Entretien avec l'Action démocratique
sur la culture scientifique

NB: Ce premier compte-rendu devrait inclure des extraits sonores mais des difficultés techniques nous en ont empêché, la qualité de l'enregistrement étant trop mauvaise.

Lundi 17 février 2003 s'est déroulé au Café Cherrier, un déjeuner-rencontre entre les membres de Science Pour Tous et Christian de Serres, porte-parole de l'Action démocratique du Québec pour les questions d'environnement et d'énergie, candidat dans le comté d'Outremont. Membre de l'exécutif national du parti de 1996 à 1998, il est représentant du parti pour l'Ouest de l'île de Montréaldepuis l'an 2000. Ingénieur chimiste, M. De Serres est aussi directeur de projets chez SNC-Lavalin Environnement. Il est également membre des associaitons canadienne et québécoise de Vérification Environnementale (ACVE et AQVE).

Lancée par les questions de ses interlocuteurs, cette discussion informelle et conviviale a abordé diverses préoccupations du milieu de la culture scientifique : gestion et financement, place des organismes sans but lucratif, etc. Une rencontre qui prenait tantôt l'allure d'un débat, tantôt celle d'un échange d'opinions sur de la place de la science et sur sa diffusion.

À l'approche des élections provinciales, l'ADQ s'engage à sortir sa plate-forme politique au mois de mars.

Jour 1 de l'ADQ, qu'est-ce que ça donne en termes de culture scientifique?

M. De Serres: Une part du programme de l'ADQ est axée sur l'économie du savoir et du savoir faire. L'ADQ veut créer une charte du savoir pour harmoniser les actions concrètes du gouvernement, des entreprises et des travailleurs. Demain, ce ne seront pas seulement les PME ou les grosses compagnies qui vont être le moteur de notre économie et de notre développement; ce sera le savoir de toute la population.

Cette étape passe par la formation de la main d'œuvre et l'éducation. Nous avons clairement défini qu'il fallait arrimer le gouvernement et le monde de l'éducation.

Dernièrement, j'écoutais un reportage qui expliquait qu'il y existe une soixantaine de programmes de subventions pour les entreprises. Il y en a une vingtaine qui sont inconnus et donc inutilisés par les entreprises. Il y en a trop et ils sont trop éparpillés!

Il y a parfois des gens qui nous appellent pour, par exemple, nous proposer un concept d'éolienne très intéressant ! Ils nous en donnent les propriétés techniques et ils se cherchent du financement d'un ministère à un autre. Ce n'est pas toujours évident de trouver le bon! Nous, à l'ADQ, on veut changer cette manière de faire et privilégier l'accompagnement du capital de risque. On veut encourager le partenariat entre les entreprises et les institutions d'éducation, tout en respectant l'autonomie des universités. Ce sera la meilleure façon d'aller plus loin à l'avenir, surtout dans les nouvelles technologies. Les changements se font tellement vite! Juste au niveau de l'éducation, tu ne peux pas attendre qu'ils " prennent le beat " car les technologies changent plus rapidement que le monde de l'éducation!


Quel que soit le gouvernement en place, vous serez aux prises avec des procédures, des habitudes, et les conventions collectives du gouvernement. Qu'avez-vous l'intention de faire au niveau de la fonction publique?

M. De Serres: On veut réorienter les décideurs vers le service aux citoyens et non vers l'administration. Au ministère de l'Éducation, ce sont des gens dans une " tour d'ivoire " qui pensent à des programmes, qui écrivent des normes et qui dictent le choix des livres pour la formation en français. Ils établissent une sorte de guide. Si tu appliques le guide, tu n'enseigneras jamais, c'est bien trop compliqué, c'est bien trop long. C'est pour ça que nous ne voulons pas de tour d'ivoire.

Si on peut orienter les priorités de l'éducation vers les parents, les écoles et les institutions de façon à leur donner le choix de définir ce qui est mieux pour les enfants, faisons-le!

