Science pour Tous réagit au "document de référence"
préparatoire à une politique sur la Culture scientifique.
Novembre 1999.

Vers une politique ancrée sur les réalités
québécoises en matière de promotion et de diffusion
de la culture scientifique et technologique

Ces réactions portent particulièrement sur les alinéas suivants du "document":

6.1 Les principes de base de l’action gouvernementale
6.2 Restructurer le support gouvernemental de la CST
6.2.1 Le rôle du MRST
6.2.2 Le rôle du MCC
6.2.3 Le rôle du MEQ
6.3 Des appuis financiers stables et solides
6.4 Miser sur les organismes et les intervenants déjà en place
6.5 Les organismes et activités au service du grand public
6.6 Les organismes et activités au service du milieu scolaire
7. Un réseau intégré de CST

Science pour Tous se réjouit que le Gouvernement du Québec, par la voix du ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MRST), ait fait connaître son intention d'accorder une place importante à la promotion et à la diffusion de la culture scientifique et technologique (CST) dans sa politique de recherche, science, technologie et innovation à venir.

Science pour Tous souhaite apporter sa contribution au développement de la nouvelle politique québécoise en réagissant au document de référence relatif à la promotion et la diffusion de la culture scientifique et technique publié en octobre 1999.

Ce document de référence, a été rédigé suite à un document de consultation soumis, le 10 septembre dernier, à une consultation à laquelle plusieurs membres de Science pour Tous ont été invités.  Science pour Tous reconnaît et apprécie que la consultation du 10 septembre ait conduit au document de référence qui prend largement en compte les propos tenus par les acteurs de la diffusion de la CST.

Le document de référence, que nous appellerons document, brosse un excellent tableau descriptif de la situation de la promotion et de la diffusion de la CST au Québec.  Ce portrait est cependant incomplet, comme le reconnaît d'ailleurs l'auteur; il comporte des omissions tels les organismes de loisir scientifique, les centres d'interprétation et d'autres petits organismes.  Nous recommandons de dresser un tableau complet des organismes, de leurs secteurs d'intervention, de leurs impacts, de leurs sources de financement.  Ce tableau constituera un outil puissant pour déceler les forces et les faiblesses du Québec en matière de promotion et de diffusion de la CST et ainsi cibler les secteurs forts à maintenir, voire enrichir, et les secteurs faibles pour lesquels des actions de promotion sont à envisager.

Par ailleurs, nous regrettons que le document ne fasse pas un court état des grandes tendances mondiales en matière de promotion et de diffusion de la CST.  Les acteurs de la CST reconnaissent que le Québec a d'importants atouts mais un éclairage international aurait eu l'avantage de confirmer ces atouts, de mettre en lumière les lacunes et, surtout, de souligner la volonté du Québec d'être ouvert sur le monde.

Les quelques remarques de Science pour Tous sur le document portent essentiellement sur la nouvelle stratégie de promotion et de diffusion de la CST;  elles touchent donc principalement les chapitres 6 et 7.

Science pour Tous est un regroupement d'organismes voués à la CST qui s'est donné pour mandats d'être un lieu de concertation, d'échanges et de partage des organismes de CST et de valorisation de ces organismes.  À ce titre, Science pour Tous vise à faciliter les échanges d'expertises, de réflexion, de problématiques et de solutions entre ces organismes.  Il veut finalement favoriser la synergie entre eux et faciliter les partenariats.

6.1 Les principes de base de l'action gouvernementale

Science pour Tous souscrit aux principes devant guider l'action gouvernementale mais propose d'y ajouter:

L'État voit à ce que ses ministères, les entreprises et les grands acteurs de l'activité scientifique, technologique et économique apportent leur contribution à la promotion de la CST.


Nous souscrivons également au découpage en trois domaines (grand public, monde scolaire, milieu de la pratique scientifique et technique); ces domaines pourraient servir d'axes de développement guidant les programmes de soutien à la CST.  Cependant, nous tenons à faire une mise en garde : l'action des organismes en place n'est pas nécessairement découpée selon ce modèle théorique.  Nous souhaitons que ce découpage ne viendra pas emprisonner les acteurs du terrain dans des structures et des partages de territoires dans lesquels ils ne se retrouveraient plus.  Par exemple, un organisme dont la mission recouperait plus d'un de ces domaines ne devrait pas se voir forcé d'avoir à transiger avec deux ou trois ministères.  Une saine coordination ministérielle exige que, dans ce cas, l'organisme en question ne réponde qu'à un seul interlocuteur qui assume les activités de coordination avec les autres.

