diffusion de la CST. Ce sont donc d'autres ministères qui supportent les organismes qui ont des activités non formelles de CST en milieu scolaire. Par exemple, même si ses activités comme les expo-sciences et les clubs de sciences s'adressent exclusivement aux jeunes et se déroulent dans un cadre scolaire ou para-scolaire, le CDLS est supporté financièrement par le MCC. Les écoles et les Commissions scolaires y contribuent cependant indirectement en mettant leurs locaux et certains de leurs services à la disposition de ces activités.

5.3. L'action du MRST

Les activités liées à la promotion de la CST à l'intérieur même de la communauté scientifique et technique et notamment d'encouragement à la formation d'une relève pour les carrières scientifiques et technologiques relevaient autrefois du MICST et n'avaient pas été cédées au MCC en 1996. Elles font maintenant partie des attributions du nouveau MRST. Ces activités sont surtout supportées par le Programme d'amélioration des compétences en science et en technologie (PACST). Ce programme vise tout particulièrement à assurer une relève de qualité dans les entreprises et les centres de recherche en suscitant l'intérêt des jeunes pour les sciences et les nouvelles technologies et en les encourageant à y faire carrière.

Les objectifs du programme consistent donc à accroître le nombre de jeunes qui s'orientent vers ces domaines et à leur faciliter, avec la collaboration des entreprises en moyenne et haute technologie, l'acquisition d'une culture industrielle grâce à une expérience concrète en milieu de travail. Les groupes cibles privilégiés par le programme sont les organismes à but non lucratif, les associations et les entreprises privées engagées dans la promotion des carrières en science et en technologie, les établissements d'enseignement, les centres de recherche publics et privés, les organismes de développement économique ou encore les organismes subventionnaires québécois de recherche dans le cadre d'activités concertées de recherche.

Les personnes à qui le programme est destiné sont les élèves du primaire et du secondaire de même que leurs éducateurs et leurs enseignants. Le programme privilégie la rédaction et la diffusion de guides d'animation et d'ouvrages de référence qui permettent de bénéficier des expériences exemplaires de rapprochement écoles-entreprises (ex.: résolutions de problèmes industriels, défis technologiques et programmes de visites industrielles).

5.4. Science et culture Canada

Le gouvernement du Canada identifiait, en 1987, cinq grands champs d'intervention pour sa stratégie en science et en technologie. L'un de ces champs portait sur la culture scientifique. L'année suivante, le gouvernement fédéral lançait une vaste campagne de sensibilisation du public à la science et mettait en place son programme de subvention intitulé Science et culture Canada. Après douze ans, Industrie Canada vient d'abolir ce programme de subvention qui distribuait annuellement 2,5 millions de dollars à des organismes de communication ou de loisir scientifique canadiens, dont environ 600 000 $ au Québec. Avec l'abolition de ce programme, le gouvernement canadien se retire complètement du support de la CST et entend plutôt financer des infrastructures de diffusion par Internet. En même temps qu'il cessait de supporter directement les organismes autonomes actifs en CST, le gouvernement du Canada investissait cependant des montants considérables dans le futur Centre iSci du Vieux-Port de Montréal. Les ministères, organismes et institutions de recherche du gouvernement du Canada sont également très actifs et sont devenus plus visibles dans la promotion et la diffusion de la CST au Québec.

5.5. Les contributions du secteur privé

Un certain nombre de grandes entreprises québécoises supportent activement les activités de promotion et de diffusion de la CST. On compte parmi celles-ci, pour ne nommer que les principales, Hydro-Québec, Bell Canada, Nortel Networks, Merck Frosst, Pratt & Whitney Canada, Shell, etc. Dans certains cas ces entreprises fournissent aussi des employés, des locaux et du matériel en plus de leurs contributions financières et techniques. Sans tenir compte de commandites ponctuelles comme celles qui ont été accordées au Centre iSci, on peut évaluer approximative que l'ensemble des contributions annuelles de ces entreprises à des activités québécoises de CST totalisent de 1 à 2 millions de dollars.

De façon plus générale, la plupart des entreprises cherchent surtout à s'associer à des activités et des thématiques pour lesquelles elles ont un intérêt direct ou qui constituent une prolongation de leur mission première. C'est ainsi qu'elles s'impliquent relativement peu dans des activités de CST destinées au grand public. Elles préféreront soutenir des activités orientées vers le milieu scolaire, en vue de contribuer à la formation d'une relève destinée à rejoindre un jour leurs effectifs. Si elles supportent des activités destinées au grand public, ce sera en y faisant participer ses experts et en vue de faire connaître ses activités ou d'accroître sa notoriété.

La plupart de ces grandes entreprises se définissent également de plus en plus comme des entreprises mondiales et transnationales. C'est ainsi que certaines d'entre elles délaissent progressivement leurs activités traditionnelles d'aide locale à la diffusion de la CST pour les remplacer par de grands programmes que s'adressent à tous les pays où elles ont des activités commerciales et qui reposent de plus en plus sur l'utilisation d'Internet.

5.6. Un financement précaire

La diminution du support accordé à la CST par le MCC et la disparition du programme Sciences et Culture Canada laissent présager un avenir difficile pour les organismes qui sont actuellement engagés en CST, tout en limitant considérablement le démarrage de nouvelles initiatives. Cette situation inquiète sérieusement le milieu de la CST et l'a amené à tenir des États généraux de la culture scientifique et technique, le 26 septembre 1998 à Montréal. C'est à l'issue de ces états généraux que l'alliance Science pour tous a été créée.