Même chose dans le domaine de la santé. On ne parle pas de privatiser. On veut faire de la gestion déléguée au lieu que ce soit le secteur public qui emploie tout le personnel et qui ait à gérer les 150 conventions collectives d'un hôpital. Ce sera fait avec des fonds publics mais nous aurons recours à la gestion privée sous forme de contrats renouvelables pour tous les domaines non médicaux comme l'entretien de bâtiments, la cafétéria, la buanderie, le terrassement, le déneigement. Tous ces services feront partie de cette gestion déléguée. Et donc, le gouvernement n'aura plus la charge de la centaine de conventions collectives. C'est beaucoup plus efficace et ça coûte moins cher. C'est l'entreprise qu'on a engagé qui fera la gestion et s'occupera des conventions collectives avec ses employés.

C'est l'approche globale qu'on veut appliquer un peu partout. Dans le domaine des transports en commun, ici à Montréal et à Québec, dans certaines lignes de train de banlieue, il existe déjà de la gestion déléguée. Cela reste la propriété du public, gérée par des fonds publics, mais l'administrateur donne le contrat d'embauche et de gestion du personnel à une firme privée responsable de ses employés. Ça pourrait aller jusqu'au niveau des universités et des centres de recherche pour tout ce qui est service non professoral.


Pour cette gestion, envisagez-vous également un rôle pour les organismes sans but lucratif?

M. De Serres: Oui, on aime l'approche communautaire et les organismes sans but lucratif. Je pense surtout à l'exemple communautaire. Dans mon comté, je connais des centres communautaires et les communautés culturelles qui sollicitent de l'aide. Notre approche permet de faire confiance à ces gens de terrain, qui connaissent bien plus la réalité qu'un organisme centralisé comme le gouvernement. On veut essayer d'aider ces organismes en termes de financement et éviter qu'ils aient à courir pour cela. On veut essayer de leur trouver des partenaires dans le privé ou au sein d'autres secteurs qui leur assureront des sources de financement plus stables.


Pensez-vous que l'industrie désire vraiment financer les groupes sans but lucratif?

M. De Serres: Ce qu'on veut, c'est d'essayer de fournir des sources de financement plus stables aux groupes communautaires . Par exemple, chez SNC-Lavalin où je travaille, je cherche en ce moment à obtenir des dons d'ordinateurs pour un centre communautaire, une association qui essaie de sortir les jeunes de la rue pour les réintégrer dans la société. On caresse le projet de leur enseigner un peu de journalisme. Ils produisent une heure de radio à McGill. Souvent ils ont des ordinateurs à la maison et ils essaient d'apprendre à utiliser les logiciels, mais ce sont des veilles boîtes à savon.

SNC-Lavallin possède 15 000 employés dans le monde dont plus de 10 000 dans le domaine de l'ingénierie. Dans la région de Montréal, on compte facilement 2 000 employés. Après trois ans d'utilisation, on remplace nos ordinateurs par une version récente. Les vieux ordinateurs finissent par s'accumuler. Au Québec, Il n'y a aucun programme coordonné, cohérent pour les dons d'ordinateurs. Ça va à gauche à droite. Il y aurait moyen de nous coordonner pour que les ordinateurs aillent de façon prioritaire vers des organismes communautaires, vers des écoles. Dans le détail, je ne sais pas encore comment cela va se mettre sur pied mais c'est une approche qu'on veut privilégier.

Que pensez-vous de l'exportation d'énergie en surplus ?

M. De Serres: Les surplus ont été le principal débat en environnement. C'est normal qu'on exporte mais pas qu'on développe des barrages ou des centrales pour uniquement en exporter, non.

Il faut répondre à notre demande ici au Québec. Il y a toujours une croissance d'à peu près 1 ou 2%. Il y a beaucoup de travail à faire en termes d'efficacité énergétique. On est un des derniers en Amérique du Nord en termes d'investissements dans l'efficacité énergétique. Cela présenterait un avantage pour la technologie, la recherche et le développement car ça ouvre la voie à toutes sortes de PME, toutes sortes de nouvelles technologies. Ici,on développerait beaucoup plus de marchés intéressants qu'en construisant de grands barrages (ce qui est de la simple ingénierie civile). Un barrage ou une ligne de transmission, c'est juste un domaine du secteur économique tandis que l'efficacité énergétique implique un grand nombre de petits secteurs. Si on ouvre la voie à l'efficacité énergétique, on développe le potentiel ici au Québec et on pourrait même exporter notre savoir-faire ailleurs. Ce que nous ne faisons pas. C'est sous-exploité en ce moment.