6.2 Restructurer le support gouvernemental de la CST

Le document souligne qu 'il «serait cependant essentiel que chaque ministère prenne conscience de ses responsabilités en matière de CST et exprime clairement ses objectifs en la matière tout en identifiant les ressources qu'il entend y consacrer dans l'avenir.  Le MRST devrait également participer à cet exercice de planification stratégique.»

Nous appuyons très fermement cette proposition et souhaitons qu'il s'agira là d'un des mandats explicites confié au Comité ministériel de la recherche, de la science et de la technologie.  Ce n'est qu'à cette condition, croyons-nous,  que les Ministres et les ministères s'approprieront la mission de soutenir la promotion et la diffusion de la CST.  Dans cette optique, nous pensons que la Ministre de la Culture et des Communications devrait joindre ce comité.

6.2.1 Le rôle du MRST

Nous souhaitons que le MRST aie une double responsabilité tant sur la dimension verticale du développement de l'activité scientifique et de ses applications que sur la dimension horizontale de concertation et de coordination des actions gouvernementales incluant la promotion et la diffusion de la CST.

Nous estimons également essentiel qu'un lieu de concertation interministériel soit clairement identifié.  Tel que précisé plus haut, nous proposons que le Comité ministériel de la recherche, de la science et de la technologie assure cette concertation.  Cependant, il reviendra au MRST de créer la synergie entre tous les partenaires actifs en CST: école, industries, musées, organismes, médias, etc.

Pour ce qui a trait à la concertation avec les organismes voués à la promotion et la diffusion de la CST, l'alliance Science pour Tous constitue un interlocuteur crédible qui devrait être privilégié.  C'est là une des recommandations issues des États généraux tenus en septembre 1998: «Que Science pour Tous suscite des réseaux de communication et de concertation entre les organismes de culture scientifique et technique pour se connaître, se faire connaître et partager l'information».

6.2.2 Le rôle du MCC

La première recommandation adoptée lors des États généraux visait à «Faire reconnaître la science et la technologie comme partie intégrante de la culture».  Le document prétend que «la CST fait de toute évidence partie intégrante du tissu culturel de la société d’aujourd’hui».  Nous souhaiterions ardemment qu'il en soit ainsi mais force nous est de constater qu'il s'agit encore là d'un objectif à atteindre et cet objectif est fondamental.

Ainsi, nous mettons un bémol sur la notion selon laquelle ce sont les préoccupations, attentes et intérêts de la population qui doivent définir les actions du MCC.  Nous n'en sommes malheureusement pas encore là; il y a encore beaucoup d'éducation à faire auprès de la population (nous aurions aussi le goût de dire auprès des entreprises également, mais c'est là une tout autre problématique).  Nous ne prétendons pas ici suggérer au Gouvernement de financer des actions dont personne ne veut mais plutôt s'inspirer de l'auteur du document qui écrit en page 6: «contrairement à ce qui s'observe dans les autres domaines culturels (arts de la scène, littérature, cinéma, etc.) dont le marché constitue un cadre d'activité dominant, la production et la diffusion des produits de CST se font beaucoup moins dans un contexte de marché commercial où des utilisateurs paient directement pour consommer des produits culturels.  Si la monétarisation des activités de CST prend actuellement plus d'importance dans certains vecteurs de diffusion (musées, magazines, livres, camps, etc.), on ne peut certainement pas encore faire reposer l'ensemble de ces activités sur les règles générales de l'économie du marché.»

Par ailleurs, le document indique que le MCC «doit s'assurer de la qualité et de la rigueur des éléments scientifiques qui font l'objet de son support financier».  Nous sommes d'accord mais nous insistons pour que, dans les cas de financement de projets, le MCC continue à mettre en place des jurys crédibles de spécialistes pour juger de la qualité et de la rigueur des projets soumis. Nous demandons que le MCC ne se substitue à ces comités d'experts.