L'alliance Science pour tous regroupe les principaux organismes québécois engagés dans la promotion de la CST. Son action part du constat que la CST est encore traitée de façon marginale dans les institutions, les médias ainsi que dans les politiques de subventions et de commandites. Elle affirme que la promotion de la CST est essentielle au développement de l'innovation, de la productivité et de la compétitivité des entreprises dans la nouvelle économie du savoir. L'alliance vise d'abord à faire reconnaître l'importance sociale de la CST. Elle veut également instituer une plate-forme de réflexion, de concertation et d'action commune afin de dialoguer avec les pouvoirs publics et les entreprises pour élaborer et mettre en úuvre une politique de promotion de la CST. Elle entend surtout faire reconnaître par tous les acteurs socio-économiques leurs responsabilités à l'égard de la CST et les inviter à dégager les ressources, tant humaines que matérielles et financières, qui sont nécessaires à son support.

S'appuyant sur le modèle du 1% réservé à l'intégration des arts à l'architecture dans les budgets de construction publique, l'alliance Science pour tous propose que 1% de l'aide publique au développement scientifique et technique et des contrats accordés aux entreprises soit réservé à la promotion de la CST auprès du grand public. Cette proposition a cependant reçu un accueil mitigé aussi bien dans les entreprises que dans les milieux gouvernementaux, compte tenu de son aspect contraignant et de sa difficulté potentielle d'application.

6. Une nouvelle stratégie de promotion et de diffusion de la CST

La mise en place d'une nouvelle politique scientifique par le gouvernement du Québec s'offre comme une occasion idéale de faire le point sur les efforts actuels de promotion et de diffusion de la CST et de jeter du même coup les bases d'une nouvelle stratégie dans ce domaine. Tout en réaffirmant les principes de base de l'action gouvernementale, cette nouvelle stratégie doit s'accompagner de la mise en place d'un soutien financier stable pour les organismes et les actions de promotion et de diffusion de la CST. Elle doit également fournir l'occasion de préciser et d'affirmer les responsabilités du MRST ainsi que celles de ses ministères partenaires en matière de CST.

6.1 Les principes de base de l'action gouvernementale

La stratégie gouvernementale de support à la CST doit s'appuyer sur les principes suivants:

  • La CST est un levier essentiel au développement social, culturel et économique de la société ;
  • La CST doit se développer dans toutes les régions du Québec et être rendue accessible à toutes les catégories de population et notamment les femmes ;
  • La nouvelle stratégie mise en place devra s'appuyer sur les intervenants actuels qui ont déjà démontré leur capacité ;
  • Des liens de concertation doivent être établis entre tous les intervenants ;
  • L'État est un partenaire qui vient en appui au dynamisme et à la créativité du milieu, sans pour autant s'y substituer.
Les trois domaines selon lesquelles nous avons départagé les enjeux liés à la CST s'offrent maintenant comme une trame de base idéale pour structurer la stratégie gouvernementale en matière de promotion et de diffusion de la CST. Ces domaines, rappelons-le, sont les suivantes:
  • Le grand public
  • Le monde scolaire
  • Le milieu de la pratique scientifique et technique
Chacun de ces trois domaines correspond de façon prioritaire au champ de responsabilité d'un ministère particulier, à savoir le MCC pour la culture générale et le grand public, le MEQ pour la formation académique en milieu scolaire et le MRST pour la politique scientifique et technique et la coordination de l'ensemble de la stratégie scientifique et technique du gouvernement du Québec. Chacune de ces dimensions vise également en propre une clientèle spécifique qui en est le principal bénéficiaire et dont les besoins doivent définir les actions entreprises dans chaque domaine. C'est ainsi que les " bénéficiaires " dont les besoins doivent déterminer l'action de chaque ministère sont: le grand public pour le MCC, les élèves et les étudiants pour le MEQ et la communauté scientifique et technique (actuelle et future) pour le MRST.

Tout en identifiant ces domaines spécifiques de la CST, il ne faut évidemment pas négliger l'interdépendance qui existe nécessairement entre ceux-ci. C'est ainsi que la promotion de la CST dans l'ensemble de la population sert d'appui et de support aux programmes d'enseignement et constitue un encouragement au choix de formation et de carrière en science et technologie. Inversement, un enseignement scolaire complet qui donne une bonne place aux compétences scientifiques de base est essentiel à la formation de citoyens possédant une bonne CST. De la même façon, les activités de R&D et l'activité technologique en général servent également de source d'information pour la diffusion de la CST. Ce secteur bénéficie d'autre part de l'apport de compétences issues du monde de l'éducation et des informations scientifiques et technologiques plus générales qui sont diffusées à l'intention du grand public ainsi que des dispositions favorables à la science et à la technologie qui y existent.

N'oublions pas, par exemple, que les enseignants et les chercheurs sont eux-mêmes de grands consommateurs de matériel de vulgarisation destiné au grand public (magazines, télévision, journaux, etc.). S'ils n'y trouvent probablement pas de nouvelles connaissances relatives à leurs domaines spécifiques de connaissances, ils y puisent sans doute des informations qui contribuent à leur donner une CST plus large et plus solide, ce qui leur est fort utile dans leur vie professionnelle.

6.2. Restructurer le support gouvernemental de la CST

On l'a vu précédemment, la promotion et la diffusion de la CST est un projet à composantes multiples qui repose sur les contributions de plusieurs partenaires. Pour réaliser ce projet, il faut que chaque partenaire travaille à l'atteinte de ses objectifs propres tout en se situant à l'intérieur d'une action concertée plus globale et cohérente. Ainsi donc, une bonne stratégie de promotion et de diffusion de la CST doit englober plusieurs secteurs d'activité et doit reposer sur une mobilisation de plusieurs ministères et organismes gouvernementaux.

Dans un tel cadre, le MCC doit conserver sa mission culturelle axée vers le grand public, le MEQ doit assumer ses responsabilités de diffusion de la CST en milieu scolaire et le MRST doit continuer de supporter la communauté scientifique et technique tout en assumant la coordination des efforts de tous. Tout en se préoccupant d'abord d'atteindre ses objectifs sectoriels, chacun des ministères responsables doit également, selon ce modèle, contribuer à la promotion et à la diffusion de la CST dans son principal domaine d'activité et dans l'ensemble de la société québécoise.