Mais de toute façon, si tu dois répondre à la demande, tu as le choix entre plusieurs filières. Et nous avons au Québec, un important potentiel éolien sous-exploité. De plus, cette façon d'agir nous permettrait d'avoir dans notre portefeuille .nergétique un pourcentage intéressant d'éolien à coupler avec notre hydroélectrique.

L'autre concept-clé, c'est la lutte à la pollution. Le sud du Québec et de l'Ontario se font polluer par les émissions atmosphériques des États-Unis. La production électrique à base de charbon est un des plus gros pollueurs. 50% des épisodes de "smog" à Toronto sont attribuables à la pollution des États-Unis. La pollution atmosphérique causée par le "smog" est le plus gros tueur en ce moment dans les grands centres. C'est sûr qu'on a des choses à faire également au niveau du transport, des véhicules automobiles, pour réduire cette pollution-là mais, à Toronto, 50% vient des États-Unis.

Dans un gouvernement adéquiste va-t-il y avoir un interlocuteur pour que les communicateurs scientifiques soient entendus?

M. De Serres: Nous n'avons pas encore de porte-parole désigné pour la Science-Recherche-Technologie. Nous sommes en période d'investitures; à peu près 80 investitures vont se faire jusqu'au début du mois de mars. Entretemps, on ne veut pas nommer quelqu'un juste pour le principe.

Tous nos porte-paroles seront des personnes qui maîtrisent vraiment le dossier. La politique est un peu inondée d'avocats et de politiciens qui n'ont pas nécessairement de connaissances. Mais dans nos rangs, il y a du monde d'un peu partout et des spécialistes pour chacun des domaines. Nous n'avons pas encore défini si Science-Recherche-Technologie sera un dossier en soi ou regroupé avec un autre domaine. Mais il est clair que nous voulons des ministères cohérents. Il fut un temps au Québec où Environnement et Faune étaient sous le même chapeau. Après quelques années, lorsque ça commençait à bien marcher, la Faune est passée aus Transports.

Aujourd'hui, les ministères sont davantage organisés pour satisfaire les ministres que pour répondre aux besoins de la population. Nous voulons que le gouvernement soit au service de la population. Les ministères doivent répondent à cette piorité-là. Nous voulons définir des ministères qui soient logiques.

Reconnaissez-vous la valeur ou l'intérêt d'un réseau d'organismes en culture scientifique au Québec?

M. De Serres: Oui, car dans notre programme, l'accent est mis sur l'innovation technologique, sur les maillages avec les universités et les entreprises et sur l'accès à l'information. Nous voulons que la population utilise davantage internet. Qui dit "nouvelles technologies" dit Science-Recherche-Technologie. Nous voulons créer un fond destiné à la Science-Recherche-Technologie et à l'innovation technologique. Une partie de ce fond sera destinée au secteur de l'éducation afin d'appuyer de nouveaux programmes et ceux qui ont besoin de formation dans le domaine des nouvelles technologies. Cette démarche devrait accélérer l'arrimage entre l'éducation et la vraie vie.

--------------

Les interlocuteurs de M, De Serres étaient:
- Jacques Kirouac, directeur général de Science Pour Tous
- Raymond Lemieux, Rédacteur en chef de Québec Science, membre du CA de Science Pour Tous
- Jean-Pierre Urbain, de la Fédération des astronomes amateurs du Québec, membre du CA de Science Pour Tous
- Gilles Provost, Journaliste à l'émission Découverte de Radio-Canada, de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, membre du CA de Science Pour Tous.
- France Alarie, Directrice Générale de l'Association des Communicateurs Scientifiques
- Conrad Bouchard, Enseignant-ressource à l'école Fernand-Seguin, de la Commission scolaire de Montréal