6.2.3 Le rôle du MEQ

L'école constitue, et de loin, le plus important lieu d'acquisition de la culture scientifique.  La culture de l'école et les activités de formation qui s'y déroulent (programmes, temps d'enseignement, méthodologies, etc.) sont autant de paramètres devant être pris en compte par le MEQ pour assurer l'acquisition d'une bonne culture scientifique et technologique chez les jeunes.  La CST constitue un important levier d'intégration des autres matières de sorte qu'elle devra être un vecteur privilégié.

Nous convenons avec l'auteur du document que «il faut d'autre part reconnaître qu'on ne peut compter sur le seul enseignement formel, tel qu'il est dispensé actuellement, comme véhicule exclusif de la CST en milieu scolaire».  Les activités non formelles de CST jouent un rôle essentiel et ce rôle ne pourra jamais être exercé par l'école dont les approches et les règles de fonctionnement diffèrent grandement.  Nous convenons que le MEQ devrait supporter, directement et indirectement, les organismes de CST.  Nous croyons que le MEQ pourrait, entre autres, faciliter l'action des organismes de CST en procédant à une accréditation d'organismes dont les actions sont reconnues et en facilitant leur insertion dans la vie des écoles.  À cet égard, un incitatif financier pour l'école devrait être dégagé chaque fois que ce sera nécessaire.

Science pour Tous invite cependant le Gouvernement à la plus grande prudence quant à «l'arrimage entre les activités non formelles avec les objectifs spécifiques des programmes d'enseignement».  Les modes de fonctionnement de l'école formelle ne permettent pas d'assurer l'ensemble des activités de CST.  L'éducation non formelle devra continuer à exercer son rôle de «catalyseur de l'intérêt des élèves et des étudiants pour les sciences et la technologie, de même qu'une activité stimulante pour les enseignants qui s'y adonnent» et ce rôle n'est pas nécessairement imbriqué intimement dans les programmes d'enseignement.

6.3 Des appuis financiers stables et solides

Le document affirme: «À l'heure actuelle, une grande part de la promotion et de la diffusion de la CST repose sur l'action de bénévoles ou de gens dont les niveaux de rémunération sont relativement faibles.  Ceux-ci oeuvrent souvent dans des organismes à budgets réduits et qui dépendent en bonne partie de subventions de l'État ou de l'aide du secteur privé pour survivre.  Ces organismes sont donc très vulnérables à tout soubresaut financier.  Or, la situation économique actuelle et surtout le désengagement des gouvernements qui s'observe dans de nombreux secteurs d'activité sont peu rassurants pour l'avenir de la CST.»

Science pour Tous est d'accord et insiste même sur l'urgence de la situation.  Par suite du désengagement du Gouvernement fédéral, il importe que des mesures compensatoires soient rapidement offertes aux organismes de CST.  Ainsi, nous proposons que les priorités du Gouvernement aillent, dans l’ordre, au rattrapage budgétaire de ces organismes, et à leur consolidation  avant de passer à l'étape du développement.  De plus, nous souhaitons que tout financement  de l'État  soit accordé sur une base triennale afin d'assurer aux organismes de CST des conditions favorables au développement de leurs plans d'actions.

Par ailleurs, et nous l'avons mentionné plus haut, le Gouvernement devra développer des mesures incitatives pour amener les entreprises à s'impliquer en CST comme le font spontanément quelques trop rares d'entre elles.

6.4 Miser sur les organismes et les intervenants déjà en place

Nous souscrivons, tel que mentionné plus haut, à un financement triennal qui tiendrait compte aussi bien de l'ampleur des besoins réels de chaque organisme que de l'étendue de leurs activités et de leur impact réel.  Le portrait des organismes, leurs champs d'interventions, leurs sources de financement, leurs impacts sont des données que le MRST devrait tenir à jour pour ajuster l'évolution des actions en CST.

Nous souhaitons aussi que le Gouvernement accorde une importance première à la stabilité des organismes de CST pour qu'enfin, ils cessent «de mobiliser une bonne partie de leurs efforts à la seule fin d'assurer leur survie».