Il ne s'agit donc pas de choisir ou de donner priorité à un vecteur privilégié de promotion et de diffusion de la CST, mais plutôt de s'assurer que chaque vecteur susceptible de contribuer à cet objectif joue pleinement son rôle propre, pour le bénéfice de tous. Il serait cependant essentiel que chaque ministère prenne conscience de ses responsabilités en matière de CST et exprime clairement ses objectifs en la matière tout en identifiant les ressources qu'il entend y consacrer dans l'avenir. Le MRST devrait également participer à cet exercice de planification stratégique.
6.2.1. Le rôle du MRST

Le MRST a pour mission première la promotion de la recherche, de la science, de la technologie et de l'innovation en favorisant la synergie des différents acteurs qui interviennent dans ces domaines. Cette mission se concrétise entre autres dans l'élaboration et la mise en ouvre d'une politique de la recherche, de la science, de la technologie et de l'innovation, qui repose sur une collaboration avec les partenaires des milieux universitaire, industriel et gouvernemental.

À l'intérieur de ses responsabilités relatives à l'activité scientifique et technologique proprement dite, le MRST doit également inclure le développement et la promotion de la CST. Ainsi, le MRST fait d'abord la promotion de la CST parce que celle-ci est essentielle à l'atteinte de sa mission première de supporter et de développer l'activité scientifique et technologique et d'assurer, entre autres, le renouvellement de ses effectifs. Dans cette mission dite verticale, le MRST doit s'appliquer à répondre aux besoins spécifiques de la communauté scientifique et technique en matière de CST.

Les responsabilités du MRST ne s'arrêtent cependant pas à cette première dimension verticale de sa mission. Le MRST doit aussi assurer la cohérence de l'action gouvernementale en matière de promotion et de diffusion de la CST en tant que composante essentielle de la politique scientifique et technique qu'il a mandat de mettre en place. Le MRST doit donc assumer pleinement une mission horizontale de concertation et de coordination des actions gouvernementales, en concertation avec les autres ministères qui doivent quant à eux continuer de s'acquitter de leurs responsabilités sectorielles toujours essentielles en ces matières.

Le MRST doit donc, tout comme il le fait pour l'activité scientifique et technique proprement dite, concerter l'élaboration et coordonner la mise en úuvre d'une stratégie gouvernementale de promotion et de diffusion de la CST relativement à l'ensemble des responsabilités de l'État en ce domaine. Il doit également coordonner la mise en place d'un cadre de gestion de CST dans les ministères qui sont plus particulièrement actifs dans ce domaine (MCC et MEQ).

De leur côté, les ministères à vocations sectorielles doivent également favoriser la mise en place d'un partenariat dans l'orientation et l'exécution de leurs responsabilités respectives en matière de CST. Outre le MCC et le MEQ, de nombreux ministères, organismes et niveaux de gouvernement sont engagés dans des activités de soutien et de réalisation en CST. C'est notamment le cas du ministère du Tourisme qui mise de plus en plus sur les institutions culturelles et éducatives (musées, centres d'interprétation, circuits de découverte, etc.) comme produit d'appel touristique dans plusieurs régions du Québec. C'est le cas du ministère de la Santé et des Services sociaux qui aurait tout à gagner d'une meilleure connaissance des réalités médicales, biologiques et de santé publique dans la population. C'est aussi le cas des ministères chargés de l'environnement ou de l'agriculture qui font également face à des enjeux très importants dont la dimension scientifique et technique est indéniable. Le débat qui entoure l'utilisation du génie génétique, aussi bien en agriculture que dans la gestion des ressources environnementales, illustre aussi bien l'ampleur des enjeux en cause qui les lacunes dans les connaissances de base de la population à cet égard. Or, ces ministères n'ont pas véritablement de stratégie en matière de CST et devraient donc participer activement à l'initiative du MRST en ce domaine.

Il est donc essentiel de miser sur une synergie entre les actions de tous les partenaires actifs en CST: les différents ministères et paliers de gouvernement, l'école, les milieux industriels, les musées, les organismes sans but lucratif, le loisir scientifique, l'éducation citoyenne, les groupes environnementaux, le tourisme, l'édition, les médias, le bénévolat, etc. C'est aussi le cas de municipalités qui devraient accorder plus de place aux sciences et aux technologies dans leurs programmes d'activités culturelles ou encore d'organismes ou d'activités qui sont du ressort de grandes villes comme Montréal ou du gouvernement fédéral ou d'organismes du milieu, d'établissements de recherche spécialisés ou d'entreprises privées qui ont leurs propres activités en CST.

Compte tenu de cette multiplicité d'intervenants, il serait très utile, voire essentiel, de disposer d'un cadre de coordination et de promotion intégrée de la CST qui permettrait à chacun des partenaires, des ministères et à l'ensemble du gouvernement de planifier, d'évaluer et d'utiliser au mieux les ressources investies dans ce secteur. Or un tel cadre n'existe pas actuellement. Pour palier cette lacune, une première option consisterait à mettre en place un lieu de concertation entre les différents ministères impliqués dans la promotion de la CST ainsi que leurs partenaires.
Cet exercice de concertation relèverait du MRST et aurait notamment pour objectif de:

  • orienter la stratégie du MRST relativement aux questions de CST ;
  • coordonner les actions des autres ministères et organismes en cette matière, assurer la cohérence de ces actions et en assure le suivi ;
  • identifier des objectifs mesurables en matière de CST et évaluer périodiquement le niveau d'atteinte de ces objectifs.
Au MRST même, il faudrait que le dossier de la CST soit confié à une personne, directeur ou sous-ministre, dont ce serait le mandat unique. Cette personne chapeauterait toutes les activités du ministère dans ce domaine et prendrait charge des effectifs, budgets et organismes impliqués dans le domaine de la CST et qui relèvent déjà du MRST ainsi que de tout autre mandat qui pourrait y être rattaché dans l'avenir. Si un fonds spécial d'aide à la promotion de la CST devait également être créé, c'est également sous sa responsabilité administrative qu'il serait placé.

