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Texte
d'opinion de Hervé Fischer publié dans La Presse
Remporter
la bataille de la nouvelle économie
09.1998
-- Le débat électoral met en scène plusieurs visions de l'avenir
du Québec, assez semblables sur plusieurs points, mais diamétralement
opposées sur d'autres. Par-delà les prises de position partisanes,
mon vote ira au parti dont le programme donnera le plus d'importance
aux mesures favorisant la nouvelle économie du savoir. Car c'est
cet engagement qui fera toute la différence. L'avenir du Québec
se bâtira sur le développement de la recherche scientifique et
de l'innovation technologique, donc sur l'éducation et la formation,
qui sont devenues le véritable moteur de l'économie et de l'emploi.
La
compétition mondiale est exigeante. Les aspirations légitimes des
Québécois pour la sauvegarde de leur culture et de leur bien-être
le sont aussi. La démocratie ne l'est pas moins. Au-delà des annonces
électorales d'usage et à court terme, c'est l'investissement prioritaire
dans les écoles, les universités, la recherche et développement,
la science et la technologie, les industries du savoir et de la
communication qui est la clé de notre avenir. Certes, cet enjeu
se situe à plus long terme et demande plus de courage électoral,
de conviction et de volonté d'explications auprès de l'opinion publique.
Mais je suis persuadé que les électeurs seront réceptifs à cette
option gagnante, bien plus prometteuse que les annonces circonstancielles
habituelles des campagnes électorales, qui n'émeuvent plus personne.
On
l'a bien vu dans les sondages sur une question pourtant aussi séductrice
que la date annoncée par les deux principaux partis pour d'éventuelles
réductions d'impôts et qui laissait assez indifférents une majorité
d'électeurs.
Les
ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE organisés
pour la première fois au Québec fin septembre dernier par Science
pour Tous ont débattu et conclu sur le vote de 14 recommandations.
J'en mentionnerai plusieurs ici:
Reconnaître
la science et la technologie comme partie intégrante de la culture.
C'est un principe fondamental. Il faut améliorer l'image de la science
et de l a technologie dans notre société. Il faut y travailler avec
tous les partenaires et milieux concernés: les milieux industriels,
l'école, les différents ministères, les musées, les OSBL, les centres
de loisir scientifique, l'éducation citoyenne, les groupes environnementaux,
le tourisme, l'édition, les media, le bénévolat, etc.
Instaurer
sans retard une politique de la culture scientifique et technique
- orientations stratégiques, plan d'action et budgets - en
concertation avec le milieu. Instaurer des incitatifs fiscaux pour
encourager les entreprises privées à soutenir financièrement
la culture scientifique et technique.
Maintenir
la place de l'enseignement et des interventions en sciences et technologies
à l'école et encourager les partenariats nécessaires avec les organismes
du milieu.
Favoriser
la régionalisation de la culture scientifique et technique.
Reconsidérer
dans le cadre de l'élaboration de la politique muséale, le financement
des institutions muséales de science et de technologie en fonction
de l'expression des besoins de la population.
Le
document du Conseil de la science et de la technologie du Québec
«Pour une politique québécoise de l'innovation», exprime la même
insistance en faveur de «la recherche et de l'éducation pour
soutenir les secteurs de la nouvelle économie, dont Montréal est
devenue la véritable capitale du Canada». Et d'autres organismes
se sont concertés tout récemment pour soutenir cette même demande
d'une même voix: l'Association de la recherche industrielle du
Québec, l'Association canadienne de technologie de pointe, la Chambre
de commerce du Montréal métropolitain et Montréal Technovision.
Ce sont des voix qui comptent, qui représentent des forces vives.
Certes,
beaucoup penseront encore que ce sont des préoccupations mineures,
et que les élections ne se gagneront pas le 30 novembre sur ces
enjeux. Les apparences leur donnent peut-être raison. Mais
je ne crois pas que les électeurs prennent la petite
monnaie électorale pour de l'argent comptant. Les numéros d'estrade,
les discours creux et l'opportunisme sont les pires dangers
qui guettent un candidat. Nous en avons trop vus et entendus depuis
des lunes.
Dans
une époque difficile, qui demande des sacrifices à beaucoup d'entre
nous, une époque qui est devenue sérieuse, trop sérieuse peut-être,
et au vu de la misère du monde qui nous assaille et nous questionne
quotidiennement, nous croyons que le discours de la démocratie est
devenu très exigeant et que l'électorat veut un projet très sérieux,
pas des bonbons. Il exige d'être porté par une vague de fond, une
vision d'avenir solide, cohérente et argumentée et un espoir raisonnable.
Nous
sommes certainement beaucoup plus nombreux qu'on ne croit, à penser
que l'éducation et la culture scientifique et technique pour
tous sont au coeur de cette vision, qu'elles sont la base sur laquelle
pourront se développer rapidement la formation et la recherche,
et donc l'industrie du savoir et l'économie de l'intelligence,
clés du Québec de l'an 2000. Gagner les élections, cela ne suffit
plus. Il faut gagner la bataille de la nouvelle économie. Au-delà
des débats partisans, nous espérons que les partis y consacreront
l'un des moments forts de la campagne, avec des engagements concrets
qui répondent à cet enjeu stratégique.
Hervé
Fischer,
directeur général du Festival Téléscience
président du regroupement Science pour tous
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