6.5 Les organismes et activités au service du grand public

Les médias, imprimés ou électroniques, jouent et peuvent jouer encore plus un rôle très efficace et puissant pour rejoindre de grand public.  En ce sens, «accroître considérablement l'aide financière offerte aux productions télévisuelles qui contribuent à la diffusion de la CST» nous apparaît essentiel.  Les productions télévisuelles coûtent cependant très cher de sorte que Science pour Tous propose que leur financement fasse l'objet de programmes distincts des programmes d'aide aux organismes de CST.  Par ailleurs, nous suggérons au Gouvernement d'accroître le mandat de Télé-Québec en matière de diffusion de la CST.

Science pour Tous reconnaît le rôle essentiel exercé par les musées et les centres d'interprétation.  Ces organisations sont présentes dans toutes les régions  et y constituent souvent le seul pôle d'activité culturelle.  Nous reconnaissons également l'importante contribution des organismes de loisir scientifique : ils continuent d'être des acteurs de premier plan au chapitre de la vulgarisation et des pratiques scientifiques et éducatives.  Ils constituent un incroyable bassin de bénévoles et ont fait oeuvre de pionniers dans le domaine des sciences naturelles, par exemple.  Leur présence dans le quotidien de nombreux citoyens, plus particulièrement les jeunes, méritent une attention particulière. À cet égard, nous croyons que la nouvelle politique devra soutenir explicitement les initiatives régionales ancrées dans la réalité historique ou économique de la région sans pour autant délaisser les organisations d'envergure nationale.

6.6 Les organismes et activités au service du milieu scolaire

Nous avons déjà mentionné l'importance des organismes d'éducation non formelle en CST.  Nous croyons que les activités de ces organismes ne devraient pas être limitées aux contenus pédagogiques.  Ainsi, nous invitons le Gouvernement à une grande prudence quant à l'hypothèse «d'insérer aussi intimement que possible les activités de loisir scientifique dans les programmes scolaires et de donner ainsi aux élèves qui les réalisent les crédits académiques qui correspondent à l'apprentissage qui en résulte».  La reconnaissance des acquis en matière d'activités parascolaires est une question fort complexe dont la solution pourrait bien faire appel à des technologies d'évaluation qui décourageraient même les plus optimistes.

7. Un réseau intégré de CST

Le Québec compte un nombre impressionnant d'organismes de CST dont le tableau complet reste à faire et qui oeuvrent dans différents domaines à l'échelle nationale, régionale ou locale.  La mise en valeur de leurs actions et le partage de leurs expériences et de leurs outils demeurent des objectifs importants mais nous croyons que le projet de Cyberdôme de la CST, tel que présenté, ne constitue pas une solution adaptée à la conjoncture actuelle et ne répond pas aux attentes du milieu.

Au lieu de créer une superstructure nationale et d'y soumettre les organismes déjà ancrés dans la réalité québécoise, nous proposons une approche qui miserait plutôt sur l'expertise et la créativité de ces organismes.

Ainsi, nous proposons au Gouvernement d'accorder priorité à l'Intranet qui relierait les organismes de CST et au développement de contenus Internet.  Sur ce plan, nous souhaitons que le Gouvernement, avec l'aide d'un important support du Fonds de l'autoroute de l’information, apporte aux organismes l'expertise, les budgets et l'infrastructure de communication nécessaires pour les aider à créer leur site Internet ou à développer et rendre plus performant celui qu'ils ont déjà implanté. Science pour Tous pourra, pour sa part, développer un noyau central référant et mettant en valeur ces sites Internet locaux, régionaux ou nationaux.

Science pour Tous en est convaincue: c'est par les organismes qui ont déjà démontré leur engagement envers la CST, qui ont construit l'expertise du Québec en la matière et qui ont développé les contenus que se tissera la toile Internet québécoise essentielle pour l’avenir.

En guise de conclusion

Science pour Tous a livré ici quelques réactions à l'excellent document de référence relatif à la promotion et la diffusion de la culture scientifique et technique. Science pour Tous souhaite apporter sa contribution à l'élaboration de la nouvelle politique en matière de science, de technologie et d'innovation quant à la promotion et la diffusion de la CST.  Ainsi, nous demeurons disponibles pour une consultation plus large ou plus détaillée et voulons impliquer l'ensemble des organismes du milieu de la CST dans ce vaste chantier qui ne prendra pas fin avec la publication de la politique mais bien lorsque les intentions seront devenues réalités.