6.2.2. Le rôle du MCC

Il ne saurait être question, pour l'instant, de remettre en cause la responsabilité que le MCC assume en matière de CST. En effet, comme la CST fait de toute évidence partie intégrante du tissu culturel de la société d'aujourd'hui, il est normal que le MCC assume des responsabilités dans ce domaine.

Il va de soi que les activités du MCC doivent cependant s'orienter très nettement vers la promotion et la diffusion de la CST dans le grand public ou qui utilisent les outils de diffusion de masse. Ce champ d'intervention englobe les activités de journalisme, de vulgarisation et de communication scientifiques, les musées et centres de science ainsi que les événements spéciaux destinés au grand public.

Il est à cet égard essentiel de reconnaître que toutes ces activités de nature culturelle, qu'il s'agisse de communication, de vulgarisation ou d'animation, doivent d'abord partir des grandes préoccupations du public, leur véritable bénéficiaire et commanditaire. Tout en se rapprochant le plus possible du schéma de fonctionnement de l'esprit scientifique, tous les agents de CST actifs dans ce volet de la CST doivent en effet arrimer leurs discours avec les interrogations des non-spécialistes et partir de celles-ci pour mettre en valeur les apports de l'activité et de la pensée scientifiques et technologiques. Cette notion de clientèle est fondamentale. Ce sont en effet les préoccupations, attentes et intérêts de la population qui doivent définir les actions menées sous l'égide du MCC et non ceux de la communauté scientifique ou du secteur de l'industrie technologique.
Le support gouvernemental en ce domaine doit alors s'inspirer de celui qui existe dans les domaines de la création artistique et des médias. Tout en respectant les choix éditoriaux et la liberté d'expression des instituions et médias supportés, le MCC doit d'autre part s'assurer de la qualité et de la rigueur des éléments scientifiques qui font l'objet de son support financier. Ceci est tout particulièrement important pour les médias de masse dont la crédibilité tient autant à la liberté éditoriale qu'à la rigueur scientifique.

Les activités dites de loisir scientifique, dans la mesure où elles s'adressent à la population en général doivent également faire partie des attributions et responsabilités du MCC. Par contre, toutes les activités qui s'adressent de façon prioritaire au milieu de l'éducation ou qui sont au service spécifique de la communauté scientifique devraient d'autre part être supportées par les ministères correspondants, à savoir le MEQ et le MRST.

6.2.3. Le rôle du MEQ

Le premier moyen de diffusion de la CST, on est trop souvent porté à l'oublier, c'est l'école. L'école est le premier lieu où l'enfant est mis en contact avec la science et la pensée scientifique. La qualité de l'enseignement constitue donc un élément majeur de la diffusion de la CST. C'est ainsi qu'il faut, d'abord et avant tout, assurer un enseignement des sciences qui soit stimulant et intéressant pour tous les élèves. Un tel enseignement est nécessaire pour attirer un certain nombre d'élèves, et notamment de jeunes filles, vers la poursuite d'études en science et vers le choix d'une carrière scientifique. Mais l'école doit aussi donner une bonne CST de base à tous ceux qui choisissent un autre type de formation. Il est donc essentiel d'inclure les composantes de la CST dans les objectifs généraux des réseaux d'enseignement. Une nouvelle stratégie en ce sens devrait en fait s'inscrire au cúur même des programmes d'enseignement et pourrait même nécessiter la mise en place d'importants programmes de formation des enseignants, notamment ceux du secondaire. Il importerait surtout de s'attarder à la formation des enseignements généralistes qui se devraient également de bien posséder et de diffuser des éléments de CST dans chacun de leurs secteurs d'enseignement.

On devrait à cet égard donner au milieu scolaire les ressources nécessaires pour bien utiliser les outils de CST qui sont déjà disponibles ailleurs dans la société, comme les musées de science et technologie, les centres d'interprétation, les parcs, les visites industrielles, etc. Les enseignants devraient aussi avoir plus facilement accès à des ressources professionnelles qui les aideraient à insérer ces éléments externes de façon optimale dans leur enseignement. Cette expertise peut provenir aussi bien du milieu de l'éducation que de ceux de l'animation, de la vulgarisation ou de la recherche scientifique. Une telle synergie entre des intervenants aux perspectives complémentaires serait sans doute très stimulante pour les enseignants.

Il faut d'autre part reconnaître qu'on ne peut compter sur le seul enseignement formel, tel qu'il est dispensé actuellement, comme véhicule exclusif de la CST en milieu scolaire. Pour opérer le renversement de tendance qui s'impose, il faudra aussi miser sur une association ou un partenariat solide entre le système d'enseignement et l'éducation non formelle et le milieu de la CST. Les succès remportés par le loisir scientifique scolaire sont déjà très probants: clubs de science, expo-sciences, concours scientifiques, etc. Ces activités, qui se déroulent à la frontière de l'enseignement formel et de l'éducation non formelle, constituent très souvent des catalyseurs de l'intérêt des élèves et des étudiants pour les sciences et la technologie, de même qu'une activité stimulante pour les enseignants qui s'y adonnent. Elles devraient de ce fait s'insérer de façon encore plus intime dans la vie même des maisons d'enseignement et bénéficier de ressources stables et d'un soutien systématique de la part du MEQ.

Ce n'est cependant pas le cas actuellement alors que d'autres ministères ou organismes supportent ces activités: le MCC pour le CDLS et les CLS qui supportent les clubs de sciences et les expo-sciences et le MRST pour la SPST qui organise la Quinzaine des sciences, le concours Science on tourne ou encore des programmes comme Innovateurs à l'école. À défaut d'organiser directement ces activités d'éducation non formelle, le MEQ devrait donc supporter, directement ou indirectement, les organismes qui le font. L'implication directe du MEQ permettrait également un meilleur arrimage entre ces activités non formelles et les objectifs formels des programmes d'enseignement.

Dans l'avenir, il faudrait donc envisager que toutes les activités qui s'adressent spécifiquement au public scolaire et qui sont réalisées dans un cadre scolaire ou para-scolaire soient supportées financièrement par le MEQ à même ses budgets de fonctionnement. Ces activités pourraient ainsi être offertes dans l'ensemble du réseau et pour tous les élèves. Il serait aussi plus facile de bien arrimer ces activités non formelles avec les objectifs spécifiques des programmes d'enseignement.

6.3. Des appuis financiers stables et solides

À l'heure actuelle, une grande part de la promotion et de la diffusion de la CST repose sur l'action de bénévoles ou de gens dont les niveaux de rémunération sont relativement faibles. Ceux-ci úuvrent souvent dans des organismes à budgets réduits et qui dépendent en bonne partie de subventions de l'État ou de l'aide du secteur privé pour survivre. Ces organismes sont donc très vulnérables à tout soubresaut financier. Or, la situation économique actuelle et surtout le désengagement des gouvernements qui s'observe dans de nombreux secteurs d'activité sont peu rassurants pour l'avenir de la CST.

L'aide du gouvernement du Québec à la promotion et à la diffusion de la CST est effectivement passée de près de cinq millions de dollars par année au début des années 1990 à environ trois millions de dollars aujourd'hui. Pendant ce temps, l'aide du gouvernement du Canada, via le programme Science et Culture Canada, a été réduite à néant. La situation actuelle pourrait rapidement devenir catastrophique car toute action significative devient impossible à réaliser sans un apport minimal de fonds.

À court terme, il ne s'agit donc pas encore de lancer de nouvelles initiatives en promotion de la CST, mais d'abord et à tout le moins de préserver ce qui a été construit avec beaucoup d'efforts au cours des 25 dernières années. Il faudrait donc que le budget de soutien de base du gouvernement du Québec revienne au moins au niveau de ce qu'il était au début de la décennie. Il faudrait ensuite que des sommes supplémentaires puissent être dégagées pour créer un fonds spécial de relance et de développement qui pourrait s'étaler sur une période de 5 ans. Un tel budget permettrait de lancer de nouvelles initiatives et de mettre en place des chantiers mobilisateurs capables de galvaniser les promoteurs de la CST.

De façon réaliste, il faudrait donc envisager un budget annuel de près d'une dizaine de millions de dollars pour relancer et supporter adéquatement la CST au Québec. Le MRST, le MCC et le MEQ devraient être les principaux porteurs de cet investissement. Les autres ministères qui ont des responsabilités et des objectifs en cette matière (Agriculture, Environnement, Tourisme, etc.) devraient également assumer leur part de ces déboursés et énoncer clairement leurs objectifs et les moyens qu'ils y consacrent. En guise de référence, notons que le budget annuel du MEQ est actuellement de plus de 9,5 milliards de dollars, que celui du MCC est de 420 millions de dollars et celui du MRST de 183 millions de dollars. De façon plus ponctuelle, notons que le MCC consacrera 25 millions de dollars par année à la seule exploitation de sa Grande bibliothèque.

Le gouvernement du Québec ne doit évidemment pas être le seul à supporter financièrement la promotion de la CST. On doit également pouvoir compter sur les entreprises qui sont bien conscientes de l'importance de former une main-d'úuvre qualifiée et de promouvoir la culture scientifique et technique dans tous les milieux. L'ensemble du milieu industriel et commercial devrait suivre l'exemple de certaines entreprises plus visionnaires et passer du discours à l'action en contribuant davantage au financement des activités de CST. Ceci est particulièrement vrai pour les entreprises qui bénéficient largement du support gouvernemental sous forme de crédits à la recherche ou d'aide à l'innovation. Ces entreprises seront de plus les premières à bénéficier des effets de la promotion de la CST dans la société.

Les contributions des entreprises pourraient se faire de façon libre et spontanée, comme c'est actuellement le cas pour certaines d'entre elles. On peut également songer à la mise sur pieds de programmes gouvernementaux d'application plus générale. On pourrait par exemple envisager d'instaurer une redevance sur les contrats, subventions ou autres formes d'avantages consentis par l'État aux entreprises qui úuvrent dans les domaines de la science et de la technologie. Comme c'est le cas pour les montants investis dans la formation de la main-d'úuvre, ces sommes pourraient être allouées directement aux organismes de CST choisis par les entreprises ou encore être versées à un fonds spécial de développement qui serait ensuite réparti dans différents programmes d'aide. On pourrait également envisager d'instaurer des programmes d'incitation fiscale conçus spécifiquement pour encourager les entreprises privées à soutenir financièrement la CST.

De telles formules d'encouragement à l'implication des entreprises, associées à un engagement à long terme du gouvernement dans la promotion de la CST, permettraient d'assurer une bonne stabilité du financement des efforts consentis dans ce domaine. On pourrait ainsi envisager de constituer un fonds de soutien pour le fonctionnement des organismes et pour le démarrage de projets de CST.

6.4. Miser sur les organismes et les intervenants déjà en place

Ceux qui contribuent à la promotion et à la diffusion de la CST sont nombreux: animateurs de sociétés et de groupes de promotion de la CST et du loisir scientifique, journalistes et vulgarisateurs scientifiques, enseignants qui se consacrent à l'enseignement des sciences et qui animent les activités parascolaires, chercheurs et scientifiques qui font de la communication publique, etc.

De façon générale, les gens qui sont actifs en CST fonctionnent à l'intérieur ou en marge d'un certain nombre d'organismes de CST qui sont bien en place et qui ont fait la preuve de leur savoir-faire depuis de nombreuses années. Ce sont d'abord ces organismes qu'il convient d'appuyer par les nouveaux moyens qui seront mis en place pour promouvoir la CST.

L'aide accordée à ces organismes devrait cependant tenir compte aussi bien de l'ampleur des besoins réels de chaque organisme que de l'étendue de ses activités et de leur impact concret. Il serait également important d'offrir à ces organismes un financement triennal ñ avec évaluation annuelle ñ qui leur permettrait de fonctionner de façon plus stable et de démarrer plus solidement des projets de grande envergure. Cette stabilité est particulièrement importante pour les organismes de promotion qui pourraient ainsi travailler avec des objectifs à moyen et à long terme et cesser de mobiliser une bonne partie de leurs efforts à la seule fin d'assurer leur survie.

Par contre, si l'on veut que ces organismes demeurent créatifs et dynamiques, l'État doit les encadrer de façon très souple et continuer à encourager leur autofinancement, notamment en ce qui a trait à leurs projets ponctuels d'activité qui gagnent toujours à être réalisés avec l'aide et le support d'autres partenaires du milieu et celui de ses clientèles visées.

6.5. Les organismes et activités au service du grand public

Les activités et organismes orientés vers le grand public doivent être supportés de façon prioritaire par le MCC. On trouve d'abord parmi ceux-ci les médias de masse qui constituent le moyen le plus efficace de rejoindre le grand public. Ces médias, qu'ils soient imprimés ou électroniques, ont également déjà l'avantage d'être bien en place et d'être ouverts à la diffusion de matériel scientifique et technique. Ceci est tout particulièrement vrai pour les médias électroniques où l'arrivée de nouveaux canaux spécialisés et l'importance grandissante d'Internet créent une demande très importante de nouveaux contenus.

Pour vraiment profiter des ouvertures créées par l'arrivée des nouveaux canaux spécialisés, il faudrait mettre sur pied un programme d'aide à la production scientifique et technique plus ambitieux avec des critères qui favoriseraient les thématiques qui s'inscrivent dans les objectifs de CST de la politique scientifique québécoise. Pour profiter de ce contexte favorable, il serait opportun d'accroître considérablement l'aide financière offerte aux productions télévisuelles qui contribuent à la diffusion de la CST. Il conviendrait donc de mettre en place un fonds de développement de la production télévisuelle scientifique qui supporterait les projets qui visent en priorité les thématiques et les activités scientifiques québécoises ou qui illustrent les grands enjeux scientifiques en utilisant des recherches réalisées ici ou des témoignages de nos chercheurs. Ce fonds pourrait être surtout orienté vers les nouveaux canaux spécialisés de télévision qui viennent d'être mis en place. Des fonds devraient également être réservés aux productions imprimées et aux nouveaux médias comme l'Internet ou le CD-ROM et être administrés selon les mêmes critères dans le cadre du programme Étalez votre science

Parmi les autres intervenants majeurs qui úuvrent de façon plus spécifique dans ce domaine et qu'il convient de supporter, notons l'Agence Science-Presse, le magazine Québec Science et la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal. Même s'ils ont des activités bien circonscrites ces organismes ont tout de même un important rayonnement et constituent donc d'importants vecteurs de diffusion de la CST vers le grand public. Ils se sont également déjà donné des missions qui vont dans le sens d'une plus grande diffusion de la CST et la nature de leurs contributions est donc bien connue et appréciée à sa juste valeur.

Les nombreux musées et centres d'interprétation dédiés à des thématiques scientifiques ou technologiques constituent un autre outil très important de diffusion et de promotion de la CST. Ces endroits peuvent être des lieux importants d'éducation et de loisir pour le grand public et le milieu scolaire. On a d'ailleurs observé une évolution très nette dans la mission de la plupart des musées qui délaissent leurs missions traditionnelles (conservation, recherche et éducation) pour s'orienter de plus en plus vers une mission essentiellement centrée sur l'éducation du public. Cette transformation a eu pour effet de favoriser l'expérimentation et l'innovation dans la programmation éducative et les techniques d'exposition, ce qui a donné une nouvelle vitalité à toutes ces institutions.

Les plus petites de ces institutions, qui constituent souvent le seul pôle d'activité culturelle dans leurs régions respectives, ont également l'avantage d'être réparties dans l'ensemble du territoire québécois. Par contre, les moyens financiers et les ressources professionnelles dont elles disposent sont cependant très inégales et relativement instables.

Comme il le fait dans le cadre de sa politique muséale, le MCC devrait donc établir une politique systématique de financement des institutions muséales de science et de technologie et y accorder des ressources financières suffisantes et constantes. Il serait à cet égard essentiel que les musées de sciences et de technologies puissent bénéficier du même support que l'ensemble des musées traditionnels et être financés à partir de budgets équivalents et selon les mêmes critères. De telles ressources leur permettraient entre autres de systématiser la mise à jour de leurs contenus ainsi que la production de programmes d'animation et de matériel didactique de bonne qualité. On pourrait ainsi mettre en place un programme de mise en valeur pédagogique qui serait accessible à toutes les institutions. Tout ce matériel devrait être disponible sur Internet afin de permettre aux visiteurs qui le désirent de préparer adéquatement leur visite. Les ressources du milieu de la vulgarisation, tout comme celles du secteur de l'éducation et de la communauté scientifique, pourraient être mises à contribution pour produire ce matériel.

Il serait également essentiel de favoriser et d'accentuer toutes les actions de regroupement qui contribuent à animer ce réseau et surtout à créer un effet de synergie entre ses différents maillons. Un tel regroupement en réseau pourrait permettre de partager de l'information, du matériel d'animation et toutes sortes d'autres ressources et de produire ainsi de bonnes économies d'échelle relativement aux coûts de ces activités. Il deviendrait également un outil de promotion capable de faire connaître ces institutions à un public beaucoup plus large et même de diffuser à distance une partie de leur contenu.

6.6. Les organismes et activités au service du milieu scolaire

Les activités et organismes qui sont au service du monde scolaire devraient être supportés de façon prioritaire par le MEQ. Ce pourrait être notamment le cas du Conseil de développement du loisir scientifique (CDLS) et des neufs conseils de loisir scientifique (CLS) régionaux qui sont déjà responsable des expo-sciences et de plusieurs autres activités de loisir scientifique en milieu scolaire. Le réseau CDLS-CLS a l'avantage d'être présent dans toutes les régions du Québec et travaille déjà en étroite collaboration avec les enseignants et les autres intervenants du réseau d'enseignement. Il possède de plus une très bonne expertise en animation scolaire et parascolaire. Il conviendrait donc d'accroître les ressources du réseau CDLS-CLS afin de lui permettre d'étendre encore son action et d'offrir d'autres activités. Il faudrait également intégrer ses interventions de façon encore plus intime aux programmes d'activités scolaires et permettre aux enseignants de participer à leur planification et à leur conception. Le CDLS pourrait également servir de correspondant et de partenaire à la SPST dans ses efforts d'ouvrir le milieu scolaire aux réalités et préoccupations de l'industrie technologique.

Il serait cependant essentiel d'assurer l'autonomie de ces organismes et d'éviter qu'ils ne soient tous simplement noyés dans l'ensemble du système d'éducation. Le MEQ pourrait, par exemple, conclure tout simplement un contrat de service avec ces organismes et leur permette ainsi de fonctionner en pleine autonomie, comme ils le font actuellement. On pourrait utiliser le même type de contrats de service pour supporter financièrement ceux qui proposent des activités en loisir scientifique à l'école. Même modeste, cette aide pourrait servir de déclencheur pour une foule de nouvelles initiatives.

Il serait finalement important d'insérer aussi intimement que possible les activités de loisir scientifique dans les programmes scolaires et de donner ainsi aux élèves qui les réalisent les crédits académiques qui correspondent à l'apprentissage qui en résulte. Les enseignants réguliers seraient les mieux placés pour gérer cette intégration. Certains de ceux-ci pourraient également choisir de réorienter leur travail vers des activités d'éducation non formelle et d'y apporter une expertise inestimable. Mais dans le cas de ces enseignants, comme dans celui des bénévoles ou même des professionnels de l'animation scientifique, il est impératif d'offrir des programmes de formation continue orientés aussi bien vers l'acquisition d'une bonne CST que vers les exigences de la formation académique traditionnelle.
 

6.7. Les organismes et activités au service de la communauté scientifique

Ces activités et organismes doivent être supportés de façon prioritaire par le MRST. L'organisme de référence en ce domaine est la Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST) qui a été créée à cette fin. Issue des communautés scientifique et industrielle, la SPST a pour objectifs premiers d'intéresser le public à la réalité scientifique et de favoriser les liens entre les jeunes et les professionnels de la science et de la technologie. La SPST est donc très active auprès du milieu scolaire et du grand public, avec l'organisation, notamment, de la Quinzaine des sciences.

Il serait donc important de bien réaffirmer et de circonscrire précisément la mission de la SPST et de mettre à sa disposition des moyens suffisants pour lui permettre de poursuivre son action et de lancer de nouvelles initiatives consistantes avec sa mission. La SPST devrait ainsi travailler en partenariat étroit et en complémentarité avec les organismes qui sont plus particulièrement actifs dans le milieu scolaire ou qui s'adressent au grand public. La SPST devrait également travailler étroitement avec les structures de regroupement de la communauté scientifique et industrielle, comme l'Acfas et l'ADRIQ (Association des directeurs de recherche industrielle du Québec), afin de les sensibiliser à la nécessité de promouvoir la CST et de leur offrir son expertise, ses ressources et son réseau en ce domaine. Les organismes ou institutions dons les activités sont d'abord orientées vers la communauté scientifique, comme l'Acfas, devraient également être supportés par les programmes conçus à cette fin et non par ceux qui sont destinés à la diffusion et à la promotion de la CST vers le grand public.

7. Un réseau intégré de CST

On l'a vu, les intervenants en CST au Québec sont aussi nombreux que variés. Ils contribuent tous, chacun à leur manière et selon leur mission propre et leurs moyens spécifiques, à la diffusion et à la promotion de la CST. La plupart de ces organismes possèdent déjà un bon réseau de partenaires, de correspondants ou d'institutions: médias, institutions muséales ou scolaires, entreprises, clubs ou associations, etc.

La prochaine étape consiste maintenant à favoriser la mise en place d'un réseau bien intégré qui serait en mesure de mettre en contact tous les intervenants en CST et leurs partenaires et de susciter une synergie entre leurs actions respectives. La mise en place de ce réseau nécessitera d'abord un inventaire complet des acteurs de la CST, de leurs produits, de leurs outils et surtout de leurs besoins. Une fois caractérisés, ces maillons deviendront les cellules vivantes d'une structure organique complexe qui sera appelée à évoluer et à croître en fonction de l'activité de ses composantes et de la réceptivité de ses différentes clientèles. Il ne s'agit cependant pas ici de prévoir ou de définir toutes les utilisations potentielles d'un tel réseau mais plutôt d'implanter l'infrastructure attendue et de laisser ensuite les usagers l'utiliser en fonction de leurs besoins propres.

7.1. Un réseau multidimensionnel et multicouche

Le réseau prévu devrait ainsi relier non seulement les institutions muséales et les centres d'interprétation, mais aussi les organisations de loisir scientifique, les clubs de science, les écoles, les services de communication d'entreprises de haute technologie ou de centres de recherche, et tous ceux qui sont actifs en CST. On devra également s'assurer qu'il existe une cellule locale du réseau dans chaque communauté québécoise. L'ensemble de la population d'ici ou d'ailleurs aura évidemment aussi accès au réseau via Internet.

Un tel réseau ne devrait pas se contenter d'être seulement virtuel mais devrait également s'incarner physiquement dans les institutions participantes qui sont bien implantées sur l'ensemble du territoire et qui sont déjà actives auprès de la population. C'est ainsi qu'on pourrait très bien réaliser, dans chacune de ces institutions, des petites salles d'interface où des usagers pourraient participer à distance à une foule d'activités de CST. Ces activités seront bidirectionnelles en ce sens qu'elles résulteront aussi bien d'initiatives d'usagers locaux tout en permettant une diffusion globale d'éléments produits en tout point du réseau. Dans le cadre d'événement à plus grand déploiement, on pourra tout simplement brancher l'interface sur une salle de projection multimédia dont la plupart des installations muséales sont pourvues.

On peut par exemple imaginer que lors d'un événement astronomique d'importance, des images et de l'animation provenant de l'AstroLab du Mont-Mégantic pourraient être transmises sur le réseau à l'intention de tous ceux qui désireraient suivre l'événement à distance ou même construire autour de lui une activité d'animation avec communication bidirectionnelle avec les animateurs de l'AstroLab et les astronomes professionnels qui se trouvent sur place. En un autre temps, ce seraient les petites machines astucieuses créées pour le concours Science on tourne ou encore les instruments scientifiques anciens du Musée de la civilisation ou du Musée François-Pilote de La Pocatière, qui seraient présentés et expliqués sur un site animé.

Le réseau québécois de la CST sera donc multidimensionnel puisqu'il incorporera à la fois des entités bien réelles, comme des écoles, des entreprises, des institutions ou des musées, et des éléments virtuels comme des sites Internet, des réseaux de communication, des banques documentaires et une structure de coordination. Le réseau prévu devra également être multicouche en ce sens qu'il devrait supporter en parallèle plusieurs fonctions de communication et desservir différents types d'intervenants. Cette interface sera d'abord au service des artisans qui sont actifs dans chaque composante en leur donnant accès à de l'information et des ressources provenant des autres membres ou d'organismes de support en CST. Autrefois isolés, ces artisans auront ainsi facilement accès à des mises à niveau, des échanges de services, de matériel et de bonnes idées, du partage d'information, des mises en commun d'expériences, etc. Le réseau deviendra en quelque sorte un Intranet de communication qui maintiendra un lien actif et continu entre tous les promoteurs de la CST.

Le réseau sera également un Extranet au service des usagers de la CST, qu'ils fassent partie du grand public, du secteur de l'éducation ou de sous-groupes particuliers. Il permettra en effet d'ouvrir des fenêtres virtuelles entre les différentes institutions ou organismes. Utilisées de toutes les façons imaginables, ces fenêtres virtuelles constitueront autant de vitrines permettant aux différentes institutions de mieux remplir leur mission de diffusion tout en se faisant connaître du grand public ainsi que des clientèles du réseau de la CST. En plus de ses seules clientèles et de l'ensemble de la population québécoise, qui y aurait accès via Internet, le réseau serait également accessible à l'ensemble de la francophonie et constituerait de ce fait une fenêtre très intéressante sur le Québec d'aujourd'hui.

Il sera également nécessaire d'incarner concrètement ce réseau dans la réalité en construisant une tête de réseau bien réelle de type salle multimédia. Cette salle très high-tech et spectaculaire devrait être très visible et serait située dans un endroit de très fort achalandage (métro Berri-UQAM, complexe Desjardins, etc.). On pourrait également implanter une seconde salle à Québec (Musée de la Civilisation). Grâce à un tel outil, le grand public pourrait, de façon autonome ou avec l'aide d'animateurs-médiateurs, avoir un accès virtuel à l'ensemble du réseau québécois de la CST et explorer ainsi les différentes régions du Québec. Ce point d'émergence du réseau de la CST jouera également un rôle de promotion en accroissant la visibilité de toutes ces institutions. On pourrait également envisager d'y aménager un petit espace de tournage qui pourrait être utilisé pour les émissions de télévision scientifiques et qui utiliserait une interface visuelle avec les points pertinents du réseau relativement à ce tournage particulier.

7.2. Un projet mobilisateur: le Cyberdôme de la CST

Le réseau ñ que l'on pourrait nommer Cyberdôme ñ serait créé avec le support du Fonds de l'autoroute de l'information et pourrait être réalisé en étroite collaboration avec des entreprises de haute technologie (Videotron, Cogeco, Hydro-Québec, Bell Canada, Nortel Networks, etc.) qui pourraient l'héberger partiellement sur leurs propres réseaux et fournir une partie de son équipement de pointe.

Sa mise en place devrait se faire par un groupe de travail ad hoc placé sous la responsabilité d'une institution ou société hôte déjà solidement implantée, comme le Musée de la Civilisation ou le Fonds des équipements scientifiques de Montréal. Une fois rodé et implanté, le réseau pourrait quitter sa structure d'incubation et fonctionner de façon autonome sous une structure d'organisme sans but lucratif qui serait créé à cette fin et qui serait ensuite chargé de son exploitation et de son animation. Les organismes partenaires et constitutifs du réseau seraient évidemment largement représentés dans sa structure de gestion.

En terme de fonctionnement, le réseau serait animé par une petite équipe qui auraient pour double préoccupation d'enrichir constamment son contenu et de faire en sorte que son usage se généralise parmi tous ses membres. Ceux-ci devraient d'ailleurs participer aussi activement que possible aussi bien à sa mise en place qu'à son exploitation à long terme. Une fois bien en place et bien utilisé, le réseau pourra supporter de nouvelles activités qui se définiront naturellement en fonction des besoins de ses composantes et de ses partenaires. On pourrait par exemple envisager une foule d'activités conçues spécifiquement pour répondre aux besoins du réseau d'enseignement ou encore du réseau touristique.

Compte tenu de l'évolution rapide des technologies de l'image et des télécommunications, il faut anticiper que les modalités d'utilisation ainsi que le support physique du réseau seront en constante mutation. Sa mission restera cependant toujours la même: établir un lien vivant et créer une synergie dynamique entre tous ceux qui contribuent à la promotion et à la diffusion de la CST, pour le meilleur bénéfice de leurs clientèles respectives.